Une jeune étudiante de l’Université du Burundi est actuellement détenue à la prison centrale de Mpimba. Depuis Janvier, Elle est accusée d’avoir critiqué la gestion des fonds universitaires. Une situation que certains qualifient d’injuste. Ses amis demandent sa libération sans conditions.
C’est une histoire qui choque et qui indigne. La pauvre fille logeait au sein du campus Mutanga avant son incarcération. Elle porte le prénom de Mathilde d’après les informations venant de ses proches. Elle étudiait à l’Institut supérieur de commerce (Isco), département de Commerce & Marketing en deuxième baccalauréat.
Selon les informations recueillies sur place, à l’origine du fait, l’Université du Burundi a récemment procédé à la repeinture des murs extérieurs des homes, laissant l’intérieur dans un état déplorable. Les murs intérieurs sont noirs de crasse, infestés de punaises tandis que les toilettes sont davantage délabrées. De nombreuses douches sont hors d’usage privant ainsi les étudiants d’un minimum d’hygiène.
« La priorité semble avoir été donnée à l’apparence extérieure des bâtiments au détriment des conditions de vie des étudiants. C’est la raison pour laquelle la fille a posté une vidéo sur son compte Tik Tok relevant la triste réalité qui se cache derrière les murs fraichement repeints. », raconte une étudiante anonyme.
La source fait observer qu’au lieu de prendre en compte ses préoccupations, le représentant du campus Mutanga, prénommé Malachie, a montré la vidéo au chef du service social et accusé Mathilde d’être parmi les journalistes qui diffusent de fausses informations. « Le chef a convoqué Mathilde et lui a demandé pourquoi elle avait posté la vidéo. Elle a expliqué qu’elle souhaitait simplement que les murs intérieurs soient repeints et que la propreté soit améliorée dans le campus. »
Selon toujours cette source, au lieu de trouver une solution à cette préoccupation, Mathilde a été emmenée chez le commissaire ayant la sécurité et les logements dans ses attributions. Et dans un premier temps, la malheureuse a alors été emprisonnée au cachot de Bwiza où elle est restée plusieurs jours sans suffisamment manger. Etant orpheline, elle n’a pas de famille à Bujumbura pour pouvoir l’assister.
Une autre jeune étudiante fait savoir qu’après avoir été appelée au Parquet pour s’expliquer encore à propos de sa vidéo, Mathilde a été soumise à un interrogatoire sur sa vie personnelle et ses habitudes pour finalement être accusée de « ternir l’image de l’université et celle du pays. » et cela « sous l’emprise des drogues et de l’alcool » avant d’être conduite à la prison centrale de Mpimba.
Une vie difficile
La jeune fille signale également les conditions d’emprisonnement difficiles de Mathilde. « Notre sœur vit la solitude car elle n’a pas de soutien familial. Pour ses besoins primaires, elle dépend du petit soutien de ses amies. Cette situation est d’autant plus difficile pour elle puisqu’elle est très jeune et qu’elle n’a pas de moyen pour subvenir à ses propres besoins », signale-t-elle.
Un autre étudiant souligne qu’à Mpimba Mathilde affiche un visage marqué par la tristesse et la désolation, qu’elle semble avoir perdu tout espoir.
D’autres étudiants et étudiantes qui ont aussi gardé l’anonymat parlent d’un « phénomène très grave » qui témoigne du « climat de terreur et de répression qui prévaut aujourd’hui à l’Université du Burundi. » Ils disent vivre dans une crainte constante de représailles s’ils osent se plaindre. « Nous sommes de plus en plus réticents à exprimer nos opinions pour ne pas subir le même sort que notre consœur ».
Libérer Mathilde sans conditions
Les amis lancent un appel vibrant pour la libération de leur consœur « injustement détenue. » avant d’insister : « Nous sommes profondément tristes et nous réclamons qu’elle soit libérée immédiatement. Sa situation est dramatique. Il est insupportable de penser qu’elle puisse passer plus de temps en prison. »
Ils demandent aux autorités compétentes de faire preuve de compassion et de clémence à son égard, d’examiner son dossier avec attention et impartialité afin de vérifier la véracité des faits.
« Il est essentiel de déterminer si elle a effectivement violé la loi ou si elle est victime d’une erreur judiciaire. Si, après examen, il s’avère qu’elle est innocente, nous exigeons sa libération et sans conditions afin qu’elle puisse reprendre ses études et poursuivre son projet de vie », trouvent-ils dans l’espoir que « la raison et la justice l’emporteront ».
Interview avec Me Ferdinand Dior Remesho
« L’utilisation des réseaux sociaux pour s’exprimer ne justifie pas l’incarcération. »
Comment est-il possible de détenir quelqu’un pour avoir seulement posté des messages ?
Ce n’est pas possible de détenir quelqu’un qui a seulement publié une vidéo sur Tik Tok. Mais, si le contenu a des éléments qui constituent des délits (escroquerie, arnaque, injures et outrages publics, menaces et chantage, provocation, incitation à la violence, cyber harcèlement, les injures et outrages publics, incitation à la haine et au trouble public ou à la discrimination, usurpation d’identité par de faux profils malveillants), dans ce cas, le diffuseur peut être suivi par la loi parce que les réseaux sociaux ne sont pas des zones sans droit.
Pour le cas de la jeune étudiante de l’Université du Burundi, sa publication ne contient en aucune façon de diffamation ou d’injures. Je reste curieux de savoir les infractions qui ont été retenues contre elle. Je trouve qu’elle a fait le constat de l’état des homes universitaires et des travaux de rénovation qui étaient en cours. Ça se comprend qu’elle avait des attentes qu’elle comptait réalisées.
Quelle est la loi qu’elle aurait enfreint si vous essayez d’analyser ?
Aucune loi n’a été violée, je disais là-haut que je reste curieux de savoir les infractions qui ont été retenues contre elle.
Quel est le processus légal pour arrêter quelqu’un ?
Le processus d’arrêter tout présumé auteur d’infraction est encadré par la loi, particulièrement le Code de procédure pénale qui garantit un principe sacro-saint comme quoi la liberté est la règle et la détention en est l’exception (Article 90). Nous sommes consternés par le fait de constater l’application à l’envers de ce principe en privant cette étudiante des amphithéâtres du savoir pour la destiner à la prison.
Quels sont les droits de la personne arrêtée dans ce cas précis ?
Ses droits les plus directs à relever sont : le droit d’être visitée par ses proches, le droit à l’assistance judiciaire et le droit à un procès équitable. On plaide pour une instruction à décharge pour son cas.
Existe -t-il des dispositions légales qui protègent la liberté d’expression dans ce contexte ?
Oui, la liberté reste aussi un principe sacro-saint garanti par la Constitution du Burundi notamment en son article 31. Rappelons aussi que le Burundi a ratifié plusieurs conventions internationales qui garantissent explicitement ou implicitement la liberté d’expression et que les instruments font partie du droit burundais une fois ratifiés, conformément à l’article 19 de la Constitution de 2018/ Notons aussi le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP/ICCPR) en son article 19 ainsi que la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (CADHP) en son article 9.
Quelles sont les conséquences possibles pour les autorités qui ont procédé à l’arrestation de l’étudiante ?
Comme observateur de la chaine pénale ou le milieu carcéral burundais, pour le cas de la jeune fille, il n’y aura pas de conséquences majeures pour les autorités qui lui ont fait arrêter et conduire en prison. Seulement, ceux qui auront l’occasion de les connaitre douteront de leur sérieux et de leur indépendance dans l’accomplissement de leurs missions.
Toutefois, si ce n’est pas une affaire téléguidée, les surprises peuvent avoir lieu parce que, très récemment, on a eu des suspensions, des poursuites judiciaires, des limogeages et des fins de carrière qui ont frappé certains membres du corps judiciaire burundais.









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