Économie

Makebuko : une mine qui ne profite qu’au boss

La mine de cassitérite de Rutanganika en commune Makebuko est exploitée depuis des décennies. Les habitants de cette colline affirment que cette richesse n’a rien changé sur leur situation économique.

L’entrée de la galerie ©Iwacu

L’entrée de la galerie ©Iwacu

Extraite sur la colline Rutanganika en commune Makebuko, la cassitérite est exploitée depuis l’époque coloniale, selon les habitants de cette localité. Le périmètre d’exploitation est clôturé par les fils barbelés et est gardé 24h sur 24h. A l’intérieur du périmètre, des entrées des galeries et des puits sont visibles, ils sont une trentaine.
A l’heure de fermeture ou la pause, les gardiens les cadenassent pour éviter toute éventuelle pénétration.

Comme beaucoup des mineurs l’ont affirmé, les conditions de travail dans cette mine sont mauvaises et souvent très dangereuses. Les extracteurs travaillent pieds nus, sauf un casque qu’ils portent toujours sur la tête, ils n’ont aucun autre équipement de protection individuelle. Les puits et les galeries ne sont pas ventilés : « Nous ne pouvons pas creuser plus loin. A 50 mètres, l’oxygène commence à se raréfier et nous devons abandonner le puits ou la galerie alors que le minerai est parfois à une grande profondeur », regrette l’un des mineurs.

Pour se déplacer ou creuser sous terre, les extracteurs s’éclairent à une petite lampe torche posée sur le front. Les outils de travail sont très rudimentaires : un simple marteau, un burin et une petite pelle. Comme ils nous l’ont confié, au fond, ils sont parfois exposés aux risques de chutes de blocs et d’effondrement des puits et galeries. Les stériles déposés aux abords immédiats des puits peuvent être source d’effondrement sous l’influence de leur poids. En plus, ils peinent pour séparer la cassitérite et la boue. Les méthodes d’exploitation et de traitement de ce minerai restent très artisanales. Ils émiettent et lavent les terres qui contiennent les grains de cassitérite. Les lavages se font dans le ruisseau qui est situé à 100 mètres du site. Les mineurs affirment que des pertes se remarquent car une grande partie est transportée par l’eau du ruisseau.
« Comme nous nous fixons seulement sur la cassitérite, peut-être que d’autres minerais moins légers partent avec l’eau », indique Alexis  Barangenza.

La cassitérite ne profite qu’à une poignée de personnes

D’après le nouveau code minier, les artisans miniers devaient travailler dans les coopératives. Mais que ce soient les habitants de la colline Rutanganika ou les mineurs, seuls les patrons de ce site sont affiliés dans une coopérative. Le reste du personnel travaille comme journaliers. Ils vendent leurs forces à des patrons de l’association Dukorerehamwe qu’ils ne voient presque jamais.
« Sauf les chefs de ce gisement, nous n’avons jamais rencontré nos patrons. Ils n’organisent pas des rencontres avec nous. Ils ne se donnent même pas la peine d’écouter nos doléances », se plaint B.L. Et d’ajouter : « Même le prix de 10 000fbu le kilo a été fixé arbitrairement. Par l’intermédiaire de nos chefs, ils nous ont menacé de nous chasser si quelqu’un viendrait à réclamer l’augmentation de cet argent.»
Même son de cloche chez les habitants de Rutanganika. Pour eux, la richesse de cette colline est bradée par ceux qui viennent d’ailleurs. Ils n’ont jamais profité de cette mine alors qu’ils devaient être les premiers à en bénéficier.

«  Nous nous demandons toujours à quoi ça sert d’avoir cette mine. Nous n’avons pas de centre de santé ni une route praticable. Qui me contredira si je dis que notre richesse va dans les poches des autres », a déclaré Daniel Bitungimana, le chef de colline Rutanganika. Quant à l’administrateur de la commune Makebuko, il assure que l’intérêt n’est pas à la hauteur de leur espérance : « La commune ne perçoit que 100 Fbu de taxe sur 1Kg de cassitérite pure »,a avoué Sylvestre Rurakizuye.

L’environnement en fait les frais

D’après toujours ces mêmes habitants, ce site de Rutanganika se situe dans les terres de deux familles. Tout autour, les champs de culture qui, naguère, étaient fertiles sont aujourd’hui ingrats. Comme il y a absence des routes qui mènent vers ce gisement, les mineurs se frayaient les chemins à travers les champs. Aussi, dans la vallée où ils séparent le minerai avec la terre, le ruisseau est souvent obstrué par ces tonnes de terres. Des terrils des laveries sont déposés au-dessus de la couche exploitable tout le long de ce cour d’eau, ce qui rend les champs infertiles.
En plus, les propriétaires de ces champs n’ont jamais été indemnisés : « Nous avons plusieurs fois demandé pourquoi ils détruisent nos champs alors que nous ne partageons pas leurs bénéfices. Mais à chaque fois que nous le réclamons, ils nous font savoir que la terre appartient à l’Etat alors que mes grands pères cultivaient là. Nos enfants ne mangent plus la patate douce à cause de ces activités qui détruisent nos champs », clame Anicet Nkurikiye, un septuagénaire de Rutanganika.

Contacté, Silvère Faida, l’un des 5 membres de l’Association Dukorerehamwe, affirme que son organisation a fait tout ce qui est nécessaire. Pour lui, les extracteurs ne devaient pas être guidés par l’égoïsme : « Avant de réclamer la majoration des prix de vente, ils devaient d’abord penser aux dépenses qui sont à la charge de l’association. Avec le nouveau code minier, même le peu qu’ils gagnent risque d’être diminué. Ils étaient habitués à négocier avec les fraudeurs c’est pourquoi ils ne sont pas satisfaits par l’argent que nous leur offrons », s’est-il défendu.

En ce qui concerne l’environnement qui est aujourd’hui dégradé, il rassure la population de Rutanganika : « C’est dans notre contrat avec le ministère, nous ferons de notre mieux pour laisser le site tel que nous l’avons trouvé.»

  4   Vos commentaires
  1. nous les burundais vraiment!!!

    Une tonne coûte plus de 30 000 dollars à l’export, la commune reçoit moins de 70 dollars de taxe par tonne si on compte 100fr/kg. Démasquer toute la chaîne et les noms des membres de cette association comme celles qui exploitent les autres minerais.

  2. Vuvuzela

    J’ai l’impression qu’en Afrique, l’existence des mines ou mineraies implique la perte des vies humaines a la place du progres. Cherchez a savoir pourquoi.

  3. Martino

    Comme je l’ai toujours dit l’Afrique = Ebola politique.

  4. vera

    Burundi ndakuririra…

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