Samedi 03 janvier 2026

Société

Quand les rues de la ville deviennent un gagne-pain pour des femmes batwa

Quand les rues de la ville deviennent un gagne-pain pour des femmes batwa
Des femmes batwa assises sur l’avenue Muyinga dans le quartier Ngendandumwe de la zone Rohero

Le nombre de femmes issues de la communauté batwa en situation de rue ne cesse d’augmenter dans plusieurs quartiers et au centre-ville de Bujumbura. Un constat préoccupant qui révèle une situation de plus en plus critique. Face à cette réalité, des voix s’élèvent pour appeler à des actions de sensibilisation, visant à responsabiliser ces femmes et à les orienter vers des alternatives plus dignes et durables.

Autour de 9 h, sur l’avenue Muyinga, dans le quartier Ngendandumwe de la zone Rohero, un groupe de femmes avec des enfants se rassemble près de la route. Ces femmes, appartenant à la communauté batwa, se partagent les emplacements stratégiques pour débuter leur mendicité. « Nous allons nous asseoir de ce côté. Beaucoup de véhicules de patrons empruntent cette route, et il y a souvent des embouteillages. Je suis certaine que nous aurons de l’argent », confie l’une d’elles, pleine d’espoir.

Poussées par la pauvreté, des femmes batwa trouvent refuge dans la rue. Rencontrée sur l’avenue Muyinga, l’une de ces femmes explique les raisons de sa présence quotidienne sur le trottoir. « La pauvreté nous pousse à mendier. J’ai six enfants à nourrir. Mon mari m’a abandonnée pour une autre femme et a quitté notre localité. Je ne sais même pas où il est. Sans terre à cultiver, sans capital pour lancer un petit commerce, que puis-je faire d’autre ? Ici dans la rue, au moins, on arrive à obtenir de quoi manger chaque jour. C’est ainsi que la vie continue », confie-t-elle avec résignation.

Elle reconnaît sans détour utiliser ses enfants pour susciter la pitié et augmenter la moisson. « Les enfants attirent plus la compassion. C’est notre stratégie ici. C’est pourquoi je viens toujours avec tous mes enfants. Ceux de moins de 5 ans rapportent encore plus », avoue-t-elle. Grâce à cette méthode, elle affirme pouvoir récolter jusqu’à 5 000 BIF ou plus par jour. Ce qui lui permet d’assurer les besoins de base de sa famille.

Parmi les femmes batwa rencontrées sur l’avenue Muyinga, Anne Gakobwa, une quinquagénaire, exprime son désir de sortir de la rue et de mener une vie digne. Elle confie que si elle avait un petit capital, elle lancerait une activité génératrice de revenus. « Bientôt, je n’aurai plus de force. C’est maintenant ou jamais. Si je pouvais obtenir au moins 50 000 BIF, je pourrais commencer un petit commerce au lieu de passer mes journées assises dans la rue. Que le gouvernement nous vienne en aide », plaide-t-elle.

De mauvais comportements

Certaines de ces femmes adoptent des comportements inappropriés, notamment en insultant les passants qui refusent de leur donner de l’argent. M. J., rencontré dans le quartier Rohero, témoigne de son expérience avec ces femmes. « Ces Batwa sont souvent agressives, et leur nombre a clairement augmenté ces derniers temps. Un jour, alors que je rentrais du travail en passant par l’avenue Muyinga, l’une d’elles m’a abordé pour demander de l’argent. Je n’avais que 1000 BIF sur moi et je lui ai dit que je ne pouvais rien lui donner. Elle m’a alors insulté, me traitant de « bon à rien », en se moquant de ma grande taille. »

Dans plusieurs quartiers urbains, des femmes batwa sont régulièrement aperçues allant de ménage en ménage, sollicitant des vêtements, de l’argent ou des ustensiles. Ces tournées, devenues quasi quotidiennes, traduisent la précarité persistante de cette communauté souvent marginalisée. Certaines familles affirment être fréquemment sollicitées. Des habitantes expriment leur déception face à l’usage détourné de l’aide qu’elles offrent. « Ces femmes viennent souvent dans nos ménages. Un jour, j’ai donné des habits à l’une d’entre elles, et à ma grande surprise, je l’ai retrouvée le soir en train de vendre ces mêmes habits au marché », raconte une dame résidant dans la zone de Ngagara.

L’Uniproba tire la sonnette d’alarme

Emmanuel Nengo, représentant légal de l’association Uniproba (Unissons-nous pour la promotion des Batwa), affirme que le constat des femmes batwa en situation de rue est là et que ces dernières proviennent de la province de Gitega, surtout dans les anciennes communes Bugendana et Mutaho.

Emmanuel Nengo : « Ces femmes devraient être encouragées à s’engager dans des activités productives. »

« Ces femmes parcourent le centre-ville, allant de maison en maison dans les différents quartiers pour solliciter des vêtements ou des biens ménagers. Malheureusement, une fois retournées dans leurs communes, ces biens sont souvent revendus. Parfois même, elles passent la nuit dans la zone de Buterere, plus précisément à Nyarumanga, où résident certains de leurs proches ou membres de la communauté batwa. »

Il ajoute que ce qui inquiète le plus est que ces femmes semblent avoir pris cette pratique comme une habitude qui est cependant néfaste. « L’argent issu de la vente des biens qu’elles collectent en ville devrait normalement leur permettre de s’autodévelopper. Mais d’après nos constats, une fois de retour dans leurs communes, elles utilisent souvent cet argent pour s’adonner à l’ivresse et à d’autres comportements déviants qu’il faut absolument décourager. »

Des actions à mener

Pour lutter contre ce phénomène, le représentant de l’Uniproba insiste sur la nécessité d’intensifier les campagnes de sensibilisation, particulièrement sur les collines d’origine de ces femmes. Selon lui, il faut leur faire comprendre que le mode de vie qu’elles ont adopté nuit à leur avenir et ne leur apporte aucun bénéfice réel.

« Ces femmes devraient être encouragées à s’engager dans des activités productives, à travailler avec détermination pour améliorer leur quotidien, comme tout citoyen soucieux de son développement », soutient-il, appelant au passage à une implication active de l’administration locale et de la police.

Il suggère également à l’administration de leur octroyer des terres, estimant que cela faciliterait leur insertion économique. « Cette communauté évoque souvent l’absence de terres cultivables et le manque de moyens pour entreprendre. En leur offrant un point de départ, comme l’accès à la terre, on lui donne une vraie opportunité de se prendre en main. »

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