Six médias avaient prévu d’organiser, le jeudi 14 août 2025, une édition spéciale en synergie sous le thème « Conséquences de la pénurie de carburant sur le transport des personnes et des marchandises. » Ils viennent d’essuyer un refus catégorique de la part du Conseil national de la communication (CNC) arguant qu’il n’y a aucune nouvelle information. Les professionnels des médias dénoncent une violation de la loi et une volonté de museler la presse.
« Afin d’éviter un remplissage inutile et dans le souci constant du CNC de promouvoir le professionnalisme des médias, il vous est recommandé d’identifier un autre sujet pertinent, présentant un intérêt évident, qui ferait l’objet d’une synergie future. » C’est la réponse de la présidente du CNC, Espérance Ndayizeye, aux six médias qui voulaient organiser cette édition spéciale. Il s’agit de la Radiotélévision Isanganiro, Bonesha FM, Rema FM, Shima FM de Rumonge, Journal Iwacu et Jimbere Magazine.
Dans une correspondance du 12 août 2025, Espérance Ndayizeye, avait exigé de lui communiquer les informations nouvelles que les médias avaient l’intention de donner au public par rapport à celles récemment diffusées.
« Quoi de neuf ? », s’interroge la présidente du CNC. Et d’ajouter : « Ainsi, le Conseil national de la communication vous prie d’attendre l’approbation des éléments que vous allez lui fournir avant d’organiser ladite synergie afin d’éviter un remplissage inutile dans les médias. » Et le couperet tomba.
Le 13 août 2025, un refus catégorique est annoncé dans une correspondance. « Les éléments fournis ne sont pas suffisants pour que le CNC avalise la tenue de ladite synergie. Le sujet est sans cesse exploité dans les médias sans qu’aucun élément nouveau n’apparaisse. »
Dans la foulée, le CNC encourage les médias à passer à l’étape du journalisme de solutions. Quid du journalisme de solutions ? Selon International Journalists Network (IJNet), le journalisme de solutions enquête et explique, de manière critique et claire, comment les gens tentent de résoudre des problèmes largement partagés dans la société. « Alors que les journalistes approchent généralement l’actualité par « ce qui ne va pas », le journalisme de solutions tente d’élargir cette définition : les réponses aux problèmes sont également dignes d’intérêt. En ajoutant une couverture rigoureuse des solutions, les journalistes peuvent raconter toute l’histoire. »
Réactions
Charles Makoto : « Nous appelons le CNC à se conformer strictement à la loi. »
« Nous avons pris acte avec étonnement et profonde préoccupation le refus exprimé par la présidente du CNC d’autoriser la tenue d’une édition spéciale en synergie », réagit Charles Makoto, directeur de la Radiotélévision Isanganiro.

Il affirme que dans sa correspondance du 13 août adressée au CNC, puisque c’est la Radiotélévision Isanganiro qui devait abriter cette synergie, il avait précisé que ce sujet, bien qu’ayant déjà fait l’objet d’un traitement médiatique, comportait désormais des éléments nouveaux et pertinents, justifiant un traitement journalistique actualisé.
« Nous avions rappelé que l’information est dynamique, évolutive et que les rédactions ont le devoir d’adapter leurs productions aux réalités du moment ».
Pour lui, le CNC, en exigeant la transmission préalable du contenu pour « approbation » avant diffusion, agit en dehors de ses attributions légales. Et de souligner : « Le rôle du CNC, tel que consacré par la loi du 12 juillet 2024 régissant la presse au Burundi, est d’assurer un suivi a posteriori des productions médiatiques et non d’imposer une régulation a priori. »
Il estime qu’une telle exigence constitue une entrave à la liberté de la presse, un acte de censure et un abus de pouvoir contraires aux principes d’un État de droit. « Conscients de nos responsabilités envers le public, nous réaffirmons notre engagement à informer avec rigueur, indépendance et professionnalisme. Nous appelons le CNC à se conformer strictement à la loi, à préserver l’espace de liberté dont la presse a besoin pour remplir sa mission et à s’abstenir de toute action pouvant être assimilée à un musellement des médias ».
Claude Nkurunziza : « Cette synergie aurait permis de montrer les défis auxquels les médias font face. »
« Je ne veux pas du tout polémiquer sur la décision du CNC. Nous aurons un cadre approprié pour connaître les vraies raisons l’ayant poussé à prendre cette décision », commente Claude Nkurunziza, directeur de la Radiotélévision Rema FM.
Par contre, il signale que cette synergie aurait permis de montrer les défis auxquels les médias font face quand il y a pénurie de carburant et de fournir des ébauches de solutions. « Toute pénurie de carburant a un impact négatif sur la qualité de nos productions. Difficultés d’arriver sur le terrain pour des reportages, difficultés d’avoir des invités pour des émissions et parfois diminution des zones de couverture quand la pénurie s’accompagne de perturbations du courant fourni par la Regideso. »
Pour M. Nkurunziza, tout défi peut-être une opportunité. Ainsi, il appelle tout d’abord les médias à se mettre ensemble pour développer une stratégie de résilience. « Les médias devraient être les pionniers dans l’usage des véhicules électriques et des sources d’énergie verte comme l’éolienne et le solaire. Mais cela demandera de travailler avec des partenaires. » En attendant, il trouve qu’on doit recourir à la mutualisation des ressources médiatiques et faire un recours au journalisme mobile.
Léandre Sikuyavuga : « Le CNC est censé être le gardien de l’indépendance des médias. »
« La décision du CNC constitue une des formes d’atteinte à la liberté de la presse, pilier de la démocratie », indique le directeur du Journal Iwacu. Pour Léandre Sikuyavuga, demander aux médias de lui communiquer l’« information nouvelle » qu’ils ont l’intention de donner au public revient à contrôler les publications et à ne laisser diffuser que des informations qui lui sont favorables. « Ce qui constitue une censure. Ce n’est pas la première fois que cet organe de régulation interdit la synergie des médias. Ce qui est inquiétant pour ces ‘’chiens de garde’’ de la démocratie. »
Il rappelle que les médias burundais sont gérés par des femmes et des hommes responsables, professionnels, qui respectent l’éthique et la déontologie de l’art. « Leur exiger l’information nouvelle comme préalable à la synergie tend à les infantiliser, à saper leur rôle essentiel d’éclairage. »
Comme régulateur, le CNC devrait plutôt protéger la liberté de communication en s’assurant que les médias s’expriment librement, sans aucune ingérence. « D’ailleurs, il est censé être le gardien de leur indépendance. »
P.N : « Il est évident que l’organe de régulation agit en aval, quand il y a eu violation d’une loi, et non en amont. »
Citant la loi régissant la presse au Burundi, ce juriste qui a requis l’anonymat fait savoir que dans la section consacrée aux droits, aux avantages et aux obligations des organes de presse, il est stipulé que deux ou plusieurs médias peuvent se mettre ensemble pour réaliser en synergie une activité destinée à informer le public, mais dans le strict respect de la loi. « La seule exigence pour organiser une synergie des médias est donc de ne pas violer la loi. »
Par ailleurs, il est dit au chapitre des sanctions administratives du texte régissant la presse que le CNC peut interdire ou suspendre pour une période déterminée la diffusion d’une émission quand elle ne se conforme pas à la loi. « Il est évident que l’organe de régulation agit en aval, quand il y a eu violation d’une loi, et non en amont, quand elle craint, pour une raison ou une autre qu’il y a risque de violation de la loi. »
Selon ce juriste, exiger aux médias qu’ils fournissent à une autorité extérieure à leurs rédactions des éléments avant leur diffusion, pour les avaliser ou les bloquer, constitue un acte de censure. Pour P.N, les directeurs de publications concernés doivent se mettre ensemble avec le CNC et mettent la question sur le tapis. « D’une franche discussion, arguments contre arguments, découlera un modus vivendi, acceptable par tous car fondé sur la stricte application de la loi. »
Simon Kururu : « Le CNC n’est pas une institution de censure. »
« Je dois avouer que j’ai été surpris par la lettre du CNC. C’est la première fois dans l’histoire de la régulation des médias au Burundi que le CNC prenne une telle décision », se désole Simon Kururu, ancien président du CNC.
Pour lui, la présidente du CNC a enfreint les règles. Il rappelle que le CNC est là pour veiller au bon exercice de la liberté d’informer et d’être informé tout en ajoutant qu’il est là pour interdire les dérapages, conseiller ou sanctionner les dérapages des médias.
« Le CNC n’est pas une institution de censure. La censure des médias peut être exercée par les autorités administratives et politiques. Nous nous trouvons vraiment devant un cas d’école », s’indigne-t-il.
M. Kururu fait savoir que c’est une décision qui va à l’encontre de la Constitution du Burundi qui reconnaît la liberté d’opinion et d’expression.
Il fait observer que la pénurie du carburant est un phénomène social qui perdure depuis plusieurs mois. Cette situation suscite beaucoup de commentaires et pose un problème de la circulation des personnes et des biens dans ce pays. « Nous sommes en période d’été où les familles organisent diverses fêtes. C’est le moment de chercher des débouchés pour leurs récoltes, le moment des approvisionnements. C’est une situation qui est terrible. Il faut en parler parce que quand les gens ne s’expriment pas, c’est en quelque sorte colmater un volcan ».
Par ailleurs, le CNC doit réguler, trouver des terrains d’entente entre les souhaits des médias et les souhaits des politiques. « Le CNC est un régulateur, un arbitre et non un décideur. Il doit veiller à ce qu’il y ait équilibrage des opinions ».
Les médias doivent écouter ce qu’on appelle la « majorité silencieuse » et tirer l’attention des gouvernants sur les souhaits de la population. Le rôle des médias est de chercher quelles sont les solutions alternatives face aux problèmes. « Les médias peuvent consulter des experts qui peuvent dire dans une telle situation, on peut s’en sortir de cette manière. Et les gouvernants doivent trouver des solutions alternatives pour les problèmes qui hantent la population », renchérit-il.






Lettre à Espérance Ndayizeye , présidente de CNC
Chère Madame . Vous êtes vous demandé un jour à quoi sert le passé ? Certainement pas . Vous êtes vous demandé un jour comment l’apprentissage s’accomplit ? Certainement pas . Car si vous l’aviez fait vous saurez aujourd’hui que le passé est comme une lampe placée à l’entrée de l’avenir. Nous devons apprendre du passé pour améliorer l’avenir , nous devons apprendre de nos erreurs! Parler de la crise du carburant dans les média aurait été la meilleure manière d’apprendre de nos erreurs , non seulement pour nous en tant que citoyens mais aussi pour les média ainsi que ceux qui nous dirigent . Qui parmi vous n’a jamais commis d’erreurs ? Pas moi en tout cas . Lorsqu’on demandait à Mandela s’il avait jamais appris quelque chose lors de sa lutte pour l’indépendance , il répondit : » soit je réussis , soit j’apprends » . C’est cela la caractéristique d’ un vrai homme d’Etat . Un jour vous constaterez que vous avez commis une erreur fondamentale en ne laissant pas les Burundais apprendre de leurs erreurs . Au juste vous même – j’ignore si vous avez des enfants- que faites vous lorsqu’un de vos enfants commet une erreur ? Lui dites vous ce qu’il fallait faire ou faites vous tout pour ne plus en parler et surtout pour que ca passe inapercu ? Je ne souhaite pas de réponse de votre part , je souhaite tout simplement que vous puissiez vous interroger et faire un examen de conscience sur vous même et votre action. Vous saurez ce que vous ferez et vous laisserez des traces dans le monde pour avoir essayé de faire progresser la société . Déjà l’école même est construite sur ce principe de partage et échange des connaissances et expériences , c’ est le sens même de l’université , on y trouve le mot « univers » cela veut dire tout ce qui nous entoure. Je vous souhaite beaucoup d’échecs en espérant que vous en apprendrez quelque chose.
30.06.2024. De Espérance NDAYIZEYE, fraichement nommée présidente du cnc « je remercie de tout coeur Son Excellence @GeneralNeva,Président de la République du #Burundi pour cet honneur, cette confiance renouvelée. Je ferai de mon mieux pour bien accomplir ma mission. A Dieu la gloire
16.11.2019. De Espérance NDAYIZEYe. #intwari2019 célebration d ela journée du combattant à #Rome, une occasion pour moi d’intégrer la section du CnddFdd en #Italie. Nous allons cheminer ensemble vers les élections de 2020.
Sa politique à la tête du CNC se passe d’autres commentaires. ..