Mercredi 05 octobre 2022

Politique

Burundi : manifestations contre le rapport de l’ONU qui fait craindre un « génocide »

24/09/2016 17

Plus de 5.000 personnes dont la plupart sont des militants du parti au pouvoir ont fait une manifestation ce samedi 24 septembre à Bujumbura devant les bureaux de l’Office du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme. Objectif : dire non au récent rapport de l’ONU.

•Des manifestants brandissant des pancartes devant les bureau de l’OHCDH
Des manifestants brandissant des pancartes devant les bureau de l’OHCDH

Cette foule de gens essentiellement composée de partisans du Cndd-Fdd, de quelques dignitaires, de taxis vélos, de membres de l’association des transporteurs, de quelques mineurs et d’un groupe qui se dit Tutsi, était très remonté contre ce rapport de l’enquête indépendante des Nations unies sur le Burundi. Publié ce 20 septembre, ce document parle de «possibles crimes contre l’humanité».

Ces gens venus des différents quartiers de la capitale Bujumbura ont convergé vers la place de l’ONU, au rond-point de Ngagara avant de se diriger vers le centre-ville en empruntant la Chaussée du peuple Murundi.
Ils scandaient des slogans hostiles aux experts qui ont mené cette enquête et brandissaient des pancartes affirmant que le génocide n’est pas possible au Burundi.

Ces manifestants ont par la suite pris l’avenue de l’Université et ont viré vers le Boulevard de l’Uprona pour se rassembler devant les bureaux de l’Office du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme en zone Rohero I, c’est en commune Mukaza.

Ils ont fait une sorte de sit-in, pancartes à la main. Des haut-parleurs montés sur un pick-up balançaient à plein décibels des slogans que ces manifestants reprenaient à tue-tête.

«Non à ce rapport biaisé dicté par l’opposition radicale !», «Non à ces experts à la solde des ennemis du Burundi et de la démocratie!». Le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame n’a pas été épargné de même que les leaders du Cnared, la plateforme de l’opposition radicale.

Le président Nkurunziza, notre Moïse

Le sénateur Remi Barampama élu dans la circonscription de Bujumbura était de la partie. Il s’est chargé de lire à haute voix différentes pancartes exhibées par ces manifestants. «Je m’inscris en faux contre ce rapport qui regorge de tant de mensonges et d’éléments non réalistes. Il faut que ces experts demandent pardon au peuple burundais», a-t-il appelé.

Le gouvernement du Burundi était représenté par Térence Ntahiraja, l’assistant du ministre de l’Intérieur. Selon lui, ce rapport n’est qu’un tissu de mensonges et de montage, il n’a pas tenu en considération le « rapport d’enquête du procureur général de la République, les témoignages des jeunes qui se sont désolidarisés avec les groupes rebelles. »

«Ces enquêteurs n’ont fait que ramasser des éléments de l’opposition radicale, ceux-là qui avait préparé les insurrections. C’est ce qui est contenu dans ce rapport qui a un côté penchant, qui est contre la réalité sur terrain», a-t-il martelé. Pour cet assistant du ministre de l’Intérieur, il ne faut pas que les Nations unies valide un tel « rapport biaisé ».

Signalons que Jean-Luc Ndikumwenayo, le jeune homme se réclamant de l’ethnie Tutsi, le tout premier à décrier ce rapport de l’ONU sur le Burundi devant les bureaux des Nations unies, était dans le peloton de tête des manifestants.

Avant d’entamer cette manifestation, il y a eu une séance de prière, l’officiant a comparé le chef de l’Etat à Moïse qui a affranchi le peuple d’Israël du joug de Pharaon. «Le monde occidental remonté contre le Burundi, c’est comme l’Egypte du temps de ce tyran. Les frondeurs et tous les partisans du Cnared sont comme Judas », a-t-il prêché.

Le président Nkurunziza manifeste sur Twitter

Des manifestants rassemblés à la Place de l’ONU
Des manifestants rassemblés à la Place de l’ONU

Si le président Nkurunziza ne s’est pas joint à ces manifestants pour décrier le tout dernier rapport des experts de l’ONU, il a été très actif sur son compte Twitter. Il a tweeté plus de 40 fois en l’espace de 3h depuis 6h du matin. C’était visiblement pour encourager ces manifestants.

«Dites-leur de cesser ces montages de petits calculs politiciens. Qu’ils cessent leurs rumeurs. Les Burundais sont unis, et ils veillent», a rappelé le chef de l’Etat.

«Chers compatriotes, donnez aux porteurs du message « Génocide au Burundi’’ un seul message : arrêtez, vous êtes démasqués, rentrez chez vous », a tweeté le président Nkurunziza.

Pourtant, a-t-il poursuivi sur son compte Twitter, ils reviennent avec la même pancarte, « Génocide au Burundi’’, surtout quand c’est le moment de grandes rencontres internationales.

«Nous leur avons expliqué de façon rationnelle, légalement, socialement, humainement, qu’il n’y aura jamais plus de génocide au Burundi», a-t-insisté.

Signalons que ces manifestations contre le rapport de l’enquête indépendante des Nations unies sur le Burundi ont été organisées dans toutes les provinces du pays.

Forum des lecteurs d'Iwacu

17 réactions
  1. RUGAMBA RUTAGANZWA

     » Il y a un mensonge, le vrai : quand un homme applaudit sans comprendre; quand un homme ferme les yeux pour ignorer la vérité ; quand un intellectuel troque sa conscience et son âme pour des biens matériels ; quand par peur de la mort ou simplement de certains désavantages, un homme sourit au malfaiteur, au tyran et au voleur ; quand un peuple refuse de se battre, de se responsabiliser parmi les autres; et quand un dirigeant agit comme s’il avait inventé son pays, quand il ruse avec les lois. Ce mensonge tue les hommes et les nations.  » Norbert ZONGO

    Norbert ZONGO est un journaliste burkinabè né en 1949 à Koudougou et mort assassiné le 13 décembre 1998.

  2. Dibango

    Personne ne peut nier qu’il ya des crimes odieux qui se commettent au Burundi mais je ne peux pas croire une seconde que ces experts, s’ils peuvent être appelés experts ont eu le temps de mener leur enquête. Produire un tel rapport dans 14jours me paraît irréaliste…..Sincèrement, je suis tenté de coire qu’il ya un mensonge quelque part….

  3. KABAMBA Caritas

    Ces gens qui manifestent sont en 2 catégories : ceux qui sont obligés de manifester alors qu’ils soutiennent le rapport : ils ont peur de perdre l’emploi. Il y a l’autre catégorie des Imbonerakure qui ne savent ce qui est écrit dans le rapport mais qui manifestent pour désapprouver toute personne qui condamne le CNDD FDD. Le 1er signe qu’un génocide se prépare c’est cette même manifestation, qui montre la capacité d’endoctrinement, de mobilisation d’une masse analphabète. Ils sont envoyés dans la rue comme les moutons de panurge, si les DD les disent de renter ils vont rentrer, si ils leurs disent de chercher les machettes pour couper le tutsi ou celui qui n’est pas DD, ils le feront avec zèle. Ils n’avaient pas de choix que de manifester.

  4. Jereve

    Il y a des burundais, soyons modestes au moins quelques milliers, quelques dizaines de milliers ou même quelques millions, qui approuvent et soutiennent ce rapport. Mais ils ne peuvent pas se répandre dans les rues de Bujumbura ou sur les collines pour manifester. Bien qu’ils en aient fortement envie. Si nous sommes d’accord sur ce point, il faut assumer qu’il y a des raisons à cela, la plus visible étant la violence sous toutes ses formes. Le rapport n’a fait que mettre en noir et blanc cet état de fait.

    • Bakari

      @Jereve
      « Il y a des burundais, soyons modestes au moins quelques milliers, quelques dizaines de milliers ou même quelques millions, qui approuvent et soutiennent ce rapport. » … »Si nous sommes d’accord sur ce point… »

      C’est vrai qu’il y en a qui soutiennent ce rapport. Mais dire que nous sommes tous d’accord sur le nombre que vous avancez, vous prenez un risque de vous trompez, dans la mesure où vous ne nous expliquez pas comment vous y arrivez.

      • Bakari

        Un risque de vous tromper! Sorry!

  5. Jereve

    Le rapport ne l’a probablement pas dit, mais il reste vrai que la rue appartient exclusivement aux acolytes du régime et ceux qui sont forcés à y participer. Mais il ne faut pas trop tirer sur la corde. S’il faut chaque fois convoquer les gens à chaque initiative qui ne plaît pas aux autorités, cela finira par lasser tout le monde. On commence à en avoir marre, et pour tout dire «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse».

  6. Democrate

    Iwacu exagère ! ! ! Il n y avait pas 5000. Sans doute , c’est moins que ceux qui ont accueilli Bob Rugurika à la sortie de la prison. Là bas, ils étaient sincères et libres. A cette mascarade, ils ont peur et démagogiques.

  7. Yves

    Voici une nouvelle preuve que le pouvoir au Burundi est un pouvoir faible. Faible car il ne repose que sur la terreur et non sur l’adhésion populaire. Sans quoi, pour des accusations aussi graves, cela aurait dû être une marée humaine ! Mais non, ici ce sont les derniers fidèles des DD, et c’est aussi à ce si petit nombre que l’on mesure la fragilité du régime de Bujumbura. Un rien pourrait l’emporter. Et la justice des hommes, lentement mais sûrement, resserre son étau autour des responsables de ces crimes contre l’humanité.

    • Nkundwa

      Tu fais rire aux morts,,,si le pouvoir DD est faible qu,est ce qui t,empeche de le faire tomber depuis 2015 ?un adage kirundi le dit bien : » Ng`uwutazi ubwenge ashima ubwiwe » Je te souhaite de demeurer dans ton ignorance!!!

    • Bakari

      @Yves
      « Voici une nouvelle preuve que le pouvoir au Burundi est un pouvoir faible. »

      Vous dites cela pour convaincre qui? Le pouvoir faible ou ceux qui douteraient que ce pouvoir soit faible? Ou encore c’est pour lever le doute qui subsiste toujours en vous?

  8. Ntazizana

    DD, ouvrez les yeux. Le génocide a commencé au Burundi. Tous ces morts, torturés, violés,disparus, alors qu’is étaient dans les mains de ceux qui devraient les protéger,cela s’appelle comment? DD répondez-moi s’il vous plaît?

    • Rompez ce cercle vicieux svp

      @Ntazizana
      Vous dénombrez déjà combien de génocides dans ce pays, puisque on est déjà autour d’un million de morts depuis la décolonisation? On est tenté de dire que cette région est maudite.

  9. Bahati Juma

    Que les Burundais libres partout ou ils se trouvent protestent contre ces partisans de Nkurunziza qui chaque fois qu’on parle des crimes contre l’humanite qui se commettent au Burundi allechent et moblisent les pauvres citoyens qui ont faim pour gonfler les rangs dans la rue et pour tenter d’intimider la communaute internationale dont l’ONU. Cette descente dans la rue qui est devenue une maladie n’est autre que reclamer sans honte le droit de continuer de donner la vie et la mort a qui ils veulent sans que personne mette son nez dedans. Personne n’ignore que les pauvres victimes de Nkurunziza sont terres chez eux, accables par le chagrin et la peur et n’ont aucun droit de s’exprimer et meme de pleurer les leurs a haute voix. C’est aux Burundais libres de plaider pour leur justice et pour un Burundi de tous pas seulement pour les commanditaires des crimes qui ont choisi la rue pour defendre les crimes dont ils sont accuses au lieu d’avoir honte et de changer leur plan pour un Burundi paisible.

  10. Sindamare

    Pas de commentaire? Quand meme.
    Il ya des gens qui croient le genocide c’est une bone chose. Ici A l’occcident, le gens instruit ( LES BLANCS avec bonne education), connait le RWANDA COMME UN PAYS DES NOIRS QUI S’ENTRETUE EN GENOCIDE, DES IGNORANTS, RIEN D’AUTRE.

    Jsuis fier du Burundi, le SEUL PAYS EN AFRIQUE en resistance, C’EST N’EST PAS UN PAS MARIONNETTE. JE CRIE HAUT ET FORT, que Uprona ne redevient pas marionnete comme PDC. Continue comme ca.

  11. « Abarundi basiba kurima ntibasiba kuvuga. » Au lieu de travailler pour trouver quelque chose à mettre sous la dent, ils passent leur temps à porter des slogans qu’ils ne comprennent pas. Syndrome de Stockholm quand tu nous tiens!

    • Sindamare

      Au Congo, vous avez refuser des porter les slogans contre le troupe etrangers, et vous avez continue le travail au montagne (kurima, muranka kuvuga) et avez refuser de parler, maintenant regarde? Le troupe etrangers sont 30x plus nombreux que rebelles, et la siuation devient plus grave que jamais

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