Selon certains habitants de la colline Gitaba, commune Rutana de la province de Burunga, il est dangereux de stigmatiser et de déshumaniser les gens. De tels messages peuvent alimenter les discriminations, inciter à la haine ou justifier des actes de violence de masse.
« Des expressions comme ‘’celui-ci est un chien’’, ‘’c’est un chacal’’ ne devraient jamais être utilisées. Une personne ne peut pas devenir un animal », dénonce Jean Nduwimana, un habitant de la colline Gitaba. Ces propos doivent être bannis, dit-il, pour que la dignité humaine et le respect mutuel règnent dans la société.
M.F, une autre habitante témoigne : « En tant que femme, j’ai souvent entendu, dans des bars ou des réunions d’hommes, des propos comme les femmes ne valent rien. Elles n’ont pas leur place. D’autres affirment que la femme porte malheur, qu’elle est un mal nécessaire. C’est blessant ».
D’autres encore déclarent avoir entendu des insultes graves telles que vaurien, animal, ou même d’être traités de merde. Pour eux, ce genre de langage est un profond manque de respect. Ce sont des paroles incendiaires qui peuvent facilement provoquer des conflits.
Ces habitants considèrent que lorsque les propos visent un groupe entier, cela peut créer une solidarité défensive : des coalitions se forment pour défendre leur honneur. C’est là que les tensions peuvent dégénérer en guerre, entraîner des déplacements de populations, voire des pertes en vies humaines.
Ils rappellent qu’en 1993, des propos similaires ont été utilisés en qualifiant certains groupes de vautours ou de serpents. Ils ont ainsi contribué à la spirale de violence. Ils demandent que les auteurs de propos déshumanisants soient sanctionnés conformément à la loi.
Cultiver le respect de l’autre
Gordien Havyarimana, sous-chef de la colline Gitaba, affirme que sans l’intervention de l’administration, la violence peut facilement s’installer.
Il explique qu’il arrive parfois que certaines personnes, dans des contextes de tensions extrêmes, en viennent à se déshumaniser elles-mêmes. Elles vont jusqu’à se qualifier de « chiens ».
Pour lui, personne ne devrait être déshumanisé. En tant que leaders communautaires, il est impératif d’adopter un langage fondé sur la dignité, le respect et l’humanité. « Promouvoir la paix commence par les mots que l’on utilise. »
Selon Hélène Mpawenimana, experte en communication, dans notre société, on entend souvent des propos qui portent atteinte à la dignité humaine des autres. Cela passe par la stigmatisation et la déshumanisation. Les membres d’un groupe donné sont qualifiés de sorciers nuisibles ou d’animaux.
Pour cette enseignante d’université, les auteurs d’un tel langage sont motivés par des intérêts donnés. « Ceux qui véhiculent ce type de discours cherchent souvent à protéger leurs propres intérêts en brisant la confiance que la société pourrait avoir envers les personnes ciblées. »
Elle indique que ces messages peuvent engendrer non seulement la haine et la méfiance, mais aussi des violences physiques, sociales ou psychologiques. « Ces messages peuvent être à l’origine de conflits profonds, susceptibles de dégénérer en violences de masse. »
Hélène Mpawenimana considère que la vigilance, l’esprit critique et la promotion de la tolérance sont essentiels pour y faire face. Elle appelle à éviter de les prendre en considération, à éviter de les relayer même si leurs auteurs sont des leaders.






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