La ville de Gitega connaît une crise structurelle de pénurie d’eau. Des quartiers résidentiels aux zones périphériques, les coupures d’eau sont devenues la règle. Certains parlent même d’un fléau qui vide les portefeuilles et épuise les corps.
A Gitega, l’urbanisation galope mais, les tuyaux d’eau ne semblent pas suivre. Dans le quartier chic de Bwoga, les villas colonisent les collines. Mais, derrière les portails imposants, le prestige s’arrête au seuil des salles de bain. Le prénommé Jean-Claude, un commerçant qui a investi dans une maison moderne, montre avec dépit sa douche à l’italienne. « C’est un monument historique. Elle n’a pas vu une goutte d’eau depuis dix jours. » Comme à Shatanya, Magarama et Yoba, le progrès recule. On installe désormais des toilettes turques, d’habitude réservées aux domestiques, car l’intérieur de la maison est devenu irrespirable. « Sans eau, les toilettes modernes sont des bombes sanitaires. On revient aux méthodes de nos grands-parents », explique-t-il.
Aujourd’hui, rares sont les quartiers qui peuvent avoir de l’eau de la Regideso pendant deux jours successifs ou une journée entière. Avec la disparution des robinets publics dans les quartiers, un nouveau métier est né, celui de vendeurs d’eau. Ils sont les seuls à irriguer les quartiers assoiffés.
Mais, ce service a un prix exorbitant, le prénommé Isidore, 22 ans, transporte chaque jour une dizaine de bidons de 20 l chacun sur son vélo dégingandé. « Je vais puiser l’eau à plusieurs kilomètres, là où il reste une source qui coule encore. Le trajet est épuisant, surtout avec les montées de Gitega, », confie-t-il en essuyant la sueur qui perle sur son front. Pour chaque bidon, il demande 1500 FBu. Pour une famille modeste, la facture est assassine. Si l’on compte seulement cinq bidons par jour pour la cuisine et une toilette sommaire, cela représente plus de 150 000 FBu par mois. Ce qui constitue une somme astronomique dans le contexte économique actuel. « C’est un racket forcé », s’insurge une mère de famille.
Les domestiques posent leurs conditions
La pénurie a également bouleversé le marché de l’emploi. Autrefois, être engagé dans une belle maison de Gitega était une opportunité. Aujourd’hui, c’est une condamnation. Les travailleurs domestiques, premiers en ligne de front face à la corvée d’eau, posent leurs conditions. Le prénommé Thierry, un jeune employé de maison à Karera II, raconte son calvaire. « Mon patron veut que la maison soit propre, que les habits soient lavés et que la cuisine soit faite. Mais, pour cela, je dois faire 4 ou 5 allers-retours par jour avec un vélo chargé. Mes jambes ne tiennent plus. J’ai demandé une augmentation de 20 000 FBu ou je vais m’en aller. »
Le cas de Thierry n’est pas isolé. A chaque engagement d’un nouveau domestique, la question tombe systématiquement. « Est-ce que l’eau coule dans ce quartier ? » Si la réponse est négative, le salaire doit doubler ou le poste reste vacant.
« Le réseau est saturé. Il est incapable de supporter le poids d’une ville qui s’étend pour assumer son rôle de capitale politique. Le projet de captage d’eau dans la rivière Ruvubu est la solution à ces pénuries. D’ici peu, les travaux vont débuter», a promis le chef de service Eau à Gitega.






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