Dimanche 20 juin 2021

Culture

Au coin du feu avec Célestin Niyoyandemye alias Condo

15/05/2021 1
Au coin du feu avec Célestin Niyoyandemye alias Condo

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Célestin Niyoyandemye alias Condo.

Votre qualité principale?

J’aime les gens et la rigueur, ce qui parfois me coûte cher. Je suis parmi les membres dirigeants de plusieurs associations, quand vous voulez que les choses marchent convenablement, vous créez des ennemis.

Votre défaut principal?

Je m’énerve facilement et je suis un peu timide. Souvent, j’ai travaillé avec des Blancs. La question qu’ils me posaient c’est : « Vous avez un regard fuyant. Pourquoi ? »

La qualité que vous préférez chez les autres?

Le leadership. Vous savez la foule est folle. Quand il y a beaucoup de gens et qu’il n’y a pas un leader, il y a le risque d’un désordre généralisé.

Le défaut que vous ne supportez pas chez les autres?

La lâcheté. Je n’aime pas les lâches.
La femme que vous admirez le plus?
J’admire la femme burundaise. Elle est très jolie, elle très sincère, travailleuse. J’admire mère Thérèse de Calcutta. J’aime les femmes leaders qui aident les autres.

L’homme que vous admirez le plus?

Rwagasore. L’autre, personne c’est Jésus. Certains peuvent dire qu’il n’est pas, mais il existe.

Votre plus beau souvenir?

Quand je suis arrivé à Bujumbura pour la première fois. Je suis venu avec un certain Ndayahundwa, qui travaillait à l’INSS. Il avait une VW coccinelle de couleur orange. C’est le premier véhicule dans lequel j’ai mis le pied. Je descendais avec mon grand frère. Quand je suis arrivé à l’école primaire du Bassin, j’ai vu Bujumbura. Et j’ai demandé à mon grand frère : est-ce que c’est ça Bujumbura? Parce qu’il y avait des maisons à Buyenzi qui n’étaient pas couvertes de tôles. Je me disais que Bujumbura c’est le paradis. J’ai été vraiment surpris. C’est un souvenir qui m’a marqué.

Votre plus triste souvenir?

Quand j’ai perdu mon père. Ma mère je ne l’ai pas connue. On m’a dit qu’on l’amène au dispensaire, il n’est pas revenu. Quand j’ai demandé, on m’a répondu : votre papa est allé au ciel. J’avais 6 ans. C’est plus tard que j’ai compris qu’il était mort.

Que serait votre plus grand malheur?

Retourner en prison. J’ai vécu la prison. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’injustice dans le pays.

On vous accusait de quoi?

Une histoire de jalousie. Devant le juge, j’ai prouvé que ce que disaient mes accusateurs était faux.

Le plus haut fait de l’histoire burundaise ?

L’indépendance du Burundi. C’est une fierté pour la population burundaise.

La plus belle date de l’histoire burundaise?

C’est également la date où on a accédé à l’indépendance.

La date la plus terrible de l’histoire du Burundi ?

Quand on a tué le président Ndadaye. Beaucoup de gens, des innocents sont morts. C’est vraiment triste.

Le métier que vous aurez aimé faire?

J’aurais aimé être juriste.

Parce qu’il y a beaucoup d’injustices, je me disais qu’en faisant le droit, on peut quand même plaider pour les autres.

Votre passe-temps préféré?

Le sport, courir. Même actuellement je me permets de faire plus de 10 km en courant. C’est pourquoi j’ai toujours gardé la santé solide. Le sport guérit.

Votre lieu préféré au Burundi?

L’intérieur du pays, il y a des arbres, des oiseaux. L’ancien collège du Saint-Esprit à Kiriri est aussi un endroit que j’aime. Quand j’arrive là-bas, je médite. Je regarde Bujumbura en contrebas. J’aime cet endroit.

Le pays où vous aimeriez vivre?

Ici. C’est mon pays. Mais nous avons besoin d’une certaine justice sociale pour nous stabiliser et aider la population à vivre convenablement.

Le voyage que vous aimeriez faire?

J’ai toujours entendu que la Suisse c’est un très bon pays et j’ai toujours pensé que je pouvais aller peut-être en Suisse, mais je ne vois pas comment. Peut-être le Bon Dieu peut faire des miracles.

Votre rêve de bonheur?

Voir le Burundi en paix. Sans tueries. Je rêve un Burundi prospère, où il y a la justice sociale.

Votre plat préféré?

C’est le haricot mélangé au manioc, la patate douce mélangée au haricot, les colocases mélangés avec le haricot… la nourriture burundaise.

Quels sont vos médias préférés ?

J’aime lire le journal Iwacu, écouter la Radio France International, la BBC, France 24 pour la diversification des informations.

J’aime aussi consulter Le Renouveau car les appels d’offres du gouvernement passent là-bas. On peut gagner un marché.

Votre chanson préférée ?

C’est ma chanson “Kunda ubumwe”. Elle a une signification. Vers la fin je dis: ” La guerre n’a jamais profité à aucune personne”. J’invite les gens à ne pas faire la guerre. J’aime les chansons de Canjo Amissi et de beaucoup d’artistes burundais. Il y a aussi l’Inanga d’un militaire qui s’appelle Bandora, « Bigoro ».

Vous êtes encore un artiste actif ?

Être artiste dans notre pays ce n’est pas un travail rémunérateur. C’est pourquoi à un certain moment je n’ai pas pu continuer. Mais j’ai continué à écrire. Il y a des fois où on n’a pas des moyens pour aller au studio, c’est très cher. C’est pourquoi je n’ai pas continué à chanter, mais j’ai toujours des chansons.

Votre souvenir du premier juin 1993 (le jour où le président Melchior Ndadaye a été élu) ?

Ça m’a fait plaisir parce qu’on venait d’entrer en démocratie. Chacun pouvait avoir une chance d’être élu dans l’avenir. Mais malheureusement cette bonne évolution n’a pas continué. Mais c’est un très bon souvenir.

Votre définition de l’indépendance ?

C’est la liberté. C’est aussi la gestion autonome des biens de son pays.

Votre définition de la démocratie ?

C’est le respect de la volonté du peuple.

Votre définition de la justice?

C’est le respect des droits et des devoirs des personnes. Et J’aimerais que cette justice soit souveraine et pérenne.

Comment analysez-vous l’évolution du métier de musicien au Burundi?

Oublié par le gouvernement. C’est un domaine qui n’est pas suivi. C’est un secteur qui est laissé à des gens qu’on appelle des « voyous », mais parmi les chanteurs il y a des gens responsables. Pourtant, la musique peut aider la population. Diamond le chanteur tanzanien fait rentrer dans les caisses de l’Etat beaucoup d’argent, si c’était bien géré par le gouvernement. S’il y avait le respect des droits des artistes cela pourrait créer des emplois chez les jeunes.

Si vous devenez le ministre de la Jeunesse et de la Culture, quelles seraient vos mesures urgentes?

Faire en sorte que tous les artistes puissent avoir leurs droits. Faire respecter la culture burundaise, la langue nationale. J’ai honte quand j’entends un responsable qui est en train de parler le français dans une interview en Kirundi. Il faut que les leaders d’opinion véhiculent des messages qui ont une certaine valeur.

Croyez-vous en la bonté humaine?

Oui, il y a des gens qui sont très bons. Je vous ai parlé de Mère Thérèse de Calcutta. Elle était vraiment bonne. La bonté humaine existe.

Pensez-vous à la mort?

On vit avec la mort. Au lieu d’avoir peur de la mort, il faut plutôt l’aimer parce que c’est notre ami intime. Vous ne pouvez pas échapper. Plutôt il faut se préparer à mourir comme un homme. Le minimum si c’est possible il faut qu’on soit enterré. Il ne faut pas mourir sur la rue. Ce sont des images que je n’aime pas voir. J’aimerais avoir une mort naturelle.

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous?

Je dirais à Dieu de pardonner à tous les pécheurs. Parce que l’homme étant ce qu’il est, nous sommes des pécheurs. Dieu seul peut juger, je lui demanderais qu’il donne le pardon à tous les pécheurs.

Propos recueillis par Emery Kwizera

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Je suis fan de la musique kunde ubumwe et j’aime la manière dont il finit la chanson. Ça me fait énormément plaisir d’avoir de ses nouvelles merci beaucoup Iwacu. Dommage que l’état ne fasse rien pour des personnes qui ont fait tant pour le Burundi car votre chanson est un patrimoine national.

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Bio-express

Célestin Niyoyandemye alias Condo est l'auteur de la célèbre chanson burundaise "Kunda ubumwe" qui revient souvent sur les ondes de différentes radios burundaises à l'approche de la fête de l'Unité nationale. Né à Kayange en commune Rugazi (Bubanza) en 1964, il a un diplôme d'enseignement technique obtenu à l'Ecole Technique administrative en 1984. L'actuel employé de l'ambassade d'Egypte au Burundi a travaillé dans plusieurs sociétés. Il a continué ses études et a un diplôme de Master en entrepreneuriat et management des projets et une licence en communication sociale. L’artiste a produit 10 chansons.

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  1. Je suis fan de la musique kunde ubumwe et j’aime la manière dont il finit la chanson. Ça me fait énormément plaisir d’avoir de ses nouvelles merci beaucoup Iwacu. Dommage que l’état ne fasse rien pour des personnes qui ont fait tant pour le Burundi car votre chanson est un patrimoine national.

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