Les habitants de la colline Rugeregere, en commune Cibitoke, dans la province de Bujumbura, dénoncent des propos dénigrants tenus par certains leaders. Ils rappellent qu’un langage dévalorisant sape la cohésion sociale.
La société burundaise a été marquée par des conflits récurrents, des cycles de violences et d’injustice ainsi que des crises politiques et communautaires. Dans ce contexte, les propos dénigrants ou déshumanisants dans le débat public peuvent devenir de véritables armes qui tuent. Des dirigeants politiques ou des leaders d’opinion peuvent y recourir pour galvaniser les foules.
Selon les habitants de la colline Rugeregere, ces propos sont parfois utilisés dans des contextes de rivalité politique ou sociale. Ils sont souvent aggravés par des conditions de vie précaires. « Ils s’adressent à leurs partisans en rabaissant les groupes qu’ils considèrent comme opposants », explique Jean-Claude Ndayizeye, un habitant de la colline.
Pour un autre habitant, l’objectif peut être double : décourager les adversaires et mobiliser leur propre camp. En présentant l’autre groupe comme incapable ou méprisable, le leader espère renforcer la cohésion de ses partisans.
Mais, cette stratégie comporte des risques importants, explique M. F., une mère de famille et membre du conseil des médiateurs collinaires. Elle estime qu’un discours dénigrant peut légitimer la stigmatisation d’un groupe, nourrir la méfiance et les tensions sociales ainsi qu’affaiblir l’autorité morale du leader. Elle rappelle qu’un leader est au service de tous. Il ne devrait donc pas dénigrer une partie de la population.
Selon ces habitants, les discours dévalorisants tenus par des leaders peuvent être dénoncés et corrigés. Cet exercice, trouvent-ils, exige une approche à la fois communicationnelle, éthique et stratégique.
Émile Ndayizeye, citoyen de cette colline encourage les leaders à adopter un langage inclusif, avec des formulations qui rassemblent plutôt que de diviser. Il souligne également que les conseillers politiques et les collaborateurs doivent jouer un rôle de filtre et de conseil dans la préparation des discours.
Une redevabilité publique
Les habitants de Rugeregere encouragent également la redevabilité publique lorsque le langage est particulièrement offensant. « Il peut être nécessaire de demander des excuses publiques, une clarification du message ainsi qu’un engagement à adopter un langage plus respectueux ».
D’après eux, il est aussi utile de valoriser les leaders qui tiennent des discours pacifistes et rassembleurs afin de montrer que l’autorité peut s’exprimer sans recourir à l’humiliation ni au mépris.
Selon Jérôme Ngendakumana, chef de la colline Rugeregere, certains leaders ou dirigeants peuvent effectivement tenir des propos dénigrants à l’égard des membres d’un groupe donné. De tels propos sèment la haine, nourrissent la méfiance et sapent la cohésion sociale.
Il encourage la population à dénoncer les propos haineux lorsqu’ils sont tenus par des leaders. Pour lui, les dirigeants qui dénigrent les citoyens doivent se ressaisir afin de contribuer à la construction d’une société juste et prospère.
Selon Chartier Niyungeko, expert en résolution pacifique des conflits, les propos déshumanisants ne sont jamais sans conséquences. Ils peuvent générer un climat de tension et d’insécurité au sein de la société.
Pour cet expert, personne n’est infaillible dans la parole. Même les personnes instruites peuvent commettre des erreurs dans leurs propos. Pour corriger ces dérives, il préconise le recours à la communication non violente, une approche qui consiste à dénoncer les propos blessants sans attaquer la dignité de la personne qui les a tenus.
La qualité du langage utilisé dans l’espace public demeure donc un facteur clé pour préserver la cohésion sociale et prévenir de nouvelles violences.





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