Vendredi 27 mars 2026

Société

Région Centre/Gitega : Une mesure d’hygiène contestée

27/03/2026 0
Région Centre/Gitega : Une mesure d’hygiène contestée
Les trois ministres présentant l’ordonnance conjointe sur l’hygiène et la salubrité le 13 mars 2026 à Gitega.

Depuis le 18 février 2026, se soulager dans un buisson est un délit. Trois ministères ayant respectivement l’’intérieur, la santé publique et les finances dans leurs attributions ont conjointement déclaré la guerre contre l’insalubrité. Sur les routes qui serpentent les collines, une question demeure sans réponse : où aller quand l’organisme n’en peut plus ?

Entre Gitega, Bujumbura, Ngozi ou Ruyigi, les voyageurs sont désormais pris entre un besoin naturel irrépressible et le spectre d’une sanction administrative. Sur les routes qui mènent vers Ruyigi ou Ngozi, les arrêts brousse font normalement partie intégrante du voyage. Sans eux, le voyage devient une torture physique. Aujourd’hui, l’acte banal de se soulagé est un délit. Une ordonnance ministérielle a transformé les chauffeurs en surveillants malgré eux et les passagers en hors-la-loi potentiels.

Malheureusement, sur les 100 km qui séparent la capitale politique et la capitale économique, ou sur les routes menant vers le Nord et l’Est du pays, le constat est le même : pas une seule cabine de latrines publiques à l’horizon. « L’Etat veut de l’argent mais, il oublie de construire des services », s’indigne Jeanne Habonimana, une infirmière.

L’indignation des usagers de la route ne porte pas sur la nécessité de lhygiène, mais sur l’ordre des priorités gouvernementales. Pour beaucoup, cette ordonnance revient à prendre le taureau par les cornes. Selon la prénommée Alice, une commerçante de Gitega, en instaurant des amendes avant de poser la première pierre pour aménager un espace de repos, l’État semble privilégier la collecte des fonds au détriment de sa responsabilité d’aménageur.

Sur les axes Gitega-Ngozi ou Gitega-Ruyigi, la dignité humaine est mise à rude épreuve. Les témoignages recueillis sur les parkings sont unanimes. « On nous demande de payer pour notre biologie alors qu’aucune alternative n’est proposée », s’insurge le prénommé Sebastien, un passager rencontré au parking de Gitega. Pour lui, comme pour des milliers d’autres, le risque est clair : au lieu d’améliorer la santé publique, cette mesure pourrait simplement accroître la corruption sur les axes routies ou forcer les citoyens à des rétentions urinaires dangereuses pour leur santé.

Un dilemme

Les chauffeurs de transport en commun, premiers témoins du calvaire, se retrouvent en première ligne d’un conflit qu’ils n’ont pas choisi. Le prénommé Jean-Claude, conducteur sur la ligne Gitega-Rutana, explique le dilemme. « Si je m’arrête pour un passager qui n’en peut plus, je risque d’être complice d’une infraction. Si je refuse, je manque d’humanité et je risque un incident dans mon bus. »

Les professionnels du secteur soulignent que la salubrité ne peut pas se décréter sans aucun investissement massif dans des sanitaires publics et même payants.

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