Lundi 09 février 2026

Politique

Unité nationale : sans partage équitable des richesses, la cohésion reste un slogan

Unité nationale : sans partage équitable des richesses, la cohésion reste un slogan
Il n'y a pas longtemps...

35 ans après son adoption, la Charte de l’unité nationale est remise en question par des Burundais qui la considèrent comme un échec. Les inégalités persistantes menacent la cohésion sociale. Les acteurs politiques appellent au respect des valeurs fondatrices.

En effet, certains habitants de Bujumbura estiment que la Charte de l’Unité nationale reste mieux appliquée sur le plan ethnique, mais moins dans la vie socio-économique.

Marc Nimubona, un sexagénaire de la zone Kamenge, souligne que le problème n’est plus lié aux ethnies. Selon lui, les habitants ne se préoccupent plus des différences ethniques dans la vie quotidienne. « Ce n’est plus comme avant. Maintenant, si un Hutu perd un proche, un Tutsi peut l’aider lors des funérailles, explique-t-il.

Il ajoute également que : « Quand certaines poches sont vides, tandis que d’autres s’enrichissent, il ne peut pas y avoir d’unité. Le partage renforce l’unité. Je crois que le gouvernement devrait réfléchir à comment nous rassembler et nous soutenir. Il ne faut pas que la balance penche toujours d’un côté. Le président dit souvent que chaque poche doit avoir de l’argent et chaque bouche de quoi manger. Il faut maintenant voir comment aider le citoyen lambda. »

La prénommée Nadine Gakima, de la même localité, partage des préoccupations similaires à celles de M. Nimubona. Selon elle, l’Unité nationale est menacée sur le plan de la cohésion sociale. « Aujourd’hui, il y a du favoritisme partout, notamment dans l’octroi des postes de travail. Si vous n’êtes pas membre du parti au pouvoir, vous n’avez aucune chance dans certaines institutions. Récemment, mon fils a passé un test pour intégrer une institution que je ne peux pas citer, mais malgré ses excellents résultats, il n’a pas été sélectionné. Est-ce là que la Charte de l’Unité nationale est appliquée ? »

Des symboles de l’unité nationale en voie de disparition

Cependant, d’autres habitants s’inquiètent également de la disparition progressive du drapeau de l’unité nationale dans certains évènements et institutions publiques. Pour eux, ce symbole rappelle l’engagement historique des Burundais à ne plus retomber dans les violences ethniques.

Sous couvert d’anonymat, N. N. s’interroge sur la disparition du drapeau de l’Unité nationale lors des cérémonies officielles. « Avant, les honorables prenaient les deux drapeaux en même temps au moment du serment devant le président, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Je le vois rarement, même lors du discours à la nation. Où est passé ce drapeau ? C’est un symbole qui devrait être présent tout le temps. »

Rappelons que le 34ᵉ anniversaire de l’Unité nationale a été célébré dans une atmosphère inhabituelle. Il n’y a pas eu de discours commémoratif, ni de prière œcuménique, encore moins le traditionnel hymne de l’unité que différents invités, dont les hauts cadres, le scandaient en se tenant par la main et en balançant les bras.

La Charte de l’unité nationale a été adoptée le 5 février 1991. Elle instituait une journée dédiée à la promotion de l’unité et à la lutte contre l’idéologie divisionniste, après les conflits de 1965, 1972 et 1988.

Une commission paritaire (12 Hutus et 12 Tutsis) a été créée pour étudier les moyens de renforcer l’unité. Ses recommandations visaient à mettre fin aux violences. Mais l’assassinat du président Ndadaye en 1993 a replongé le pays dans la guerre civile. L’Accord d’Arusha de 2000 a réaffirmé ces principes.


Réactions

Olivier Nkurunziza : « Actuellement l’unité nationale est en péril. »

Dans son analyse, le président du parti Uprona présente d’abord la Charte de l’unité nationale comme l’aboutissement d’une volonté collective des Burundais de vivre ensemble dans la paix et la cohésion. « Mais, si l’on essaie d’analyser la situation actuelle, cette unité est aujourd’hui en péril. »

Le principal problème résiderait dans l’organisation du pays. « Malheureusement, l’exclusion politique persiste aujourd’hui, et les divisions se fondent désormais sur les tendances politiques », affirme-t-il en ajoutant que ceux qui ne sont pas membres du parti au pouvoir ont le sentiment de ne pas avoir voix au chapitre ni aux opportunités pour contribuer au développement du pays, ce qui, selon lui, risque d’accentuer les divisions. Il insiste sur l’importance du respect de la vie humaine. « Lorsque l’on observe des pertes en vies humaines ou des disparitions forcées ici et là, cela démontre qu’il existe un véritable problème d’unité nationale. »

M. Nkurunziza met également en garde contre toute restriction des droits, même au sein du parti au pouvoir, estimant que cela constitue un danger pour l’unité nationale. « C’est pourquoi, au niveau du parti Uprona, nous appelons les autorités burundaises à relire constamment la Charte de l’unité nationale, afin d’en respecter rigoureusement l’éthique et les principes », souligne-t-il.

M. Nkurunziza estime que l’unité nationale, construite après des périodes de crise, reposait avant tout sur la lutte contre l’injustice et les divisions. Selon lui, la persistance de la corruption, des inégalités et des élections jugées non transparentes compromet l’idéal d’unité auquel aspire le Burundi.

Il souligne que les tensions politiques actuelles risquent d’affaiblir la paix et la sécurité du pays, dans un contexte sous-régional marqué par des crises récurrentes. Pour lui, seule une unité interne solide peut protéger le Burundi contre des influences extérieures susceptibles d’exacerber les divisions.

Malgré les avancées réalisées, M. Nkurunziza affirme que des clivages ethniques demeurent visibles, notamment dans l’accès aux postes publics et dans le secteur éducatif. Il déplore également la persistance de discours de haine transmis, selon lui, de manière discrète dans certaines familles, preuve que l’unité nationale reste fragile.

Il critique par ailleurs le travail de la Commission vérité et réconciliation (CVR), estimant que son approche, centrée sur certains événements historiques au détriment d’autres, ne favorise pas la réconciliation et risque même de raviver les divisions.

Selon lui, la politique burundaise reste marquée par des sensibilités politico-ethniques, malgré un cadre légal interdisant les partis fondés sur des bases ethniques. Il appelle le gouvernement à tirer les leçons des élections de 2025 afin d’éviter que les mêmes tensions ne réapparaissent lors des scrutins de 2027 et de 2030.

La question des réfugiés issus des crises passées constitue, selon lui, un autre obstacle à l’unité. Il plaide pour un dialogue inclusif afin de permettre à tous les Burundais, y compris ceux en exil, de contribuer au développement du pays sans crainte.

Malgré les tensions politiques, il affirme que la population burundaise reste attachée aux valeurs de coexistence pacifique et d’amour de la patrie. Il appelle les dirigeants à renforcer ces fondements afin de léguer aux générations futures un pays uni, débarrassé des discours de haine et des divisions héritées du passé.

Léonce Ngendakumana : « Le principal problème reste la gestion des affaires publiques et du patrimoine de l’État par une minorité. »


L’ancien président de l’Assemblée nationale dresse une appréciation négative sur la question de l’unité nationale au Burundi. Selon lui, cette problématique a été mal posée dès le départ par le pouvoir de l’époque.
Il estime qu’au lieu d’être abordée dans toute sa complexité, elle a été réduite à une lecture ethnique opposant Hutu et Tutsi, une « étiquette » qui, d’après lui, continue de marquer le débat politique actuel. Pour cet acteur politique, les différents régimes qui se sont succédé tentent de résoudre un problème largement surestimé, alors que les véritables défis se situeraient ailleurs.

M. Ngendakumana considère en effet que la question hutu-tutsi sert souvent d’alibi et masque des enjeux plus profonds liés à la gouvernance. S’il reconnaît l’existence d’un certain tribalisme chez une partie de la population, il soutient que le principal problème reste la gestion des affaires publiques et du patrimoine de l’État par une minorité qu’il qualifie d’« oligarchie ».

Cette élite, affirme-t-il, dépasse les appartenances ethniques et se constitue autour d’intérêts communs dans le partage des ressources et du pouvoir. Pour M. Ngendakumana, l’on observe actuellement des divisions à tous les niveaux et dans tous les milieux : au sein des communautés, du parti au pouvoir, des institutions, de l’opposition, de la société civile, des médias et même des confessions religieuses. « Dans ce contexte, il devient difficile de parler d’une véritable unité nationale tant que ces fractures persistent. »

Il évoque également un autre obstacle majeur : les vingt-quatre « sages », membres de la commission chargée d’organiser les débats sur l’unité nationale, qui n’ont pas été fidèles à l’esprit des discussions lors de la rédaction du rapport final. Ils ont plutôt privilégié la volonté du parti au pouvoir, une pratique qui, d’après lui, se poursuit encore aujourd’hui au sein de certaines commissions en place.

« Par ailleurs, malgré les conclusions et recommandations de l’accord d’Arusha, le pouvoir actuel reste, prisonnier et nostalgique d’un passé douloureux. Ainsi, l’unité nationale souvent évoquée ne serait qu’une unité de façade. »
Toutefois, il reconnaît deux mérites essentiels à la Charte de l’unité nationale : avoir permis d’ouvrir le débat sur la question hutu-tutsi, restée taboue depuis l’avènement de la Première République, et avoir contribué à l’élaboration d’une Constitution consacrant certains principes fondamentaux.

Pour lui, en définitive, une véritable unité nationale passerait, impérativement, par la réhabilitation de l’Accord d’Arusha ainsi que par une bonne gouvernance démocratique, administrative, économique et sociale.

Kefa Nibizi :« actuellement, nous connaissons une division qui n’est pas ethnique, mais plutôt basée sur les convictions politiques »

Pour le président du parti CODEBU, bien que certains considèrent la signature de la Charte de l’Unité nationale comme inutile, parce que selon selon lui, elle a été suivie par les crimes de 1993, une étape très importante. « Cette charte a permis aux Burundais de discuter ouvertement des défis et des problèmes d’ordre national, ce qui n’existait pas auparavant. On y a abordé des questions sensibles comme les problèmes ethniques et l’exclusion, mais aussi, c’était le début d’un pacte national : pour vivre ensemble, il faut un accord entre les différentes composantes de notre pays », explique-t-il.

Il ajoute que la Charte a été complétée par les Accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation, ainsi que par les différents accords de cessez-le-feu. « C’est à partir de ce moment que nous avons observé les premières retombées positives de la Charte combinée avec ces deux autres instruments », précise-t-il.

Selon lui, les différentes ethnies du pays vivent désormais paisiblement. « Il n’y a pas de signes flagrants de mauvaise communication entre les composantes ethniques. De plus, les constitutions adoptées depuis 2005 ont garanti que aucune région ne domine ou n’exclut les autres dans la gestion des affaires publiques. Cela montre que les divisions à base régionale ou ethnique sont désormais limitées. Tout n’est pas parfait, mais nous avons atteint une étape très avancée. »

Malgré les avancées, il souligne que les problèmes de division ont changé de nature. « Aujourd’hui, nous faisons face à une exclusion basée sur les convictions politiques », explique-t-il. « Si vous n’êtes plus membre du parti au pouvoir, vous n’obtenez pas les mêmes avantages que ses militants. On est exclu de l’emploi, de la vie publique et même des processus électoraux, de manière flagrante. »

Pour lui, cette division politique actuelle provoque les mêmes frustrations et pourrait avoir des conséquences similaires à celles des clivages politico-ethniques du passé. « Au fil du temps, cette dynamique politique renforce le clivage entre ceux qui sont considérés comme inclus dans la vie de la nation et ceux perçus comme exclus, en fonction de leur appartenance politique. C’est le problème que nous connaissons aujourd’hui ».

M. Nibizi invite enfin les responsables politiques, en particulier le parti au pouvoir et le gouvernement, à reconsidérer la Charte de l’Unité nationale, combinée aux Accords d’Arusha pour la paix et la réconciliation et aux différents accords de cessez-le-feu, pour en tirer des enseignements et renforcer l’unité nationale dans toutes ses dimensions. « C’est ainsi que nous pourrons atteindre l’objectif que nous visions à l’époque », conclut-il.

Gaspard Kobako : « Le bilan d’évaluation de la charte de l’unité nationale est mitigé »

Gaspard Kobako, président de l’Alliance nationale pour la Démocratie (AND), considère que le bilan de la Charte de l’Unité nationale, adoptée il y a 35 ans, est mitigé. Selon lui, malgré les bonnes intentions et la portée symbolique de la Charte, le pays a connu de graves crises qui ont ébranlé l’unité nationale. Il rappelle le putsch sanglant du 21 octobre 1993, deux ans après l’adoption de la Charte, ainsi qu’une guerre civile de plus de dix ans, qui ont fragilisé le tissu social et montré que l’unité proclamée n’était pas encore consolidée.

Kobako souligne que les divisions actuelles ne se limitent pas aux clivages ethniques. « Elles se manifestent également sur le plan régional et partisan. Même au sein des partis politiques et des organisations de la société civile, l’unité reste fragile. »
« L’exemple typique c’est le cas de l’UPRONA, divisé en plusieurs ailes (Ku Mugumya, gouvernemental, et celle de Charles Mukasi) qui ont tenté de se réunir, mais dont l’unité reste incertaine, notamment à l’approche des processus électoraux. Le FRODEBU, parti historique de feu le président Melchior Ndadaye, connaît également des scissions internes avec plusieurs ailes, selon son ancien président Léonce Ngendakumana. »

Selon Kobako, ces divisions montrent que lorsque les intérêts individuels priment sur ceux de l’organisation ou de la nation, l’unité devient difficile à maintenir.

L’initiative de la Charte est née d’un contexte dramatique. Les massacres de Ntega et Marangara, en 1988, ont été un élément déclencheur. Face à ces tragédies, un groupe d’intellectuels a adressé une lettre ouverte au chef de l’État, demandant la création d’une commission paritaire pour réfléchir à la question de l’unité nationale. Cette commission, ethniquement équilibrée, a été mise en place en octobre 1988 et a préparé un projet de Charte soumis au référendum en février 1991, adopté par 89 % des Burundais. La Charte visait à renforcer la paix et à promouvoir une gestion démocratique du pays, afin de prévenir les conflits futurs.

Kobako rappelle également que l’unité ne se limite pas à des symboles ou à des célébrations protocolaires. Il cite l’exemple de la fête de l’Unité nationale en 2024, où seul le parti au pouvoir a été autorisé à déposer une gerbe au monument national, excluant les autres partis politiques. Selon lui, l’unité ne peut se réduire à un partage symbolique entre Hutus et Tutsis ou à des gestes cérémoniels. Elle doit reposer sur la participation réelle et équitable de tous dans la vie politique, sociale et économique du pays.

Le concept d’unité, selon Kobako, doit être repensé et redéfini. L’unité nationale est avant tout une volonté collective, comme le rappelle l’adage burundais : « Ubumwe bugira uwushaka » (L’unité appartient à ceux qui veulent la construire). « La véritable unité ne peut exister que si tous les citoyens et acteurs politiques s’engagent à dépasser les divisions artificielles et les conflits d’intérêts. »

Enfin, il appelle à une évaluation inclusive et participative de la Charte de l’Unité nationale, impliquant tous les protagonistes burundais. Selon lui, seule une telle démarche pourra permettre de redonner à la Charte sa valeur réelle et d’atteindre l’objectif pour lequel elle avait été conçue : construire une unité nationale durable, fondée sur le partage, la justice et la cohésion sociale, et non sur des divisions artificielles ou partisanes.

Jean de Dieu Mutabazi : « L’unité nationale se manifeste aujourd’hui dans la vie quotidienne et les divisions ethniques tendent à s’estomper »

Le président du parti Radebu dresse une lecture historique du parcours du Burundi en insistant sur la place centrale de l’unité nationale dans la construction du pays. Selon lui, cette valeur, héritée des ancêtres fondateurs, a résisté aux tentatives de division, notamment durant la colonisation belge, marquée par des politiques jugées discriminatoires ayant favorisé l’ethnisation de la politique.

M. Mutabazi rappelle que malgré les périodes sombres ayant suivi l’indépendance (la dictature militaire instaurée en 1966, les violences massives des années 1970 et la crise ouverte après l’assassinat du président Melchior Ndadaye en 1993), l’unité des Burundais est restée un facteur de résilience. Il souligne également le rôle des accords d’Arusha et du cessez-le-feu de 2003 dans la restauration de la démocratie, l’instauration de mécanismes de partage du pouvoir et le retour progressif à la stabilité institutionnelle depuis 2005.
« L’unité nationale se manifeste aujourd’hui dans la vie quotidienne et les divisions ethniques tendent à s’estomper », déplore-t-il en mettant en garde certains acteurs politiques accusés d’entretenir les tensions.

Pour lui, la consolidation de cette unité passe désormais par la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et surtout par le renforcement du pilier économique. Il évoque notamment l’inflation, les abandons scolaires et les difficultés sociales comme des défis majeurs, estimant que la satisfaction des besoins fondamentaux et une répartition équitable des richesses demeurent indispensables pour préserver durablement la cohésion nationale.

Hamza Venant Burikukiye : « l’Unité nationale est aujourd’hui une réalité, avec des résultats louables et salutaires ».

Pour M. Burikukiye, évaluer l’Unité nationale, 35 ans après son adoption, nécessite de revenir sur le contexte qui a précédé sa mise en place. Il rappelle qu’avant cette période, les relations entre Burundais étaient marquées par une profonde méfiance, du mépris et des discriminations, allant jusqu’à des persécutions et des assassinats sur des bases ethniques. Les tragiques événements de Ntega et Marangara en 1988, ainsi que les crises du début des années 1990, en sont des illustrations marquantes.

Malgré ce passé douloureux, M. Burikukiye estime que l’arrivée au pouvoir du CNDD-FDD, après plus d’une décennie de lutte armée, a progressivement rassemblé les Burundais autour d’un destin commun, dans un contexte de pacification progressive et de volonté de gouvernance démocratique.

Selon lui, des progrès significatifs sont visibles dans plusieurs secteurs de la vie nationale. Il cite notamment le partage des responsabilités à tous les niveaux de l’administration publique, qu’il considère comme un signe du renforcement de la cohésion nationale. La composition des corps de défense et de sécurité reflète également davantage la diversité des Burundais, contribuant à rassurer la population, contrairement aux périodes passées marquées par la méfiance.

Sur le plan politique, il souligne que les partis sont désormais libres d’être créés et dirigés sans discrimination, citant les listes bloquées lors des élections comme illustration de cette évolution. Il note aussi une cohabitation positive entre les formations politiques, y compris avec le parti au pouvoir, à travers leur participation aux rencontres et invitations officielles.

M. Burikukiye met par ailleurs en avant l’impact des initiatives du Chef de l’État en faveur de l’unité et du travail commun, perceptibles à travers les rassemblements autour des programmes de paix et de sécurité, la quadrilogie, les travaux communautaires de développement et l’engagement des jeunes soutenus par le PAEEJ. « La construction d’infrastructures publiques (stades, routes, canalisations) constitue également un signe tangible de cette mobilisation collective. »

Pour lui, toutes ces initiatives montrent que l’Unité nationale est aujourd’hui une réalité au Burundi, avec des résultats « louables et salutaires ».

Gabriel Rufyiri : « L’unité nationale, entre symboles et défis socio-économiques »

Le représentant de l’Olucome pointe du doigt sur les principaux obstacles à l’unité nationale au Burundi. « L’insuffisance de production nationale, le partage inéquitable des ressources et la persistance des injustices sous toutes leurs formes compromettent la cohésion sociale et limitent l’efficacité des politiques censées renforcer l’unité du pays. »

Selon lui, l’unité nationale implique tous les Burundais, indépendamment de leur ethnie, région ou religion, qui forment une seule nation. « Elle repose sur le refus de la discrimination, la promotion de l’équité dans les institutions, ainsi que sur le dialogue, la tolérance et la participation active de chaque citoyen à la vie du pays. »

Pourtant, trente-cinq ans après son adoption, la Charte n’a pas empêché les conflits politico-ethniques, comme l’a montré la crise de 1993, suivie d’une lutte armée qui s’est prolongée jusqu’en 2008 avec la signature du dernier mouvement rebelle, le PALIPEHUTU-FNL.

Cette période a entraîné d’importantes pertes humaines et matérielles, et affecté durablement la vie socio-économique des Burundais. Plusieurs spécialistes soulignent que les conflits politiques trouvent souvent leur origine dans des inégalités socio-économiques, et que la lutte pour le pouvoir était perçue par beaucoup comme une question de survie individuelle.

M. Rufyiri insiste sur le fait que pour réussir l’unité nationale et atteindre la Vision 2040-2060, il est impératif d’inclure tous les Burundais, qu’ils soient dans le pays, en exil ou dans la diaspora. « Les réfugiés burundais (enseignants, médecins, ingénieurs, entrepreneurs et cadres) représentent un capital humain essentiel au développement du pays. Leur absence limite la capacité d’innovation, de gestion et de production nationale, ce qui freine la mobilisation autour des projets nationaux et menace la réalisation des objectifs de développement. »

L’organisation souligne que l’unité ne peut se limiter aux symboles ou aux cérémonies. Les célébrations de l’Unité nationale, comme celle de 2024, où seul le parti au pouvoir a pu déposer une gerbe de fleurs au monument national, illustrent que des pratiques d’exclusion persistent et que l’unité proclamée reste fragile.

En conclusion, M. Rufyiri rappelle que l’unité nationale est une volonté collective. Elle ne peut se réduire à des symboles, des slogans ou à un partage superficiel entre groupes ethniques. « Pour qu’elle soit réelle et durable, elle doit s’accompagner de justice sociale, cohésion économique et politique, participation citoyenne et mobilisation inclusive de tous les Burundais, où qu’ils soient. »

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