Culture

Au coin du feu avec Diane Kaneza

02/05/2020 Hervé Mugisha Commentaires fermés sur Au coin du feu avec Diane Kaneza
Au coin du feu avec Diane Kaneza

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Diane Kaneza.

Votre qualité principale ?

Je pense que je suis quelqu’un de sociable avec un grand cœur. Et croyez-moi, j’ai dû faire un sondage pour répondre à cette question (rires).

Votre défaut principal ?

Je suis têtue, parfois naïve aussi.

La qualité que vous préférez chez les autres ?

La bienveillance.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres ?

L’hypocrisie.

La femme que vous admirez le plus ?

Ma mère biologique et ma mère adoptive. La première durant le peu de temps que j’ai passé avec elle, elle m’a transmis l’indépendance, la fierté, et la joie de vivre. La seconde l’a complétée avec l’amour et l’humilité. Avec ces deux femmes, j’ai appris que l’échec est fatal quand on n’a pas le courage et la force de se relever. Tomber, recommencer, toujours recommencer, essayer encore, tomber de nouveau, se relever et marcher avec dignité.

L’homme que vous admirez le plus ?

Nelson Mandela, pour son combat et la lutte contre l’Apartheid.

Votre plus beau souvenir ?

Les grandes vacances de mon enfance ! horo, kange, les billes, la corde…. (Les adolescentes de ma génération en savent quelque chose) ! Je me rappelle une anecdote en particulier. Nous avions un citronnier à la maison. Mes copines et moi avons décidé d’aller vendre (vente en gros) au marché pour avoir de l’argent pour acheter des cache-cache, ipipi et autres … On l’a fait une fois , deux fois. Mais le troisième jour, une des mamans du quartier n’était pas allée au bureau, alors on s’est croisé. Mon Dieu, quelle raclée avons-nous reçue! Nous avons bien été corrigées d’abord par cette maman et par nos mères respectives dès qu’elles ont été mises au courant.

Votre plus triste souvenir ?

L’enterrement de mon père.

Quel serait votre plus grand malheur ?

Ne pas rire aux éclats. Une journée sans rire est perdue.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

Le sacrifice de Bihome pour sauver la nation (il a troqué ses habits contre ceux du roi Mwezi Gisabo afin que ce dernier échappe aux Allemands, ndlr). Si en chacun de nous, il y avait un soupçon de courage et d’amour pareil pour la patrie, peu importe le secteur d’activité, je suis sûre que le Burundi redeviendrait ce « pays du lait et du miel ».

La plus belle date de l’histoire burundaise ?

Le 1er juillet 1962 : le jour où le drapeau du colonisateur a été remplacé par le drapeau burundais. J’aurais bien voulu avoir une machine à remonter le temps pour aller vers le passé et vivre l’émotion ressentie par les Burundais, ce jour-là.

La plus terrible ?

Le 13 octobre 1961, le jour de la mort de Rwagasore. Je pense que si le Prince avait eu le temps de réaliser son rêve (« Un Burundi paisible, heureux et prospère »), les mères ne pleureraient pas leurs enfants.

Le métier que vous auriez aimé faire ?

Archéologue.

Votre passe-temps préféré ?

Regarder un bon film ou un programme télé. Toute image qui bouge, comme aiment tant le dire mes amis.

Votre lieu préféré au Burundi ?

Les paysages époustouflants d’Ijenda, chez grand-mère.

Le pays où vous aimeriez vivre ?

On n’est jamais mieux que chez soi, le Burundi bien sûr !

Le voyage que vous aimeriez faire ?

L’Egypte pour ses pyramides et ses pharaons mais également son cinéma.

Votre rêve de bonheur ?

Je n’en ai pas parce que, pour moi, le bonheur c’est l’instant présent. Là et maintenant ! Parce que demain, il peut être trop tard !

Votre plat préféré ?

Une bonne brochette de chèvre avec en accompagnement soit du riz aux légumes soit des pommes de terre sautées.

Votre chanson préférée ?

J’en ai beaucoup ! Mais celle qui est toujours présente, c’est Roule de Soprano.

Quelle radio écoutez-vous ?

Aucune.

Avez-vous une devise ?

A la fin du film « Act of valor » de Mike McCoy et Scott Waugh, il y a ce poème de Tecumseh (Grand chef Shawnee) et plus particulièrement ces quelques vers : « Aime ta vie, perfectionne ta vie, embellis toute chose de ta vie. Cherche à rendre ta vie longue et mets-la au service des autres. »

Votre souvenir du 1er juin 1993 (le jour où le président Ndadaye a été élu) ?

A cette époque, j’avais dix ans et deux mois. D’un côté, j’ai le souvenir d’une foule chantant et dansant sur le Boulevard d’Afrique, descendant vers le marché de Ngagara. De l’autre, la déception totale dans nos maisons.

Votre définition de l’indépendance ?

On a longtemps dicté, mâché à l’Afrique sa façon d’être ou de paraître. Pour moi, l’indépendance, c’est la liberté de penser, la possibilité de juger par soi-même.

Votre définition de la démocratie ?

C’est être libre d’exprimer son opinion, libre d’adhérer à un groupe de votre choix qui épouse votre pensée ou opinion.

Votre définition de la justice ?

L’égalité de tous devant la loi.

La femme burundaise, la trouvez-vous suffisamment représentée dans les instances de prise de décision ?

Oui et non. Oui, parce que nous avons aujourd’hui des femmes dans des postes clés au niveau politique, dans les structures étatiques ou privées.

Non, parce que je pense qu’il est plus que temps de prendre le pouvoir (nous sommes plus nombreuses) pour défendre des positions qui nous font avancer en tant que femme.

La place du 7e art au Burundi. Quelles sont les embûches à son essor?

Il y en a beaucoup. Au-delà de l’incompréhension du secteur, s’ajoute le manque des moyens de production ou de fonds d’aide pour faire vivre le cinéma burundais. Sans oublier le manque d’un cadre légal clair et précis régissant le 7e art. Et ce manque met en danger le métier du cinéma au Burundi.

Les jeunes sont-ils investis ?

Le train est en marche. Dans les quartiers, nombreux sont les jeunes qui produisent des films avec leurs maigres moyens. Et peu importe la qualité, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Il est impératif de soutenir cette jeunesse qui ne demande qu’à s’exprimer par l’image. Et il est de notre devoir, en tant que soi-disant aînés, de partager avec eux nos expériences et nos connaissances. Si nous ne les aidons pas, nous aurons failli à notre mission. Heureusement, il existe des structures comme le COPRODAC qui a cela à cœur. Et par des formations de courte durée, elle essaie de transmettre les connaissances. Mais il faut plus que cela !

Comme cinéaste, avez-vous l’intention de porter à l’écran l’histoire politique tant mouvementée du Burundi ?

A mon humble avis, il est de notre devoir de raconter notre histoire avec notre point de vue et notre regard de Burundais.

Si vous étiez ministre de la Communication, quelles seraient vos deux premières mesures ?

La seule et l’unique mesure serait de dissocier le cinéma et les médias classiques ou nouveaux.

Si vous étiez ministre de la Jeunesse et de la Culture, quelles seraient vos deux premières mesures ?

-Faire construire un centre culturel burundais où se rencontrerait tous les arts existant au Burundi (salle d’exposition – salle de cinéma – salle de répétition ou de cours…) et mettre en place une bibliothèque nationale sur la culture Rundi.

-Donner du poids à l’Office burundais des droits d’auteurs dont le seul but serait de reconnaître le travail de chaque artiste.

Croyez-vous à la bonté humaine ?

Oui, il faut toujours voir le bon (le meilleur) en l’autre.

Pensez-vous à la mort ?

Oui, j’y pense. C’est pour cela je reviens sur ses vers de Tecumseh :
« Quand vient l’heure de mourir, ne sois pas comme ceux dont le cœur est rempli par la peur de la mort, qui lorsque leur heure arrive, pleurent et prient pour avoir un peu plus de temps afin de revivre leur vie de façon différente. Chante ton chant du cygne et meurs héroïquement, tu rentres chez toi. »

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ?

Merci Papa, pour tous les bienfaits, ils m’ont rendue heureuse ! Merci pour les obstacles qui m’ont permis de devenir meilleure. Ils m’ont rappelé que je ne suis que poussière. Je suis heureuse de rentrer !

Propos recueillis par Hervé Mugisha

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Bio-express

Diane Kaneza est née en 1983 à Ngagara.Réalisatrice et productrice, Mme Kaneza enseigne aussi à l’Université Lumière de Bujumbura dans la faculté des sciences de la communication, option communication et conception audiovisuelle. Elle détient un Master 2 en réalisation documentaire de création à l’Université Gaston Berger de Saint Louis. Cofondatrice et directrice de l’agence de communication MIKADIE Production, cette ancienne journaliste de la RTNB (2006-2011) est auteure de nombreux documentaires comme Eau potable, eaux usées diffusé dans Reflet Sud sur TV5 Monde Afrique en 2009, Abattage et Environnement peuvent-ils rimer? (Prix du Meilleur film Documentaire au FESTICAB 2009). Directrice du Festicab en 2016 (festival du film international burundais), son dernier film Mon identité a été nominé dans plusieurs festivals internationaux et a reçu le prix Spécial du Jury au Young African filmmakers awards / Afrika filmfestival (2018, Belgique).

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