Mercredi 07 janvier 2026

Société

Rétro droits de l’Homme 2025 : Un climat malsain au sein de la CNIDH et de la CVR

06/01/2026 0
Rétro droits de l’Homme 2025 : Un climat malsain au sein de la CNIDH et de la CVR
Sixte Vigny Nimuraba, ex-président de la CNIDH, a fui le pays depuis le 18 avril 2025

Exil de l’ex-président de la CNIDH et de deux commissaires de la CVR, remplacement de ces derniers, renouvellement du mandat de Fortuné Gaëtan Zongo, … Tels sont, entre autres, les points qui ont marqué la situation des droits de l’Homme au Burundi au cours de l’année 2025.

L’ex-président de la Commission nationale indépendante des droits de l’Homme (CNIDH), Sixte Vigny Nimuraba a fui le pays le 18 avril 2025. Un exil qui a traduit un malaise au sein de la Commission.

L’ancien président de la CNIDH aurait eu peur après la fouille-perquisition qui a eu lieu à son domicile ainsi que le retrait de son passeport diplomatique.
Au début du mois de mars, le Journal Iwacu avait révélé des dépenses à la CNIDH que certains ont qualifié de fantaisistes. Il s’agissait par exemple de l’existence d’une prévision de dépense de 150 millions de BIF pour l’achat d’un « Salon VIP. »

Iwacu avait également révélé que le budget alloué aux « voyages » s’élevait à près d’un demi-milliard de francs burundais (476 millions) tandis que la rubrique « Promotion des droits humains » – cœur même du mandat de la Commission – ne bénéficiait que de 90 millions, soit à peine 11,8 % du budget.

Au même moment, trois de ses sept commissaires avaient saisi l’Assemblée nationale arguant que la CNIDH connaissait une crise de gouvernance.

Ils avaient également demandé la démission du président Sixte Vigny Nimuraba ainsi qu’un audit spécifique rigoureux sur l’utilisation des fonds de la commission. « Nous estimons à plus de 1 124 700 000 BIF, le montant que le président de la CNIDH doit justifier sur une période de 2 ans seulement », ont indiqué les trois commissaires dans une lettre envoyée au président de l’Assemblée nationale, Gélase Daniel Ndabirabe.

Le 11 avril 2025, l’Assemblée nationale a lancé un appel à candidatures pour le remplacement des commissaires de la CNIDH « conformément aux résultats d’enquête sur les dysfonctionnements profonds de la CNIDH. »

Ainsi, dans sa séance plénière du 5 mai 2025, l’Assemblée nationale a approuvé la nomination des nouveaux commissaires de la CNIDH. A sa tête se trouve monseigneur Martin Blaise Nyaboho.

Dans ce remplacement, il s’est avéré que l’Assemblée nationale s’est immiscée dans le travail de la Commission. Or, « aucun organe étatique n’est autorisé à s’immiscer dans les missions de la CNIDH étant donné qu’il est strictement interdit à toute institution, selon la loi adoptée en 2011 régissant la CNIDH, de révoquer un commissaire de la CNIDH. »

Un juriste qui a requis l’anonymat a estimé qu’il y a eu un hic avec cette action de l’Assemblée nationale : « Le risque est que le sous-comité d’accréditation de l’Alliance globale des institutions nationales des droits de l’Homme (GANHRI) va encore une fois mettre la CNIDH sous-examen arguant que les institutions étatiques se sont immiscées dans le fonctionnement de la CNIDH. »

La CVR n’a pas été épargnée

La secousse n’a pas épargné la Commission Vérité et Réconciliation (CVR). En mi-janvier 2025, deux commissaires ont été en effet contraints à l’exil.

Qualifié de traître, accusé de haute trahison, de divulgation des secrets par Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale, Aloys Batungwanayo, ex-commissaire à la CVR chargé de la communication a été contraint de signer une lettre de démission. Prévenu par des amis qu’un dossier judiciaire était en cours de confectionner contre lui, il a décidé de fuir le pays.

Noé Clément Ninziza, qui était vice-président de la CVR, a subi le même sort. Lui aussi a été qualifié de traître et forcé d’écrire et de signer une lettre de démission.

Les deux départs ont été vite remplacés lors de la séance plénière de l’Assemblée nationale du 13 février 2025. Ainsi, Aimé Joseph Kimararungu a été élu vice-président de la CVR et Vianney Ndikumana a remplacé Aloys Batungwanayo.

Reconduction de Gaëtan Zongo

Le mandat du Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme au Burundi, Fortuné Gaëtan Zongo, a été renouvelé le 6 octobre à Genève lors de la 60e session du Conseil des droits de l’Homme des Nations-unies. Un signe qui a montré que la situation des droits humains restait préoccupante.

Fortuné Gaëtan Zongo : « Il n’y a plus aucune institution indépendante : ni l’ombudsman, ni la CNIDH, ni la CVR, ni l’Etat lui-même »

Zongo a fait savoir qu’au début du mandat, ils ont dû surmonter la non-coopération de l’Etat burundais, mais qu’avec l’expérience, ils ont acquis une certaine expertise qui fait que même sans cette coopération, le mandat peut s’exercer sans difficultés majeures.

Le Rapporteur spécial avait indiqué qu’après les dernières élections, il s’est observé un pouvoir en place qui fait tout pour capter l’ensemble de la vie publique. « Il n’y a plus aucune institution indépendante : ni l’ombudsman, ni la CNIDH, ni la CVR, ni l’Etat lui-même. Et quand on regarde la composition du Parlement, c’est totalement monocolore. Je crois que dans le monde entier, il ne dépasse pas deux ou trois Etats qui sont dans cette configuration et c’est un vrai défi. »

Gitega avait lutté bec et ongles pour que le mandat du Rapporteur spécial ne soit pas prolongé. Elisa Nkerabirori, Représentante permanente du Burundi auprès de l’ONU à Genève, s’était effet acharnement opposée au renouvellement du mandat du Rapporteur spécial.

Pour elle, le mandat du Rapporteur spécial est devenu un outil de division, de catégorisation des communautés burundaises, en véhiculant des propos discriminatoires, des allégations aussi bien diffamatoires que dangereuses et irresponsables à relents ethniques.

Quelques jours plus tôt, à l’occasion de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, à New York, le chef de la diplomatie burundaise, Edouard Bizimana, s’était lui aussi farouchement opposé au renouvellement du mandat du Rapporteur spécial.
« Le Burundi s’inscrira toujours en faux contre toute forme d’hiérarchisation et d’instrumentalisation politique des droits de l’Homme. A cet égard, nous dénonçons les mécanismes spéciaux qui sont parfois imposés à certains pays, dont le Burundi, pour des raisons plutôt subjectives ».

D’après le ministre Bizimana, le Burundi a fourni des efforts remarquables pour renforcer l’Etat de droit, lutter contre l’impunité et promouvoir les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. « Des progrès notables ont été reconnus par plusieurs partenaires, aussi bien bilatéraux que multilatéraux, comme en témoigne notre coopération constructive avec ces derniers. Cependant, le Rapporteur spécial ne semble pas remarquer ces avancées. »

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

La vérité quoi qu’il advienne

Il restera parmi les rares personnalités marquantes de cette année 2025, sinon la seule : Dr Alain Ndikumana, le ministre burundais des Finances. Devant un parterre de sénateurs inquisiteurs, probablement de toute tendance, certains étant proches de tel cercle ou (…)

Online Users

Total 2 267 users online