Des habitants de la colline Monge, zone Ntega, commune Kirundo en province de Butanyerera fustigent la diffusion et la propagation des messages haineux. Ils indiquent que ce sont les membres de la communauté pourtant innocents qui sont victimes des conséquences de ce genre de messages.
Ils se basent sur leurs expériences vécues en 1988 lors de la crise dite “Ntega-Maranga’’. Celle-ci a en effet été précédée par la propagation des messages de diabolisation, de déshumanisation, de dénigrement contre les Hutus et les Tutsis dans les communes limitrophes de Ntega (ancienne province de Kirundo) et Marangara (ancienne province de Ngozi).
Diomède Ndayisaba fait savoir que les auteurs des messages de haine ont des objectifs précis notamment économiques et politiques. Les autres ne font que les relayer en les partageant au sein de la communauté. Il considère que les messages de haine sont la racine de toutes les violences. Ils provoquent les divisions et cela peut atteindre le paroxysme par des tueries de masse. « Les cerveaux des messages de haine échappent aux violences et ce sont les innocents qui en sont victimes. »
M.N, 65 ans, était mariée il y avait trois ans lors de la crise de 1988. Elle raconte avoir entendu des cris pendant la nuit sans savoir ce qui se passait. Au début, dit-elle, ce sont des membres de la communauté tutsi qui ont été visés. Par après c’était le massacre des Hutu. « Des avions militaires sont venus larguer des bombes dans les ménages. Des familles entières ont été décimées. Des maisons brûlées. Les premières victimes sont les habitants qui n’étaient même pas impliqués dans la politique comme les femmes et les enfants. On ne comprenait pas ce qui se passait.”
Violences graves
Il s’agit du mmême témoignage de la part d’une quinquagénaire qui explique que ce sont des innocents, habitants des collines et quartiers qui sont victimes d’une situation qu’ils n’ont pas créée. Elle indique que quand la crise de Ntega-Marangara de 1988 a commencé, son oncle paternel était commerçant au chef-lieu de la commune Ntega. Il y est retourné pour que ses marchandises ne soient pas volées. Il ne comprenait pas comment on peut tuer un innocent. Il a été victime de coups de machette et a été l’un des premières victimes. « Ma mère et toutes mes tantes et grandes sœurs ont été brûlées vives dans notre maison par des militaires. C’est moi qui ai échappé mais j’ai subi des coups de baïonnettes dans le coup. »
Ces habitants de la colline Monge s’engagent à combattre toute manipulation et toute diffusion de messages divisionnistes afin d’éviter la réédition des violences. « Nous avons été les premières victimes. Il ne faut que le même scénario se réédite. »
Ils conseillent les jeunes qui n’ont pas connu des crises de refuser toute instrumentalisation politique pour éviter et prévenir d’autres crises. Ils prônent la sensibilisation de la population et des leaders sur le danger que représentent les messages de haine.
Il faut un langage pacifiste
Gérard Nsabimana, chef de la colline Monge fait savoir que dans le passé, le tissu social a été détruit. Il y a eu des violences, des mouvements de réfugiés, des morts, etc. Il informe que des initiatives sont en cours, notamment des réunions de sensibilisation, pour combattre les messages violents et haineux. Il appelle à un langage pacifiste pour bâtir une société juste et prospère.
Selon le psychologue Alexis Nibigira, la communauté est la première victime des conséquences des messages de haine. La communauté est un espace de vie partagé par des personnes de différentes catégories, c’est un biotope social.
« Même les auteurs des actes criminels, notamment les jeunes impliqués, peuvent subir de lourdes conséquences psychologiques. En effet, on ne peut pas faire du mal à son voisin sans en porter soi-même les séquelles. »


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