Économie

Des entreprises et emplois « fictifs »

16/08/2018 Parfait Gahama Commentaires fermés sur Des entreprises et emplois « fictifs »
Des entreprises et emplois « fictifs »
Prechore Nsabiyaremye : « Mon entreprise n’existe que sur le papier.»

2137 sociétés et 17500 emplois créés ! Voilà ce qu’annonce le rapport annuel de l’Agence de Promotion des Investissements (API), édition 2016. Sur terrain, la réalité est moins florissante. Voyage au cœur d’une désillusion.

Capital financier insuffisant, manque d’expertise, manque des marchés, inaccessibilité aux crédits bancaires, etc., sont, entre autres, les défis soulevés par certains entrepreneurs rencontrés en mairie de Bujumbura. Aujourd’hui, il est difficile de localiser certaines sociétés sur terrain. Elles existent seulement dans les registres de l’Agence de promotion des investissements.

Créée depuis deux ans, Edaco, une entreprise spécialisée dans l’architecture et la construction, est presque « fictive ». Elle n’a pas d’adresse physique. Bref, impossible de la localiser. Pourtant, dans le registre des entreprises créées en 2016 de l’API, le siège de cette société est situé sur l’avenue de l’Amitié au centre-ville de Bujumbura. En théorie, elle compte au moins « 75 employés ». Mais en réalité elle n’a engagé personne.

Prechore Nsabiyaremye, directeur général de cette entreprise, regrette que deux ans viennent d’être écoulés sans que sa société démarre les activités normalement. « J’ai a essayé de commencer en vain.» Raison de son échec : capital financier insuffisant. Seulement 500 mille BIF.

M. Nsabiyaremye affirme, par ailleurs, que son entreprise n’existe que sur le papier. «Elle n’a pas d’adresse physique.» La raison est simple : elle ne peut pas supporter les frais du loyer. Quand un client me sollicite, révèle-t-il, je loue un bureau pour deux ou trois heures au centre-ville pour 10 mille BIF.

M. Nsabiyaremye a été désillusionné. « J’avais créé cette entreprise pour concourir pour les marchés publics.» Objectif qu’il n’a pas encore atteint. Sa société ne peut pas soumissionner pour les marchés publics en tant qu’entreprise. Elle n’a pas de garanties financières suffisantes et de l’expérience. Là où le bât blesse, regrette-t-il, aucune institution financière n’accepte d’accorder des crédits aux entreprises naissantes à défaut des hypothèques. Depuis 2016, il n’a gagné aucun marché.

Un autre défi évoqué par cet entrepreneur est la multitude des documents exigés pour soumissionner pour les marchés publics. Notamment garantie de soumission, l’attestation de non faillite, l’attestation d’affiliation à l’INSS, attestation de capacité financière au cours de trois dernières années, l’attestation de non redevabilité, etc.

En tant qu’entrepreneur, M. Nsabiyaremye s’occupe aujourd’hui de petits boulots et des sous- traitances à titre individuel, et non pour le compte de l’entreprise pour éviter de payer les impôts. A la fin de chaque année, il déclare zéro activité à l’Office burundais des recettes.

Manque de soutien de l’API

Pascal Minani : «Aucune institution financière n’accorde des crédits aux entreprises naissantes.»

Sadeco, une autre entreprise créée en 2016, spécialisée dans la peinture n’est pas fonctionnelle non plus. Pascal Minani, son directeur général évoque les contraintes financières. «Les entreprises naissantes n’accèdent pas facilement aux crédits bancaires ou de microfinances par défaut des cautions.» Pour exécuter un marché, explique-t-il, l’entreprise doit avoir des fonds de roulement suffisants. « Mon entreprise a gagné plusieurs marchés. Mais par faute de moyens financiers, elle n’a exécuté aucun.»

M. Minani déplore, par ailleurs, l’absence des institutions publiques qui accompagnent les nouveaux entrepreneurs. Ce rôle devrait être accompli par l’Agence de promotion des investissements. Aujourd’hui, cette agence ne se limite qu’à la délivrance des documents. Il n’accompagne pas les entrepreneurs. Même dans les pays développés, les entreprises naissantes bénéficient du soutien des pouvoirs publics.

Ce jeune entrepreneur de 30 ans plaide pour qu’il y ait une institution financière publique chargée d’accorder des crédits aux jeunes entrepreneurs compte tenu de la rentabilité de l’entreprise. « De bonnes initiatives de création d’emplois doivent être accompagnées par le gouvernement. » Au moment de la création de son entreprise, il s’était engagé à créer au moins 100 emplois.

Salvator Habyarimana, directeur général de l’entreprise de construction (Asto), affirme que sa société n’a pas encore ouvert les portes. Son partenaire financier s’est rétracté. Pour le moment, il cherche un autre bailleur. Dans le registre des emplois créés, cette entreprise s’était engagée à créer 150 emplois.

Linka Nezerwe, directrice de l’entreprise Cleaning company, témoigne que sa société ne fonctionne pas. Motif : manque de marché. La situation économique actuelle n’arrange pas les choses. Avec un capital initial de deux millions de BIF, cette entreprise s’est engagée à créer 100 emplois. Mais aujourd’hui, elle ne compte que sa directrice.

Léonard Sentore, directeur de l’API, a indiqué, lors de la présentation du rapport des réalisations du premier semestre 2018 que son agence effectue des descentes sur terrain afin de constater l’évolution des entreprises récemment créées. Mais, il a précisé que l’API n’a pas d’un budget destiné à financer les entreprises.

Notons que le bilan de l’API pour le premier semestre de cette année fait état de plus de 1500 entreprises et 12500 emplois créés. Entre les chiffres de l’API et la réalité, la désillusion est totale.

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