Deux séquences de la semaine écoulée, apparemment sans lien, éclairent pourtant une même réalité : la parole publique n’est pas un simple accompagnement de l’action politique. Elle en constitue une part essentielle. Lorsqu’elle éclaire rapidement l’incertitude, elle rétablit l’ordre et renforce la crédibilité de l’État.
À l’origine, l’émission publique des porte-parole des institutions gouvernementales répondait à une exigence démocratique : rendre compte, expliquer l’action publique, créer un espace de dialogue entre gouvernants et gouvernés. Les premières éditions donnaient le sentiment d’une parole incarnée, parfois imparfaite, mais attentive aux réalités vécues.
Avec le temps, ce rendez-vous trimestriel s’est rigidifié. La spontanéité a cédé la place à un langage balisé, prévisible, souvent interchangeable. Les réponses semblent parfois précéder les questions. Les mêmes formules reviennent, comme des réflexes administratifs : le dossier est en cours, la situation est sous contrôle, des mesures sont à l’étude.
La conférence publique de Kayanza, le 27 mars, en a offert une illustration saisissante. Les citoyens attendaient des réponses concrètes sur des préoccupations immédiates : pénurie de carburant, hausse persistante des prix, rareté du sucre, incertitudes entourant le rapatriement des réfugiés. Ils ont entendu des intentions sans échéancier, des engagements sans instruments précis, des assurances générales sans indications vérifiables.
Une phrase a particulièrement retenu l’attention : « Si le manque de carburant nous préoccupe, nous devons être heureux : cela signifie que nous avons des voitures. » L’intention n’était probablement ni de heurter ni de minimiser les difficultés. Mais la formule a révélé un décalage perceptible entre la parole publique et l’expérience quotidienne de nombreux citoyens. Elle a donné le sentiment d’une parole qui explique sans convaincre, qui répond sans vraiment écouter.
Or, la crédibilité ne se décrète pas. Elle se construit par la reconnaissance des difficultés, la précision des décisions et la clarté des délais. Sans ces éléments, la communication cesse d’être un instrument de responsabilité pour devenir un exercice formel.
Quelques jours plus tard, un événement d’une nature tout autre a rappelé ce que peut produire une communication rapide et factuelle. Le mardi 31 mars, en soirée, des explosions successives ont secoué le camp militaire de Musaga, à Bujumbura — communément appelé la Base. Détonations, bruits de tirs, circulation précipitée, familles cherchant à s’éloigner : en quelques minutes, l’inquiétude s’est propagée.
Dans ce type de situation, l’absence d’information devient elle-même un facteur de désordre. Les réseaux sociaux accélèrent la circulation d’hypothèses, parfois alarmistes, souvent invérifiables. L’incertitude nourrit la peur.
L’intervention rapide du porte-parole de la Force de Défense Nationale, relayée par celui du ministère de la Sécurité publique, a contribué à contenir cette spirale. En indiquant sans délai qu’un court-circuit dans un dépôt de munitions serait à l’origine des explosions, les autorités ont fourni un cadre explicatif immédiat, même provisoire. Elles ont reconnu l’événement, nommé une cause et annoncé la poursuite des vérifications.
Cette prise de parole n’a pas dissipé toutes les interrogations. Mais elle a permis de réduire l’espace laissé aux spéculations . Elle rappelle que la première fonction de l’État, dans l’incertitude, est d’éclairer et de rassurer.
Dans une crise, les mots comptent autant que les actes. Dire clairement, tôt et vrai renforce la crédibilité du pouvoir. Et rassure la population.




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