Le monde célèbre chaque 13 février, la Journée internationale de la Radio consacrée à la promotion de ce média comme vecteur d’information, de dialogue et de cohésion sociale. Néanmoins, certaines régions du Burundi restent privées des émissions des radios nationales. La population et les responsables des médias sont inquiets. Le ministre en charge des médias rassure.
Dans plusieurs zones se trouvant aux frontières du pays, notamment dans le nord, la population déplore l’impossibilité de capter les stations burundaises. Des communes situées dans les anciennes provinces de Ngozi et de Kirundo figurent parmi les plus touchées.
Dans ces localités, les habitants affirment ne recevoir aucun signal des radios émettant depuis le territoire national. Une situation qui, selon la population, favorise la circulation des informations non vérifiées via les réseaux sociaux.
Privés d’accès aux programmes des médias locaux, de nombreux habitants se disent frustrés de ne pas pouvoir suivre l’actualité nationale, les débats ou les annonces officielles. « Nous avons l’impression d’être coupés du reste du pays », confie Jeanine Ndayizeye, habitante de la colline Rwibikara, en commune Busoni.
« Nous ne savons pas toujours ce qui se passe au niveau national, sauf à travers des informations qui circulent ailleurs. Même la radio communautaire Remeshamahoro émettant depuis la ville de Kirundo ne nous parvient pas », déplore Asmani Ciza, chef de la colline Gatete de la commune Busoni.
Dans ces régions du nord, ce sont au moins cinq radios rwandaises et une de la Tanzanie qui sont captées sans interférence. Grâce à la puissance de leurs émetteurs et à leur position géographique, ces stations couvrent facilement une partie du territoire burundais.
La population considère que l’écoute des médias étrangers n’est pas en soi problématique. L’absence d’alternative locale pose la question de l’équilibre informationnel et de l’accès à des contenus reflétant les réalités nationales.
Des infrastructures non performantes
Selon Claude Nkurunziza, directeur de la radio-télévision Rema, le problème de captage des radios burundaises dans certaines régions du pays relève des contraintes techniques, géographiques et économiques structurelles.
Il considère que la question de la couverture géographique par la radio au Burundi est d’abord liée aux infrastructures de diffusion qui ne sont pas performantes. « Nous avons cinq ou six sites certifiés par l’Union internationale des télécommunications pour éviter tout conflit de fréquences. Mais, ces infrastructures ne sont pas optimisées pour couvrir l’ensemble du territoire », explique-t-il.
En plus des défis techniques, Claude Nkurunziza insiste sur la fragilité économique des médias burundais, en particulier les radios privées. « Les médias classiques traversent une situation de précarité. Le marché publicitaire burundais est trop étroit pour couvrir les coûts de fonctionnement. »
M. Nkurunziza indique que la radio-télévision nationale, RTNB, bénéficie du soutien des fonds publics par des contribuables. En revanche, les médias privés doivent composer avec un environnement économique limité et une concurrence des plateformes numériques.
Pour lui, malgré ces difficultés, la radio demeure le média le plus écouté au Burundi notamment dans le milieu rural qui en dépend pour s’informer. Il prône un appui structurel pour permettre aux médias de remplir pleinement leurs missions.
Charles Makoto, directeur de la radio-télévision Isanganiro, confirme l’ampleur du problème. « C’est une préoccupation majeure car, l’accès à l’information nationale est un droit fondamental ».
Il parle des causes techniques et structurelles qui expliquent ces lacunes de couverture. En premier lieu, l’insuffisance ou la faible puissance des émetteurs. Le relief accidenté du Burundi constitue un autre obstacle majeur.
À cela s’ajoute le manque d’infrastructures de relais dans certaines zones frontalières. Ce qui limite considérablement la portée des stations nationales. Les contraintes financières aggravent la situation car l’installation et la maintenance des émetteurs, des pylônes et des systèmes d’alimentation énergétique représentent des coûts élevés.
C’est difficile à supporter pour des médias indépendants aux ressources limitées. Il lance un appel à une mobilisation collective afin que chaque Burundais, où qu’il se trouve, puisse accéder à une information fiable, équilibrée et ancrée dans les réalités locales.
C’est la même préoccupation chez Raymond Nzimana, directeur de la radio Bonesha FM. « La cause principale est le manque de moyens afin d’avoir des équipements de relais (les émetteurs). Pour le moment, on ne voit pas de solutions pour couvrir ces régions tant que les moyens ne sont pas disponibles ».
En termes de remède, M. Nzimana demande aux partenaires dans le secteur médiatique d’appuyer les radios afin d’avoir des équipements performants. Sans cet appui, dit-il, l’accès à l’information pour cette population sera toujours difficile. Il indique que les solutions alternatives sont de suivre les stations radios via des plateformes numériques dédiées.
Le gouvernement rassure
Le ministre ayant les médias dans ses attributions, Gabby Bugaga, affirme que les autorités sont pleinement conscientes de cette situation. « Nous sommes au courant que dans certaines parties du pays, surtout dans stations de radios soient suivies », indique-t-il.

Il précise que dans certaines localités, des progrès ont déjà été réalisés. Il s’agit de la commune Matongo. Il y avait une partie où on ne pouvait pas écouter la RTNB et d’autres stations privées qui utilisent ses pylônes. « Aujourd’hui, la situation est corrigée », assure-t-il.
En commune Cibitoke, les installations techniques sont déjà en place. Il ne manquerait que l’alimentation électrique pour rendre les émetteurs opérationnels.
Concernant la province de Kirundo où se situe la commune Busoni, le ministre affirme que des ajustements techniques sont en cours. « Nous essayons de corriger le dispositif pour permettre que cette zone soit également couverte. Le budget est disponible pour éliminer ces zones d’ombre et permettre à la population de suivre sans problème les émissions des radios locales », fait savoir le ministre.
Pour lui, le gouvernement considère la couverture radiophonique nationale comme une priorité stratégique, notamment dans les zones frontalières où la concurrence des stations étrangères est plus forte. Il appelle la population à patienter.








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