À Bujumbura, la tuberculose frappe encore. Pour certains patients, se faire soigner reste un parcours semé d’embûches. D’autres témoignent des dangers de l’automédication et des obstacles logistiques. Dr. Innocent Ntamavukiro insiste sur un dépistage précoce.
Rencontré au Centre antituberculeux de Bujumbura, situé dans la zone Buyenzi de la commune Mukaza, Sylvestre Sibomana, un homme d’une cinquantaine d’années résidant dans la zone Kinindo de la commune Mugere, est actuellement sous traitement contre la tuberculose. Il reconnaît avoir longtemps négligé les premiers signes de la maladie.
« La toux était forte. Je ne dormais pas car, la nuit, j’avais des sueurs et je toussais beaucoup. J’ai cru que c’était une simple toux mais je me trompais. J’ai commencé à perdre l’appétit et à ressentir des douleurs dans tout le corps. Malheureusement, j’ai toujours négligé ces symptômes en faisant de l’automédication ».
Il ajoute qu’après quelques semaines, son état s’était aggravé. Ce qui l’a finalement poussé à se rendre à l’hôpital. « Le médecin qui m’a accueilli au centre de santé m’a suggéré de venir dans ce centre pour vérifier si ce n’était pas de la tuberculose. Les résultats se sont révélés positifs. Aujourd’hui, je suis sous traitement et je suis dans la dernière phase. Il faut se faire dépister dès qu’on sent les symptômes, c’est très important. J’ai eu l’expérience malheureuse de négliger la maladie ».

Son expérience illustre les risques liés au retard de consultation et à l’automédication qui peuvent aggraver la maladie avant une prise en charge appropriée.
Marie Claire Bashirahishize, une patiente, témoigne d’un problème très concret lié au traitement de la tuberculose. « Même si les médicaments sont gratuits, leur disponibilité limitée près de chez moi complique la guérison. » Elle habite à Kinyinya, dans la zone Rukaramu. Elle doit souvent se déplacer vers un centre plus éloigné pour obtenir ses traitements. Cette situation provoque un retard dans sa guérison car, les déplacements fréquents sont difficiles à gérer, surtout dans un contexte de pauvreté. Parfois, elle déplore qu’elle s’absente parfois alors qu’elle devrait prendre les médicaments constamment.
Son témoignage illustre un défi fréquent dans la lutte contre la tuberculose : la pénurie de médicaments et l’accès limité aux soins localement. Ce qui peut compromettre l’efficacité des traitements alors qu’ils sont théoriquement accessibles. Cela peut ainsi entraîner des retards dans la guérison, des interruptions de traitement qui risquent d’occasionner des rechutes ou de la résistance, un fardeau économique et physique supplémentaire pour des personnes déjà vulnérables.
Toujours une menace pour la santé publique
Pour Dr. Innocent Ntamavukiro, médecin directeur du Centre antituberculeux de Bujumbura, la tuberculose demeure une réalité et constitue encore une menace sérieuse pour la santé publique. Il insiste sur le fait que tous les services liés à cette maladie sont entièrement gratuits dans ce centre.
« Ce que nous faisons, c’est le dépistage et l’accompagnement du malade jusqu’à sa guérison. Nous accueillons toutes les personnes qui présentent une toux et nous procédons aux examens. Lorsque les résultats sont positifs, le patient est immédiatement mis sous traitement. Toutes les procédures sont gratuites ».
Il souligne également une augmentation du nombre de cas détectés au centre antituberculeux de Bujumbura. Selon lui, le rapport de 2024 faisait état de 1 400 personnes dépistées positives. En 2025, ce chiffre est passé à 1 500 cas. Il précise que les hommes représentent une grande proportion des personnes touchées.
Une augmentation liée à l’amélioration du diagnostic
Dr. Ntamavukiro souligne que cette hausse ne traduit pas nécessairement une propagation accrue de la maladie, mais plutôt une amélioration du système de dépistage. « Je crois que cela est dû au développement du système de dépistage parce que nous avons reçu une nouvelle machine de diagnostic moléculaire rapide, GeneXpert, qui permet de détecter rapidement la maladie », informe-t-il.

Il explique que la tuberculose est une maladie infectieuse causée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis qui se transmet par voie aérienne lorsqu’une personne infectée tousse, éternue ou même parle, en libérant des gouttelettes contenant les microbes.
« La maladie se développe plus facilement chez les personnes dont le système immunitaire est affaibli. C’est notamment le cas des personnes souffrant de malnutrition, celles vivant dans des conditions précaires ou exposées à des environnements surpeuplés et mal aérés ».
Concernant les signes de la maladie, les symptômes les plus fréquents sont « une toux persistante (plus de trois semaines), parfois accompagnée de sang (hémoptysie), une fièvre légère, des sueurs nocturnes, une perte de poids inexpliquée ainsi qu’une fatigue intense. »
Se faire dépister à temps
Dr. Ntamavukiro encourage vivement la population à se faire dépister dès l’apparition des premiers signes, en particulier une toux persistante, afin de bénéficier rapidement d’une prise en charge efficace et de limiter la propagation de la maladie.
« Cette maladie est curable. Il faut seulement que le malade se fasse soigner à temps. Si la maladie est prise en charge tardivement, le patient peut garder des séquelles et des cicatrices ».
Il rappelle également que certains comportements à risque persistent. « Certaines personnes ne viennent pas faire le dépistage à temps. Elles prennent parfois des médicaments non prescrits par les professionnels de santé en pensant qu’elles ont du poison dans leurs corps. Ce qui expliquerait leur toux persistante. Nous avons enregistré plusieurs cas de ce genre ».
Face à cette situation, il lance un appel pressant à la population de Bujumbura et d’ailleurs : dès l’apparition de symptômes tels qu’une toux prolongée, il est essentiel de se rendre immédiatement dans un hôpital ou dans un centre antituberculeux proche pour un dépistage approprié.
Selon les données présentées le 23 mars 2026 Paul Ntisinzira, chargé de la communication au sein du programme de lutte contre la tuberculose, 8 735 cas de tuberculose ont été détectés en 2025 dont 5 550 formes contagieuses.
Parmi les patients identifiés, 97,7 % ont été soumis au test de dépistage du VIH. Une proportion de 5,7 % s’est révélée séropositive. Ces patients ont été rapidement pris en charge par un traitement antirétroviral.






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