Tous les propriétaires d’engins à moteur ont jusqu’au 31 mars 2026 pour s’acquitter de la redevance. Les transporteurs et les propriétaires de véhicules sont indignés. Ils parlent d’une nouvelle redevance alors qu’une taxe similaire existe déjà dans la structure du prix des carburants.
L’article 109 de la loi n°1/09 du 31 décembre 2025 portant modification de la loi nº1/12 du 24 juin 2025 portant fixation du budget général pour l’exercice 2025/2026 a instauré une redevance annuelle environnementale obligatoire pour tous les propriétaires d’engins à moteur. Cette taxe forfaitaire est calculée selon la catégorie de l’engin et en fonction de son poids. Dans un communiquée du 24 février, l’Office burundais des recettes (OBR) informe tous les propriétaires de véhicules automobiles et autres engins roulants qu’ils sont tenus de s’acquitter de la redevance annuelle environnementale forfaitaire au plus tard le 31 mars 2026.
Pour les motocyclettes, elles paient 10 000 BIF. Les tricycles et quadricycles à moteur c’est 20 000 BIF.
Les véhicules et autres engins d’un poids inférieur ou égal à 1 400 kg c’est 50 000 BIF ; de 1 401 à 2 500 kg c’est 100 000 BIF ; de 2 501 à 3 500 kg on paie 500 000 BIF ; de 3 501 à 9 000 kg c’est 1 000 000 BIF ; de 9 001 kg et plus, on donne 1 500 000 BIF.
En outre, cette redevance est appliquée forfaitairement à tous les véhicules de transport en commun de plus de douze places à hauteur de 100 000 BIF.
Empirer la situation
Cette nouvelle redevance est au cœur de la polémique. Et pour cause, une taxe dénommée « redevance routière et environnementale » de 75 BIF par litre de carburant est intégrée dans la structure des prix des carburants depuis juillet 2024. Les transporteurs parlent alors d’une double taxation qui ne tient même pas compte des conditions de travail dans ce secteur.
M. N est conducteur d’un poids lourd. Il fait savoir que la redevance annuelle environnementale forfaitaire est venue pour empirer la situation. « Il y a une redevance routière et environnementale incorporée dans la structure du prix des carburants. On nous taxe une fois de plus. C’est inconcevable. »
C’est la même indignation chez Asmani qui détient deux bus de transport en commun. Il trouve inacceptable que l’État perçoit une double taxation sur un secteur en difficulté. « Nous payons la redevance sur le prix du carburant à la pompe. Les bus passent trois ou quatre jours en attente de carburant. Comment trouver cet argent ?»
Un chauffeur de taxi-voiture se dit consterné. Il vient de passer toute une semaine sans carburant. Il ne comprend pas comment il va payer une redevance annuelle environnementale forfaitaire sans qu’il ait des revenus.
Gédéon Ndayisaba fait savoir que sa voiture promenade est immobilisée à la maison depuis trois semaines. Il doit prendre le transport en commun. Il s’interroge sur comment il doit s’acquitter de la redevance annuelle environnementale forfaitaire alors que sa voiture ne quitte pas son domicile.
Au-delà du montant à payer, les transporteurs dénoncent l’absence de contrepartie visible. Ils s’acquittent des redevances routières et environnementales mais ils constatent que les infrastructures restent en mauvais état.
Surseoir sur l’obligation
Selon Charles Ntirampeba, secrétaire général de l’Association des transporteurs du Burundi (Atrabu), c’est inquiétant de surtaxer un secteur des transports déjà en difficulté. Il dénonce une surcharge de taxes alors que toutes les activités sont au ralenti. « Toute imposition devrait tenir compte de la situation et des revenus du secteur. »
Pour lui, instituer une redevance annuelle environnementale forfaitaire obligatoire même quand on n’a pas travaillé, c’est inconcevable. Il parle lui-aussi d’une double taxe sur un même produit.
Il trouve qu’il est impossible de payer une taxe alors qu’on n’est pas opérationnel sur le terrain. Il indique qu’en tant que citoyen patriote, payer les impôts et taxes quand on travaille c’est normal.
Le président de l’Atrabu fait savoir que le secteur du transport est confronté à beaucoup de défis et se retrouve plus taxé que les autres secteurs. Il demande au gouvernement de surseoir sur l’obligation de ces redevances supplémentaires et de rendre le carburant disponible.
« Une logique permanente de surtaxation »
Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, dénonce ce qu’il qualifie de « logique permanente de surtaxation » au détriment des contribuables sans retombées visibles sur les infrastructures publiques.

Il parle d’une fiscalité environnementale à géométrie variable. Dans de nombreux pays, rappelle-t-il, les taxes environnementales sont conçues pour protéger la couche d’ozone et réduire la pollution automobile. C’est généralement dans une stratégie cohérente de transition écologique. Chez nous au Burundi, ce n’est pas le cas », affirme-t-il.
Selon lui, les nouvelles redevances imposées aux transporteurs ne relèvent pas d’une politique environnementale structurée mais d’un besoin urgent de combler le déficit budgétaire. Il souligne en outre qu’au Burundi, le principe dominant n’est pas l’élargissement de l’assiette fiscale, mais la surtaxation des mêmes produits et secteurs. Il invoque un adage bien connu des fiscalistes : « Trop d’impôts tue l’impôt ».
Ainsi, à force de taxer excessivement les mêmes produits, notamment ceux à forte consommation, l’État risque d’en réduire l’importation, la production ou la rentabilité. Ce qui affaiblit ses propres recettes à moyen terme.
Pour cet activiste, si deux ordonnances venaient à surtaxer un même produit sous des dénominations proches, cela s’apparenterait à une « tricherie fiscale ». Il estime qu’en cas de redondance avérée, l’un des dispositifs devrait être supprimé.
M. Rufyiri estime que le gouvernement fait face à un déséquilibre structurel : les besoins publics augmentent alors que les ressources stagnent. Faute de stratégie fiscale innovante, les autorités se tourneraient vers la solution la plus immédiate : surtaxer les produits les plus consommés.
Sa recommandation est sans équivoque : promouvoir la bonne gouvernance et adopter une vision économique à long terme fondée sur l’élargissement de l’assiette fiscale plutôt que sur la pression accrue exercée sur les mêmes secteurs.








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