Le prix d’un sac du charbon de bois a bondi passant de 70 000 à 85 000 FBu en un mois. Les ménages de la capitale politique sont pris à la gorge. Entre dépendance énergétique totale et moyens financiers limités, la population appelle à une transition urgente vers le gaz combustible.
Pendant la matinée du mardi 3 février, sur le marché de Shatanya, les acheteurs du charbon sont angoissés. Pour la prénommée Caritàs, mère de quatre enfants et fonctionnaire à Gitega, la journée commence par un calcul mental douloureux. « Au mois de janvier, j’ai acheté un sac à 70 000 FBu. Aujourd’hui, on me demande 85 000. Mon salaire, lui, n’a pas bougé d’un centime », confie-t-elle, les yeux fixés sur les vélos chargés de sacs de charbon en provenance de Butaganzwa à Ruyigi. Il en est de même pour des milliers de foyers qui voient leur pouvoir d’achat se consumer dans la cuisson.
Pour les salariés, la situation est devenue intenable. La part du budget consacrée à la cuisson dépasse désormais celle de la nourriture elle-même dans certains foyers. « Nous sommes à bout de force », déplore une enseignante de l’école fondamentale.
Pourquoi cette cherté? La raison serait une pression extérieure croissante. Pour beaucoup, cette inflation est alimentée par la demande de Bujumbura où les prix atteignent des sommets records. Les véhicules qui descendent vers Bujumbura font systématiquement le plein de sacs de charbon. Les vendeurs locaux saisissent l’opportunité et s’alignent progressivement sur les tarifs de Bujumbura. « Pourquoi vendre moins cher aux locaux quand les gens de Bujumbura sont prêts à payer le prix fort? », glisse un grossiste sous couvert d’anonymat. Pour la population locale, la crainte de voir Gitega s’aligner définitivement sur les tarifs prohibitifs de Bujumbura est bien réelle.
Pas d’alternative
Le drame réside dans l’absence totale d’alternative. Si à Bujumbura une partie de l’élite se tourne vers le gaz ou l’électricité, à Gitega, le charbon de bois règne en maître absolu. « On nous parle de modernité, mais combien ici utilisent une bouteille de gaz? », s’interroge le prénommé Jean-Claude, un enseignant. « Même si nous le voulions, le matériel n’est pas disponible. Encore que l’électricité est très instable et chère pour espérer cuire par exemple les haricots qui demandent des heures et des heures de cuisson. », fait-il observer.
« Nous demandons au gouvernement et aux partenaires une action concrète: la vulgarisation du gaz liquéfié et, surtout, la mise à disposition des kits de cuisson (bouteilles et réchauds) à des prix subventionnés », disent les salariés de Gitega.
L’environnement en souffre aussi. Chaque hausse de prix témoigne en effet d’une raréfaction de la ressource boisée. En restant sur le charbon, Gitega accélère la déforestation de ses collines environnantes. Selon les doléances des uns et des autres la transition vers le gaz n’est donc plus seulement une question de survie économique, mais un impératif écologique pour protéger l’environnement.
« Avant, on achetait les eucalyptus majeurs parce qu’il y’ avait des règles strictes pour couper les arbres. Aujourd’hui, on prend tout. On n’attend pas que l’arbre ait atteint sa croissance . A force de vouloir tout vendre et tout acheter, nous risquons de précipiter les érosions et subir des effets climatiques durs », déplore un fonctionnaire dans le domaine de l’environnement.





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