Politique

Acorec-Tunywane : être au cœur de la réconciliation

14/09/2015 Elyse Ngabire 12

Les activités de cette nouvelle organisation ont été lancées officiellement vendredi 11 septembre. Malgré la bonne volonté, par les temps qui courent, la réconciliation semble être un long processus.

Photo de famille des participants
Photo de famille des participants

C’était le 13 décembre 2013, déclare Isidore Hakizimana, représentant légal d’Acorec-Tunywane, quand l’idée de mettre en place un cadre de réflexion et de dialogue lui vient en tête. Son objectif est de parier à tout ce qui bloque la réconciliation effective du peuple burundais.

Après plusieurs échanges, l’équipe fondatrice, composée de 15 personnes d’ethnies et de confessions religieuses différentes, finira par se doter des principes : contribuer à rétablir la vérité sur les différents évènements tragiques, à la guérison des mémoires et à l’apaisement des cœurs blessés, lutter contre les stéréotypes, la globalisation, l’exclusion et la marginalisation, offrir un cadre de partage des témoignages, promouvoir le dialogue et le pardon, etc.
La réconciliation, explique M. Hakizimana, est un grand défi à relever compte tenu des évènements douloureux qui ont et continuent à marquer l’histoire du pays.

Le représentant légal de l’Acorec-Tunywane se veut sincère. A elle seule, son organisation ne peut rien. Ainsi, exhorte-t-il le soutien des Burundais mus par la volonté de porter un regard lucide sur leur passé : « Avec ses hauts et ses bas, nous devons le surmonter et aller de l’avant. »

Une centaine de personnalités dont des anciens dignitaires avaient pris part à cette cérémonie de lancement officiel. Et au menu de l’Acorec-Tunywane, deux exposés de Frère Emmanuel Ntakarutimana, expert et de Mgr Jean Louis Nahimana, président de la CVR (Commission Vérité Réconciliation).

« La réconciliation comme le pardon ne sont pas l’œuvre d’un jour »

Frère Emmanuel Ntakarutimana constate que le monde vit actuellement le grand défi de travailler à la guérison des blessures suite aux injustices, violences et guerres. Des traumatismes accumulés de façon répétitive, raconte-t-il, conduisent souvent à des cycles de violenceavec le cercle vicieux d’oscillation entre victimes et bourreaux.

Avec l’accumulation des chocs laissés par différentes tragédies, poursuit-il, la question de savoir comment l’humanité peut inverser les tendances pour trouver des mécanismes allant dans le sens du respect à la vie, de l’intégrité des peuples.

La question de la réconciliation, avertit Frère Ntakarutimana, fait référence à un processus patient, lent et délicat : « Ce n’est pas l’œuvre d’un jour. » Citant Jean Monbourquette, psychologue canadien, Frère Emmanuel indique qu’il y a au moins 12 étapesà franchir pour arriver au pardon à la réconciliation : « …L’histoire des ‘réconciliations’ passées entre les Allemands et les Polonais ou bien les Polonais et les Juifs, par exemple, nous indique que le temps requis ne se mesure pas en mois mais en génération. »

Ce n’est pas pour décourager Acored, rassure Frère Ntakarutimana, car de toutes les façons, il faut commencer un jour et lancer les esprits.

La CVR, un mécanisme non judiciaire

Il s’agissait pour le président de la Commission Vérité Réconciliation de décrire le mandat de son institution, les missions lui assignées, etc. Selon Jean Louis Nahimana, le rôle de la CVR se limite aux enquêtes afin d’établir la vérité sur ce qui s’est passé au pays depuis l’indépendance (1er juillet 1962) jusqu’en 2008, fin de la belligérance. En d’autres termes, Mgr Nahimana fait savoir que la CVR devra clarifier le contexte, identifier les causes et les circonstances dans lesquelles les crimes ont été commis et établir les listes des victimes. De surcroît, précise-t-il, il faudra identifier toutes les fausses communes, organiser l’inhumation des victimes et ériger des monuments.

D’après lui, ce travail achevé, ça sera le moment du pardon, de la réparation et de réconciliation : « Loin de la CVR la justice transitionnelle comme le prévoyait. »

Une réconciliation mise en doute

Après ces deux exposés, un débat houleux s’improvise. Il tourne autour des questions comme la protection des témoins, le changement des mentalités, l’absence du volet ‘justice’ dans le processus de réconciliation, la force de l’Acored pour amener les gens à dire la vérité, la suite réservée aux crimes qui ont été commis après 2008 et qui se poursuivent même aujourd’hui, etc.

De l’avis de la plupart des participants, le chemin pour arriver à la réconciliation effective est encore long.

Toutefois, Mgr Louis Nahimana tranquillise que quand la CVR commencera son travail, il surprendra.

Forum des lecteurs d'Iwacu

12 réactions
  1. Simona

    Bonjour Nahitangiye.

    Bien merci de votre interrogation. Ma réponse est la suivante :

    Le Président, S.E. Jacob Zuma a parfaitement raison. Humblement, j’ajouterai : Il n’y a pas la Libye seulement. Il y a aussi l’Irak, la RDC, etc. Il y a en amont la Traite des « Nègres ». Mais sur la Traite, il y a, avant tout, la responsabilité historique des rois « Nègres ». Il y a le Burundi ; ETC. …

    Ceci dit, je ne vois pas le lien entre “Le Peuple réécrit son Histoire” et l’affaire des réfugiés.

    S

  2. Ntahitangiye

    Bonjour Simona,

    “Le Peuple burundais réécrit son Histoire. A son Prestige. A son Honneur et ses honneurs. A l’Histoire universelle de saluer.”
    Malheureusement nous vivons à l’heure de la haute manipulation des informations et la vérité historique risque d’être compromise.
    Que pensez-vous des propos de son Excellence le Président Sud Africain:
    “« Il faut se rappeler qu’avant le printemps arabe et l’assassinat de Kadhafi, il n’y avait pas de réfugiés qui affluaient vers les pays européens, a-t-il affirmé. La situation était normale en Afrique du Nord. Ce sont les décisions qui ont été prises, le bombardement de la Libye et l’assassinat de son chef qui ont ouvert la porte à des tensions et à des conflits dans le pays. Et c’est ça qui a provoqué le problème des réfugiés, du moins ceux en provenance d’Afrique. Cela a été provoqué par ce problème de sécurité, il ne faut pas l’oublier alors qu’on est en train de faire face à une crise des réfugiés. Parce qu’on oublie facilement, on pourrait penser que tout à coup, l’Afrique a un problème et c’est pour cela que les réfugiés arrivent en masse. C’est à cause de cette ingérence qu’il y a un problème aujourd’hui. »

    « Quand l’Afrique disait : on a un plan pour travailler avec les Libyens et pour changer la situation en Libye, tout le monde nous a ignorés, a insisté Jacob Zuma. Et aujourd’hui, ceux qui ont participé à déstabiliser cette partie du monde ne veulent pas accepter de réfugiés. Mais c’est leur responsabilité. Ils ont provoqué cela, ils doivent y remédier. »

    Voici l’adresse de cette information:
    http://www.rfi.fr/afrique/20150915-crise-migrants-jacob-zuma-fustige-pays-occidentaux-bechir-onu

  3. Simona

    Bonjour Ntahitangiye,

    Il ya quelque temps, ce 28 .03.2014, le journaliste RENOVAT NDABASHINZE a écrit un grand moment, in « mémorial » de notre Histoire :

    « QUID DE la Réécriture DE L’HISTOIRE ? »
    https://www.iwacu-burundi.org/quid-de-la-reecriture-de-lhistoire/

    Mais, l’Histoire est réécrite par les vainqueurs, quand les vaincus écoutent et applaudissent.

    Le Peuple burundais réécrit son Histoire. A son Prestige. A son Honneur et ses honneurs. A l’Histoire universelle de saluer.

  4. hat

    Tout le monde veut parler de réconciliation mais personne n envisage aucune justice. Cela dure depuis des décennies et n a rien apaisé. Souvenez vous il disait :rien ne viendra à bout de ma détermination pour réconcilier définitivement mon peuple. Que des slogans, il a occulté la justice. Le reste est que on en est au commencement de la réconciliation. Le CVR va nous étonner, j espère bien mais les méthodes semblent empiriques. Mais bonne chance le peuple et mgr Louis.

  5. Marie Claire

    Beaucoup de courage à Acorec-Tunywane, nous avons besoin d’une telle organisation en ce moment où nous assistons chaque jour des morts !! Le peuple Burundais a besoin de se reconcilier pour batir un avenir meilleur!!

  6. Simba

    Tenez ! GIMA a écrit :

    « Le Burundi a déjà fait un grand pas dans la réconciliation, avec le partage du pouvoir entre les ethnies. D’aucuns s’attendaient à assister à un génocide en direct TV, ils ont été déçus. Le peuple Hutu, Tutsi, et Twa est mûr.
    “Pensez seulement à réconcilier les intellectuels » : ce sont « eux qui allument toujours le feu pour des intérêts de pouvoir et d’argent. »

    Un jour, c’était en 2013, à Paris, j’ai rencontré un groupe d’une vingtaine de Burundais de haut niveau, entre diplomates et parlementaires, hauts fonctionnaires hommes et femmes : Hutu et Tutsi. Twa, rien. Ils ne faisaient que se taquiner, en riant allègrement : Hutu ici, Tutsi là-bas, et v. versa. Seules les femmes se tenez coi. Comme si elles étaient indifférentes : Mais, loin de là !
    Je compris que le Peuple burundais avait, a un avenir. Pas de pardon à demander à gauche. Pas de pardon à demander à droite. Hutu, Tutsi, Twa ! Que chacun se tienne sa spécialité et son spécialisme ethniques. Mais, que l’on touche plus à la Paix SOCIALE, à l’Identité et à la Cohésion NATIONALES.

  7. Ntahitangiye

    C’est très encourageant de voir qu’il y a des Burundais qui ont à coeur la réconciliation. Voilà ce dont nous avons besoin et non les tueries de tout genre.
    Quant aux débats:
    1)”la suite réservée aux crimes qui ont été commis après 2008 et qui se poursuivent même aujourd’hui”
    2) Et la suite réservée aux crimes qui ont été commis avant 1er juillet 1962 ? Ceux qui ont commis les crimes après 1962 ont été rodés par l’administration antérieure. Ils ne sont pas nés en 1962 et n’ont pas commencé à imaginer et à commettre des crimes le même jour . Les crimes d’après 1962 ont été préparés avant 1962. C’est encore une lacune des Accords d’Arusha.

  8. Gima

    Je soutiens sans réserves Hakizimana Isidore. C’est l’unique Tutsi qui a confessé publiquement le mal qu’il a fait, au temps de Bagaza, quand il était ministre de l’éducation : le tri des enfants hutu et tutsi par les “i” et les “u” au concours national , qui a condamné plusieurs génêrations à l’ignorance et l’exclusion. Mais il s’est réellement converti. Il peut faire beaucoup de bien.

  9. Gima

    Le Burundi a déjà fait un grand pas dans la réconciliation, avec le partage du pouvoir entre les ethnies. D’aucuns s’attendaient à assister à un génocide en direct TV, ils ont été déçus. Le peuple Hutu, Tutsi, et Twa est mûr. Pensez seulement à réconvilier les pseudo intellectuels: c’est eux qui allument toujours le feu pour des intérêts de pouvoir et d’argent.

  10. Jewe

    ” il faudra identifier toutes les fausses communes”. Vous voulez sans doute parler de fosses cmmunes, je pense.

  11. MUGABARABONA

    Mgr Louis NAHIMANA, nous comptons sur l’équipe que tu diriges. Le Burundi va-t-il encore rater le tournant de son histoire pour les intérêts des uns ?

  12. Rugwe

    Et vous chers messieurs, vous pensez que c’est le moment de parler de la reconciliation ? Mangez les perdiems, et circulez !

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