Construit grâce à l’appui de la Prodefi, le centre devait être un des moteurs économique de la région. Promettant débouchés aux fermiers et lait de qualité aux consommateurs, aujourd’hui, l’infrastructure dépérit. La cacophonie entre les membres de la coopérative propriétaire et des éleveurs révoltés ont eu raison sur le centre.
Le chemin qui mène au centre de collecte appartenant à la coopérative Girinka mu Kirimiro est aujourd’hui désespérément vide. Il y a encore quelques années, c’était le point de ralliement pour des centaines de producteurs de lait, bidons en aluminium entrechoqués sur les vélos. Pour le moment, à l’intérieur, les cuves en inox ne voient plus passer que la poussière. Les machines se taisent non pas par manque de lait dans les pis des vaches, mais par une rupture de confiance qui semble irrémédiable. Par le passée, c’était le passage obligé pour tout lait avant son départ vers les tables des hôtels et cafétérias de Gitega .
L’idée de son installation était noble: créer une chaîne d’approvisionnement en lait de confiance en garantissant que le lait d’une vache malade ne vienne pas contaminer la collecte saine. Mais, la confiance ne s’achète pas, elle se mérite.
Le centre n’a fonctionné que pendant quelques mois. Les dettes envers les éleveurs se sont accumulées. « Nous avons préféré vendre notre lait aux particuliers qui nous payent régulièrement », affirme Nestor Ndakazi, un éleveur de Rutegama.
Une pratique arbitraire
Le conflit s’est cristallisé autour d’une pratique jugée arbitraire par les éleveurs : un prélèvement systématique d’argent sous prétexte d’analyses de laboratoire. Sur chaque litre, la coopérative déduisait une somme de 200 FBu pour certifier la qualité du lait, justifiait-elle.
Face au refus du centre de négocier, les éleveurs ont voté avec leurs pieds. Les circuits informels ont repris : ventes directes aux cafétérias, livraisons discrètes aux restaurants et marchés de proximité. Selon les éleveurs, les producteurs recevaient un prix d’achat dérisoire tandis que le centre revendait le lait avec une marge bénéficiaire jugée insultante. « Ils se comportent comme des dictateurs. On nous payait des miettes sous prétexte que notre lait devait être testé alors qu’ils le revendaient à un prix très élevé en ville », pointe Alexandre Nibizi. Et à la prénommée Isabelle d’ajouter: «Soit nous payons pour avoir le droit de vendre notre propre lait à nos clients habituels, soit nous acceptons de leur fournir notre production à un prix dérisoire qu’ils fixent eux-mêmes, pour qu’ils le revendent ensuite avec une marge bénéficiaire royale aux hôtels et caféterías»
Un autre grand projet
Alors qu’au départ les membres de la cooperative étaient au nombre de 81, il ne reste aujourd’hui qu’une poignée de membres d’un comité qui garde jalousement un bâtiment vide. Sans une réforme radicale, l’infrastructure rejoindra bientôt la longue liste des éléphants blancs d’Afrique. Malgré l’évidence de l’échec, dix membres de la coopérative sont encore soudés. Ils refusent d’ouvrir le capital ou de passer le témoin à d’autres gestionnaires.
Selon la présidente de la coopérative, la collette, l’analyse et la vente du lait des fermiers a échoué mais un autre grand projet est à l’étude. Elle estime que ce dernier pourra être rentable. « Nous avons perdu la bataille mais pas la guerre. Comme nous avons le matériel et le capital, nous allons initier le projet de conditionnement de lait. Les membres qui restent sont déterminés à mener à bon port ce projet », assure-t-elle.








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