Lundi 02 mars 2026

Économie

Arriérés envers l’EAC, un quart revient au Burundi

Arriérés envers l’EAC, un quart revient au Burundi
Séance plénière à l’EALA

Le Burundi occupe la 2ème position des pays endettés envers la Communauté Est-Africaine avec plus de 22 millions de dollars. L’EAC affiche un déficit budgétaire d’un peu plus de 89 millions au 31 janvier 2026 selon le journal The East African. Une des conséquences : les Députés de l’Assemblée législative viennent de passer 3 mois sans leurs honoraires.

Depuis novembre 2025, les honoraires des Députés de l’Assemblée législative de la Communauté Est-Africaine n’ont pas encore été versés. La cotisation annuelle par pays est de 7 millions de dollars américains. Les arriérés pour le Burundi s’élèvent à 22.7 millions. Il vient en 2ème position après son voisin de l’ouest, la République démocratique du Congo dont la dette est de 27 millions.

Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona et Député burundais de l’EALA, confirme les faits. Pour lui, le pays doit payer la dette, mais la conversion de la monnaie locale en dollar pose souvent problème.
« Convertir les francs burundais en dollars, c’est ce qui cause souvent des problèmes. Si je me rappelle bien, le Burundi avait demandé dans un sommet des chefs d’Etat de payer en monnaie locale. Le sommet précédent avait accepté. Mais le problème qui persiste jusqu’ici, c’est la mise en application de cette requête ».

D’après lui, le traité qui guide toutes les activités de la Communauté précise que les cotisations des pays doivent être en dollars. « C’est le Conseil des ministres et le Secrétariat général qui devraient s’asseoir ensemble pour voir comment mettre en application la décision du sommet qui permettait au Burundi de payer en monnaie locale ».

Sans monnaie unique pas d’union économique et politique

Ce responsable politique rappelle par ailleurs le souhait des Etats membres de mettre en place une monnaie unique en vue de créer une Union économique et politique solide. Le projet n’a pas encore réussi jusqu’à ce jour. « Le risque est que les objectifs principaux de la Communauté tel que promouvoir l’intégration économique, sociale et culturelle entre les pays, booster le commerce et l’investissement régionaux, tout cela devient difficile quand les institutions ne sont pas en train de fonctionner normalement », explique-t-il.

Olivier Nkurunziza : « Si je me rappelle bien, le Burundi avait demandé dans un sommet des chefs d’Etat de payer en monnaie locale »

Face à cette situation, le gouvernement burundais n’a pas encore réagi. Contacté au téléphone à plusieurs reprises, le Ministre Edouard Bizimana des Affaires Etrangères, de l’Intégration Régionale et de la Coopération au Développement Economique n’a pas encore voulu s’exprimer et répondre aux questions lui soumises notamment sur ce que compte faire le Burundi pour apurer cette dette envers l’EAC.

Le Secrétaire permanent de ce ministère n’a pas non plus voulu répondre aux questions posées afin d’éclairer l’opinion sur cette situation qui fragilise l’EAC.

Joint au téléphone, le secrétaire général de l’Etat en même temps porte-parole du gouvernement nous a renvoyé au chef de la diplomatie burundaise.

A part le Burundi et la RDC, la dette du Sud-Soudan s’élève à 21,8 millions de dollars, tandis que la Somalie, le Rwanda et l’Ouganda ont les arriérés chiffrés respectivement à 10,5 millions; 5,2 millions et 1,1 millions de dollars.
Seuls deux pays, le Kenya et la Tanzanie, sont en ordre selon The East African, qui déplore que certaines activités soient au ralenti notamment à l’Assemblée législative, à la Cour de justice, et au Conseil interuniversitaire de la Communauté.

Les arriérés des cotisations étaient de 89,37 millions de dollars au 31 janvier de l’année en cours. Le chef de l’Etat kényan William Ruto, qui est en même temps Président en exercice de la Communauté Est-Africaine, a déjà convoqué pour le 7 mars prochain un sommet des chefs d’Etat et de Gouvernements, membres de l’EAC, pour tenter de trouver une solution à cette crise.


Réactions

Abdul Kassim : « Nous conseillerions que les États paient leurs arriérés »

Selon le président du parti Upd-Zigamibanga, cette situation serait liée aux priorités définies par les pays membres de cette organisation régionale par rapport à leur situation économique et financière, mais également à la gouvernance qui probablement n’a pas les moyens de contraindre les États à verser leurs cotisations à temps. Abdul Kassim rappelle que l’adhésion à cette organisation est volontaire.

Néanmoins à en croire encore ses dires, les intérêts à maintenir cette organisation sont plus importants pour ces États plutôt que d’entraîner sa dissolution. « Nous conseillerions que les États paient leurs arriérés et participent dans le renforcement de cette communauté qui est par ailleurs une voie privilégiée de résoudre les conflits pouvant surgir entre les Etats membres. » D’après lui, l’intégration régionale est aussi un moyen de renforcer l’Union africaine et de parvenir à l’atteinte des objectifs fixés.

En ce qui est du risque de sa dislocation, M. Kassim ajoute que dans les années 1980, cela a eu lieu lors de la guerre entre l’Ouganda et la Tanzanie. Le Kenya ne s’entendait pas non plus avec la Tanzanie. « L’EAC est donc une réouverture et son élargissement était pour éviter une nouvelle dislocation avec les institutions en son sein. »

Aujourd’hui, il souligne que la politique de l’Union africaine se construit sur l’intégration régionale. « Aucun pays ne trouverait d’avantage dans sa dislocation. »

Sylvestre Bikorindagara : « C’est dommage »

Pour le porte-parole adjoint du parti Sahwanya Frodebu, c’est très dommage pour l’image du pays à l’international de se retrouver pratiquement en tête de liste des mauvais contributeurs à une organisation comme l’EAC aussi importante pour le Burundi. « Cette organisation de la sous-région a joué un grand rôle pour le pays en apportant son appui en 2021 pour que l’Union Européenne lève les sanctions qui pesaient sur le Burundi depuis 2015. Cela pourrait être perçu par les autres Etats membres comme un manque de reconnaissance à l’égard de l’EAC. »

D’après Sylvestre Bikorindagara, voir que le Burundi et la RDC cumulent à eux seuls 55% des arriérés pourrait être mal interprété par les autres Etats membres, surtout en cette période de conflits armés à l’est de la RDC où les deux pays se sont officiellement solidarisés.
« Le Burundi a intérêt de manifester sa bonne foi en s’acquittant de ses contributions quitte à négocier le réaménagement des échéances. C’est par ce geste que le pays retrouvera le respect et le poids de ses positions au sein de cette communauté combien vitale pour un pays enclavé comme le nôtre ».

Zénon Nimubona : « Cette organisation ne fait pas partie des priorités »

Le président du parti Parena apporte une interprétation double. « Cela montre que cette organisation ne fait pas partie des priorités de ces pays qui ne sont pas en ordre. Sinon, un arriéré de 22 millions de dollars pour un Etat n’est pas une somme colossale à moins que le pays soit au bord de la faillite lui-même ».
Pour Zénon Nimubona, cela montre également que les députés eux-mêmes affichent une certaine faiblesse. « Comment exiger des paiements alors qu’ils n’ont pas réussi à convaincre leurs gouvernements respectifs d’être en ordre avec l’organisation pour non seulement être payés eux-mêmes, mais aussi pour permettre à l’EAC à réaliser son programme d’activité ? Si le dysfonctionnement ne s’arrêtait qu’au non-paiement des députés, cela ne serait pas grave. Ils seraient responsables de leur sort. »

M.Nimubona rappelle que les organisations sous régionales sont mises en place d’une façon générale pour précisément prévenir les guerres entre pays membres d’une part, et promouvoir la libre circulation des biens et des personnes d’autre part. « Qu’il y ait une guerre entre Etats membres de l’organisation, cela traduit un échec de l’organisation. »
Pour lui, le risque de dislocation est réel. Mais, conseille-t-il, la solution que reste c’est la construction de l’EAC. « Il n’y pas d’alternative à cela. Autant alors trouver Les solutions aux problèmes tels qu’ils se posent actuellement. »

Kefa Nibizi : « C’est une situation préoccupante »

Pour Kefa Nibizi, président du parti CODEBU, la situation qui s’observe dans la communauté de l’Afrique de l’Est est très préoccupante. « Nous avons appris qu’il y a pas mal de mois que même les députés de l’EALA ne sont pas payés. Il faut trouver des moyens pour corriger ces retards dans la contribution de la plupart des pays membres. »

D’après lui, cette situation s’explique d’abord par le fait que beaucoup de pays membres sont dans une situation politico-sécuritaire instable.

Pour le cas de la RDC, il pense qu’il ne trouve plus beaucoup d’intérêt dans cette communauté. « Car quand la RDC a adhéré, on pensait que les différends avec le Rwanda allaient trouver une solution jusqu’à ce qu’il y ait une force de la communauté qui pourrait aider à la stabilisation de l’est du pays. Mais vous savez que la RDC a perdu confiance dans la communauté jusqu’à ce qu’elle ait dû écourter le mandat de ces forces de la sous-région une année après. »

Pour le cas du Burundi, M.Nibizi trouve qu’il n’y a aucune anomalie.
« C’est sans surprise que le Burundi ne puisse pas donner des contributions suffisantes parce que le pays est en défaillance suite à l’incompétence des autorités qui ne peuvent pas, jusqu’à maintenant, réunir même les fonds en devises pour l’importation des denrées de première nécessité, notamment le carburant, les médicaments et autres. Il n’arrive pas à trouver des fonds en devise qu’il faut donner en contribution dans les organisations dont il fait membre, notamment à l’EAC. »
Le numéro un du Codebu dénonce en outre la mauvaise habitude des responsables africains qui misent beaucoup sur les appuis des partenaires techniques et financiers pour la survie de leurs pays et des organisations régionales ou sous régionales. « C’est un peu pervers. C’est grave. Donc, le risque que nous courons, c’est l’affaiblissement de l’EAC et les ambitions ou les projets ne pourront pas être exécutés au détriment des bénéficiaires. »

Quid de l’implosion ? M. Nibizi croit qu’on n’est pas encore à ce stade. « On suggèrerait aux pays membres de ne pas penser beaucoup plus à l’appui des partenaires techniques et financiers pour la survie de cette organisation. Il faut qu’ils fassent un effort pour essayer de payer progressivement les arriérés. »

EAC

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