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Société

Au secours, ma belle-mère me pourrit la vie !

10-08-2017

Les relations entre la belle-mère et sa belle-fille ne sont pas toujours cordiales. Et pas seulement dans les contes traditionnels. Que faire ? La réponse n’est pas aisée.

Une famille aisée dans le quartier Kinanira, une fratrie de 7 enfants. Malgré les apparences, la famille vit l’enfer. La cause : une belle-mère. Un des enfants, une jeune fille qui frôle la vingtaine témoigne : « La maison n’est jamais tranquille quand grand-mère est là. Nous sommes las !»

Des chicaneries, chaque minute, des insultes… Entre la belle-mère et la belle-fille, ce n’est plus la guerre des tranchées, l’affrontement est ouvert. Les deux femmes ne se « sentent » pas. Des frictions qui dateraient de plusieurs années, d’après la jeune. « Depuis les fiançailles de papa et maman, il ya plus de 20 ans », précise-t-elle.

L’histoire est mal partie en effet. A l’inimitié « classique » entre la belle-mère et la belle-fille, un élément ethnique n’a rien arrangé : la belle-fille est Hutu, sa belle famille, Tutsi. La belle-mère s’est opposée à ce mariage, mais son fils, amoureux, est passé outre l’opposition de maman. Il ne voulait pas céder aux « caprices » de sa mère. Les deux amoureux se sont mariés. Le mari espérait que les choses allaient s’arranger. Sauf qu’avec le temps, au lieu de s’améliorer, les relations entre les deux femmes se sont envenimées. Entre elles, aujourd’hui, c’est une vraie haine. Mais le fils et sa mère s’adorent toujours.

Et la belle-mère rend visite souvent à son fils. « Mais dès qu’elle arrive, la vie dans la famille devient infernale »disent en chœur les enfants qui en ont par-dessus la tête.

« Cette sorcière… »

Kinindo. Une autre famille. Middle class. Là, c’est la belle-fille qui ne sent pas « la vieille », engoncée dans ses pagnes qui tranchent avec le style mondain de madame. La « vieille » comme on l’appelle, ne peut plus vivre sur sa colline pour des raisons de sécurité. Elle a été reléguée dans une maison annexe à la résidence principale. On lui apporte à manger là-bas. On essaie de l’oublier. « Pas question que la « sorcière » mette les pieds dans la maison principale». Selon une amie de la famille, madame dit qu’elle veut « protéger les enfants »!Les enfants n’ont pas le droit d’aller voir leur grand-mère. Le mari se rend dans l’annexe où vit sa mère au grand dam de son épouse. Parfois, il mange avec elle. Ce qui rend quasiment hystérique l’épouse qui explose: « je cuisine pour mon mari et il va manger avec sa mère. Quelle humiliation ! »

La belle-mère vit cloîtrée là, elle passe ses journées à réciter le chapelet. Le couple est au bord de la rupture.

De petits enfants à tout prix…

Un autre couple. Dix ans de mariage, mais le couple n’a pas encore eu d’enfants. Bien sûr, la faute revient à l’épouse « stérile », a déjà tranché belle-mère. L’idée que le problème de reproduction puisse venir de son fils ne l’effleure même pas !

D’après une voisine qui connaît très bien la famille, l’épouse a envie de fuir quand sa belle-mère arrive. Comme son mari travaille à l’intérieur du pays, elle affronte souvent seule cette belle-mère « soûlante ». Une femme qui veut avoir un mot à dire sur tout dans la maison.

Elle ne sait même pas dire merci quand la belle-fille lui offre quelque chose. C’est un dû. « Je sais que c’est mon fils qui le fait ». Mauvaise langue, elle ne manque pas de lâcher « Ah ! L’épouse, c’est celle-là » (quand elle voit une femme bien en chair, sa belle-fille est mince).

La belle-fille, raconte qu’elle trouve parfois des produits étranges, des médicaments traditionnels dans la salle de bains. « C’est surement la grand-mère… »

Très versée dans les croyances traditionnelles, la vieille veut-elle l’aider à procréer ? La belle-fille troublée ne sait sur quel pied danser. Mais elle se passerait bien de cette présence…


Des tensions vieilles comme Mathusalem

Pour Christine Ntahe, les tensions entre les belles-mères et leurs belles-filles datent de très longtemps.

La notable et traditionaliste, Christine Ntahe, raconte que les tensions entre les belles mères et leurs belles filles existent depuis très longtemps dans la société burundaise. C’est un thème qui revient souvent dans les contes burundais.

Avec le mariage de son fils, la belle-mère a l’impression qu’on le lui vole, qu’il part pour de bon. Elle n’accepte pas de perdre ce lien qui les unissait. Elle supporte peu qu’« une autre femme » entre dans la vie de son fils. « Et tous ces cadeaux qu’il m’offrait…»

Souvent, la belle-mère par jalousie cherche à gâcher la vie du couple, explique cette traditionaliste. Elle peut s’ingénier à les diviser dans l’espoir de refaire de son fils « son homme à elle seule » comme avant le mariage.
Sauf que la belle fille n’est pas prête à céder. « Qu’est ce qu’elle veut cette vieille ? Qu’elle s’occupe de ses oignons, il est désormais mien… » Et bonjour le bras de fer. « C’est ainsi que naissent les conflits», dit madame Ntahe.

Conseil de cette notable : La belle-mère devrait plutôt se féliciter de voir son fils fonder à son tour un foyer.
La belle fille devrait se mettre à la place de sa belle-mère. « Ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse », rappelle avec sagesse madame Ntahe.


Ces « fils à maman… »

Pour ce psychosociologue, ces conflits sont une conséquence d’un comportement qui se développe dès le bas âge.

Le psychologue, Jean Bosco Ndayishimiye, estime que ce lien persistant entre l’homme et sa maman est un phénomène qui commence dès le bas-âge (3 ans) : « la phase phallique ».

Le fils veut protéger sa mère, la jugeant faible. La mère, à son tour, considère son « fils chéri » au même pied d’égalité que son mari. Elle voit en lui un homme. « D’où naît cet amour inégalé entre la mère et son fils. »

Ce psychologue explique également l’origine profonde de ces relations tendues entre la belle-mère et sa belle-fille : la fille, dans l’enfance, se sous-estime. Se comparant à son frère, elle voit qu’elle n’a pas de sexe. Ce que le psychologue appelle « le complexe de castration ».

Pour la petite fille, c’est la faute à sa maman. Elle lui en veut. Cette rancune peut se développer à l’âge adulte, d’après M. Ndayishimiye. « La belle-fille met donc sa mère dans le même sac que sa belle-mère. »

Jalouse, la belle-fille perd également l’estime de soi. Redoutant de ne pas faire le poids face à une figure féminine qui lui paraît imposante (sa belle-mère), elle craint ne pas être l’unique dans l’univers affectif de « son homme ».

  5   Vos commentaires
  1. KABADUGARITSE

    Dure la vie quand le social s’envenime en famille! Et les apprentis sorciers n’y changeront rien.

    Ils sont en effet nombreux à tout prédire et à tout raconter mais rien de précis ne pourrait éclairer le burundais sur ce comportement un peu trop marginal. Le tout de ce qui nous arrive se trouve dans les gênes d’un chacun. On mène la vie dure à sa belle-fille ou encore à sa belle-mère telle qu’on a la main longue sur le bien d’autrui, les biens publics. Après tout on se mène la vie dure entre copains, entre copines et/ou entre proches et … l’important c’est d’avoir le courage d’affronter la vie telle qu’elle se présente.-

  2. Habwawihe Pierre Claver

    Très bel article et redigé dans un bon style.
    Maintenant proposez des solutions à cet état de choses.

    • willy

      exactement que le sujet est bon monsieur pc mais ce qu’il faut savoir a côté des considérations psychologiques, sociales et affectives, celles d’ordre économique y jouent grand chose, les belles mamans craignent souvent de perdre des appuis matériels et financiers de leurs fils mariés au profit du jeune foyer et partant de la jeune épouse et estiment souvent que tout ce qui rentre dans le jeune foyer aurait renté chez elle si le fils n’était pas marié. d’où conflits d’intérêt entre belle mère et belle fille et un arbitrage non moins difficile de la part du fils.

    • DUCK

      La constitution du pays est la solution a ce problem. Il faut respecter les provisions de la constitution. La loie doit definir (define and enforce) les violations domestiques (domestic violence).

    • Mkubwa

      Que les gens s’aiment:

      L’amour est plein de bonté;
      L’amour n’est point envieux;
      L’amour ne se vante point,
      Il ne s’enfle point d’orgueil,
      Il ne fait rien de malhonnête,
      Il ne cherche point son intérêt,
      Il ne s’irrite point, il ne soupçonne point le mal,
      il ne se réjouit point de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité;
      Il excuse tout, elle croit tout, il espère tout, il supporte tout.
      L’amour ne périt jamais.

      Pour les Chrétien, l’amour est le premier fruit du Saint Esprit.

      Si quelqu’un(e) n’est pas guidé(e) par le Saint Esprit, ses tendences sont souvent haineuses.

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