Mardi 03 février 2026

Société

À Rweza, aller à l’école est un véritable parcours du combattant

À Rweza, aller à l’école est un véritable parcours du combattant
Un groupe des élèves qui proviennent de Rweza pour étudier à l'école Stella Matutina

Faute d’infrastructures scolaires suffisantes, de nombreux enfants parcourent chaque jour de longues distances pour rejoindre les établissements du centre-ville de Bujumbura. Cela au prix des retards répétés, de fréquentes absences et d’une fatigue qui pèse lourdement sur leur apprentissage.

Située à une distance comprise entre 15 et 30 km du centre-ville, la colline Rweza de l’actuelle commune Mukaza ne dispose que d’un seul établissement scolaire pour accueillir l’ensemble des enfants de la localité. Une infrastructure jugée largement insuffisante par les parents rencontrés. Ces derniers dénoncent un secteur éducatif confronté à de multiples défis.
« Cette situation a un impact négatif sur les connaissances de nos enfants. Mon enfant s’absentait souvent de l’école à cause du manque d’enseignants. Les élèves sont tellement nombreux en classe que même l’enseignant ne remarque pas les absences. Lorsque mon enfant était en première année, il rentrait très tôt en me disant qu’on lui avait demandé de payer des frais pour les bancs-pupitres », confie Marie Kwizera, une habitante de la localité.

Elle ajoute que même le peu d’établissements implantés dans cette localité imposent divers frais aux parents. « À ma connaissance, l’enseignement fondamental est gratuit pour les enfants de l’Ecofo. Pour nous les parents pauvres, il est difficile de payer tout l’argent qui nous est demandé. C’est pour cette raison que j’ai inscrit mes enfants à Stella Matutina où je ne paie rien. »

Face à cette triste réalité, les habitants de Rweza appellent les autorités et les partenaires du secteur éducatif à investir davantage dans la construction d’infrastructures scolaires adaptées afin de rapprocher l’école des enfants et de garantir de meilleures conditions d’apprentissage. « La construction d’une autre école sur notre colline améliorerait considérablement la situation. », estiment-ils.

Du sommeil pendant les leçons

Chaussures à la main, sacs sur les dos avec une fatigue visible sur leurs visages, un groupe d’enfants âgés de 7 à 12 ans court vers l’entrée de l’école Stella Matutina. C’est dans l’intervalle de 6h30 et 7h30 minutes. Malgré la distance et l’épuisement, leur détermination reste intacte. Approché, l’un d’eux confie avec un sourire empreint d’innocence. « Je viens de Rweza. Je me suis habitué même si pour arriver à l’école, je parcours plusieurs kilomètres à pied. »

De longues distances à parcourir, des retards chroniques et des absences répétées en classe : telles sont les principales difficultés auxquelles font face les enfants originaires de la colline Rweza, contraints d’étudier dans les écoles du centre-ville de Bujumbura à la suite d’une insuffisance criante d’établissements scolaires dans leur localité.

Chaque matin, des élèves encore très jeunes quittent leurs domiciles à l’aube pour espérer arriver à l’heure à l’école. Ce long trajet, souvent effectué à pied, entraîne une fatigue physique importante qui se répercute directement sur leur concentration et leurs résultats scolaires.

Parmi ces enfants figure Ange K., 7 ans, élève en première année primaire à l’école Stella Matutina. Chaque matin, elle parcourt plusieurs kilomètres à pied en compagnie de ses deux grandes sœurs. « Ma mère me dit toujours de suivre mes grandes sœurs. On me réveille à 5 h du matin pour venir à l’école », confie-t-elle calmement tout en ajoutant que la fatigue accumulée au fil des jours finit par peser sur son apprentissage. « Parfois, je m’endors pendant les cours à cause de la fatigue ».

Des places insuffisantes

Egide Ntiranyibagira, directeur de l’Ecole fondamentale de Rweza, sous convention avec l’Église EEAC et située sur la colline Kavumu, indique que l’établissement accueille aujourd’hui plus de 1 000 élèves pour seulement neuf salles de classe.
« C’est la seule école construite sur cette colline. Cela signifie que tous les enfants de Kavumu viennent étudier ici. Mais, faute de places suffisantes, certains ne parviennent pas à être inscrits », explique-t-il.
Selon lui, la colline la plus proche disposant d’une autre école n’est pas facilement accessible car, il faut traverser un marais. Ce qui constitue un obstacle majeur pour les jeunes enfants. « C’est pour cette raison que certains parents préfèrent inscrire leurs enfants dans des écoles situées à proximité de la ville de Bujumbura », précise le directeur.

Si cela était possible, poursuit-il, tous les enfants de la colline étudieraient dans cette école. « Le problème, c’est que nous n’avons pas une capacité suffisante pour accueillir tous les enfants. »
Un autre problème soulevé par M. Ntiranyibagira concerne le manque d’enseignants. « Dans cette école, un seul enseignant peut se retrouver devant une classe de 70 à 90 élèves. Ce qui demande énormément d’énergie. Les enseignants sont insuffisants. Cela nous oblige à recourir à des enseignants vacataires. Nous en avons deux dans notre école. », précise-t-il. Il ajoute la question du manque de bancs-pupitres. « Par exemple, en première année, on trouve quatre enfants assis sur un seul et même banc-pupitre. Bien plus, la salle de classe est partagée par deux groupes : le groupe de l’avant-midi et celui de l’après-midi. »

Un appel à l’appui

Egide Ntiranyibagira: « Le problème est que nous n’avons pas une
capacité auffisante pour acceillir tous les enfants de la colline»

À la question de ce que disent les parents à propos des frais qu’ils paient alors que l’enseignement est gratuit dans les écoles fondamentales (Ecofo), M. Ntiranyibagira précise que ces contributions sont fixées avec l’accord des parents et de l’administration.

« Par exemple, il y a des tests du réseau scolaire que les élèves doivent passer. Cela nécessite des moyens financiers. Il y a aussi des frais destinés au paiement des enseignants vacataires. En cas de reconstruction, nous demandons toujours l’autorisation de l’administration communale et nous organisons des réunions avec les parents. Aucun montant n’est inventé ou exigé arbitrairement à un élève », explique-t-il.

Il lance alors un appel à l’aide à l’endroit de l’administration et des bienfaiteurs, notamment pour l’octroi de bancs-pupitres et l’appui à la réhabilitation des salles de classe vétustes. « La construction d’une autre école sur cette colline permettrait aussi de réduire la distance que parcourent les élèves pour se rendre en ville. Concernant notre école, l’affectation de nouveaux enseignants faciliterait la dispensation des cours car, les enseignants auraient un effectif d’élèves plus raisonnable. »

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