EN

Environnement

Canalisation de la rivière Gasenyi : plus de 26 mille vies en danger !

27/01/2020 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Canalisation de la rivière Gasenyi : plus de 26 mille vies en danger !
Canalisation de la rivière Gasenyi : plus de 26 mille vies en danger !
Une machine cure le canal de la rivière Gasenyi grâce aux moyens des victimes.

Les quartiers Gahahe-Gatunguru sont encore victimes d’inondations, malgré les travaux de canalisation de la rivière Gasenyi qui avaient pourtant rassuré. Plus de 5.000 ménages sont en danger, si rien n’est fait, alerte Abutip.

La population de Gahahe, Gatunguru et Carama, au nord de la capitale, vit la peur au ventre. Au moindre coup de tonnerre, c’est la panique totale. Ces riverains de Gasenyi ont été victimes d’inondations le 22 décembre 2018 et le 12 janvier dernier, suite aux fortes pluies qui ont détruit leurs maisons et emporté presque tous leurs biens.

Le canal profond d’1 m 70 aménagé en aval de la rivière Gasenyi, au milieu des quartiers Gahahe et Gatunguru, pour supporter les eaux de la rivière Gasenyi, est complètement bouché par les matériaux solides (rochers, moellons, gravier, sables) en provenance des montagnes surplombant la RN1, en amont de la rivière Gasenyi.

Le barrage d’écrêtement qui accueille ces eaux se lézarde. Il est presque rempli de sédiments.

Quelques 70 ménages menacés à Gahahe et Gatunguru ont pu cotiser 54 mille BIF par ménage pour le curage du canal bouché. Des travaux très limités qui ont coûté environ 6 millions BIF.

Ces riverains de Gasenyi indiquent que le ministère en charge de la gestion des catastrophes est allé constater les dégâts. Il avait promis d’intervenir dès le lendemain. « Mais c’était la dernière fois qu’on l’a vu».

Ils imputent ces inondations à une mauvaise canalisation de la rivière Gasenyi. Ils pointent un doigt accusateur sur l’Agence burundaise de réalisation des travaux d’intérêt public (Abutip) qui a réalisé cette canalisation « sans étude approfondie ».

L’Abutip s’en lave les mains

L’absence de travaux en amont de la RN1 est la principale cause de tous ces dégâts, selon le directeur technique de cette société privée, Gordien Hakizimana. « L’Abutip a fait et remis son travail».

Il indique que les inondations des quartiers Gahahe-Carama sont provoquées par les rochers qui descendent de l’amont de la RN1 et se jettent dans les canaux qui sont censés supporter les eaux seulement. « Il fallait travailler en amont, d’abord, puis en aval de la rivière Gasenyi. Mais seuls les travaux en aval ont été réalisés».

En novembre  2018, confie ce directeur technique, la société Abutip a prévenu le gouvernement. « Si rien n’est fait pour réparer l’amont de la rivière Gasenyi, cette dernière causera des dégâts humains et matériels graves dans les quartiers riverains Carama, Gatunguru, Gahahe, Buhinyuza, Kinyankonge, Mubone et Mugaruro », peut-on lire dans une note d’alerte.

Le bassin de rétention aménagé à Carama II pour casser la pression des eaux de la rivière Gasenyi risque de s’effondrer, selon toujours l’Abutip. Une grande partie du quartier Carama II sera complètement détruite. Autour de 1.000 ménages perdront leurs habitations, soit environ 5.000 personnes.

Au quartier Buhinyuza, en zone Kinama, plus de 1.300 ménages seront victimes d’inondations à cause des éléments de charriage qui vont obstruer le canal nouvellement aménagé.

Le quartier Mugaruro de la zone Buterere sera le plus touché car aucun aménagement n’y a été réalisé « faute de moyens », selon l’Abutip. 1.500 maisons seront complétement détruites soit 6000 personnes sans abri.

Le quartier Buterere, situé en bordure de la rivière Kinyankonge, est aussi menacé faute de canalisation. Plus de 1.500 habitations seront détruites.

Plus 200 hectares des rizières de Mubone et Mugaruro, dans la zone Buterere, seront inondées et à peu près 1.000 ménages perdront leur activité.

Au total, plus de 5.000 ménages sont en danger, d’après cette étude de l’Abutip.

Gordien Hakizimana affirme que le gouvernement n’a pas répondu à cette alerte. « L’Abutip a relancé l’alerte, en novembre 2019, mais aucune réaction».

Pour l’Abutip, la seule solution durable est de débloquer les fonds pour les travaux en amont de la RN1.


Le gel de l’aide de l’UE, source de tous les maux ?

L’Union européenne, qui avait financé les travaux en amont de la rivière Gasenyi, a gelé son aide en 2015. L’Etat « a du mal à prendre la relève ».

Le bassin de retenue des eaux de la rivière Gasenyi risque de s’effondrer.

Au départ, le projet de canalisation en amont et en aval de la rivière Gasenyi est né après la catastrophe de 2014, qui a fauché plus de 500 vies et causé de graves dégâts matériels dans les quartiers Gatunguru et Carama, explique le directeur exécutif de l’Abutip.

Après une table ronde urgente des bailleurs de fonds, la Banque mondiale s’est engagée à financer la canalisation en aval de la rivière Gasenyi à hauteur de près de 10 millions USD. Et l’UE a accepté de prendre en charge les travaux en amont de la rivière Gasenyi avec un budget de 7 millions USD. « Mais avec le gel de l’aide de l’UE en 2015, ce travail en amont, à l’origine de tous ces dégâts, n’a pas pu être réalisé».

Le budget pour la canalisation en aval de la rivière Gasenyi est alors débloqué par la Banque mondiale pour le compte du ministère des Travaux publics. Et l’Abutip gagnera le marché de maître d’ouvrage. Les travaux de canalisation seront clôturés mi 2018. « Mais les fortes pluies de novembre 2017 avaient détruits les constructions déjà réalisées entre la RN1 et le quartier Gahahe », raconte M.Hakizimana.

Un fonds de contingence géré au ministère en charge de la gestion des catastrophes de 1,5 millions USD avait été prévu dans ce projet. « Nous avons utilisé cet argent pour réparer les canaux détruits en 2017 », clarifie M. Hakizimana. Mais le problème n’était pas résolu, l’amont de la RN1 qui causait ces dégâts n’étant toujours pas réparé.

A cet effet, une somme de 600 millions BIF a été réservée dans ce fonds pour faire des travaux provisoires en amont. Une somme vraiment minime qui ne pouvait pas assurer des travaux durables, assure M. Hakizimana. « Nous avons construit des murs de retenue avec des matériaux solides qui n’ont pas tenu longtemps».

« Le gouvernement est en train de chercher d’autres moyens»

Entre-temps, la Banque mondiale avait promis, en 2018, un don additionnel de 6 millions USD pour le travail en amont de la RN1, selon le directeur technique de l’Abutip. Un budget qui devait résoudre définitivement le problème. Mais à la dernière minute, la Banque mondiale s’est désistée. « Depuis lors, nous ne cessons de faire pression sur le gouvernement pour qu’il débloque ces fonds pour les travaux en amont de la RN1».

Le ministre en charge de la gestion des catastrophes, Alain Guillaume Bunyoni, a récemment affirmé qu’il n’y a pas de fonds pour la gestion des catastrophes. D’après lui, la mise en place de ce fonds fait partie des dix projets de loi proposés au gouvernement.

Il a indiqué que certaines personnes ont fait des constructions anarchiques dans des endroits non viabilisés. « Ceux qui ont construit dans la légalité seront prioritaires dans l’assistance».

Le ministre a signalé que le budget alloué aux travaux de canalisation des rivières du nord de la capitale est épuisé. « Le gouvernement est en train de chercher d’autres moyens».

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

Lire le communiqué

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

“La liberté est la règle, la détention l’exception”

Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur “La liberté est la règle, la détention l’exception”

22 octobre 2019, un mardi noir, sombre. Un jour où la vie a été bouleversée pour Agnès, Christine, Térence et Egide. Un jour qui pourrait donner raison à Michel Delpech dans sa chanson : « Il y a des jours (…)

Notre Web Radio sur What'App

1 Ajoutez le numéro suivant à votre liste de contacts de votre GSM : + 257 76 002 004

2 Ouvrez l'application WhatsApp et envoyez un message à ce numéro avec votre nom + la mention "abonnement".

3 Il n'y a rien d'autre à faire : nous nous occupons de l'activation de votre compte. Vous commencerez à recevoir nos émissions quotidiennes en direct sur votre smartphone.

Online Users

Total 865 users online