La conférence de presse tenue lundi 1er décembre à Ntare House par le chef de l’État burundais a pris de court les non avertis. Les questions du moment se mêlaient à des interventions déchaînées, passionnées, parfois transformées en véritables séances d’autopromotion – voire d’autoglorification – aux arrière-goûts discutables, et assurément pas au goût de tout le monde.

Le panel offrait une brochette bigarrée, un changachanga de médias chacun avec sa ligne si on peut encore oser le mot “ligne”. Bref, des inquiétudes, des commentaires et déclarations venus de tous les horizons. Patient, ouvert, attentif, le chef de l’Exécutif a tenté de répondre à toutes les préoccupations exprimées : 53 au total, de 9h30 à 17h30, sans interruption.
L’enthousiasme débordant de certains intervenants a même poussé l’un ou l’autre à proclamer publiquement leur admiration pour « Son Excellence », louant telle initiative et – tant qu’à faire – glissant une invitation à venir visiter leurs projets.
Comme annoncé dans le mot liminaire prononcé après l’hymne national, étonnamment entonné par le ministre de la Communication, Gabby Bugaga, puis une prière demandant la bénédiction de la séance, l’objectif affiché était clair : offrir à l’assistance une compréhension « commune » de la vision du développement portée par le chef de l’État, et de la marche à suivre.
En somme, il s’agissait de mettre au diapason l’ensemble de la presse – dans toute sa diversité – ainsi que le vaste écosystème des influenceurs : vidéastes, tiktokeurs, blogueurs, vlogueurs, youtubeurs, DJ, comédiens, acteurs de courts métrages ou « fantômes » du Net, non régis par la moindre réglementation.
Et puis il y a les autres. Ceux qui n’hésitent pas à sortir la grosse artillerie pour défendre, arguments ou arguties à l’appui, les positions officielles. Ceux qui se déclarent prêts à en découdre, à répondre coup pour coup dans une joute verbale sans merci, où tous les coups semblent permis : coups bas, coups fourrés, coups sous la ceinture. Dans cette arène dépourvue d’éthique et de déontologie, l’essentiel n’est plus d’informer, mais d’écraser, de faire taire toute voix dissonante. C’est la « comm », rien que la comm.
Dans ce tumulte, les bons vieux « journaleux » – dont votre humble serviteur – semblaient presque anachroniques dans cette agora dominée par les quêteurs de « views ».
Autres temps, autres mœurs, diraient les anciens…





Certainement que certains pasteurs zélés ont fait des amalgames melant des mythologies du Moyen Orient et ce qui se fait dans le pays de Mwezi Gisabo
»les bons vieux « journaleux » – dont votre humble serviteur ». Je ne sais pas si vous le savez mais le terme »journaleux » a une connotation péjorative. Est-ce pour cela que vous l’avez mis entre guillemets? Je n’en suis pas sûr. Est-ce de l’autodérision? Je n’en suis pas certain non plus. Dans tous les cas,convoquer ce terme pour évoquer les bons journalistes (au rang desquels vous vous placez) et prendre vos distances par effet de contraste avec ceux que vous traitez carrément de »griots » (et qui étaient avec vous lors de cette séance à la présidence de la république) laisse penser que vous êtes en pleine dissonnance cognitive. Ce terme à lui seul annule l’effet recherché par votre texte et laisse croire que finalement, les »bons journalistes » ne sont pas meilleurs que les communicants. En football, on appelle cela marquer contre son camp. Généralement c’est tout à fait involontaire. Je suis sûr que c’est aussi votre cas.
Mon avis
Je vous rassure. Mon ami Abbas sait très bien la signification du terme « journaleux », entre guillemets justement.
AK
Monsieur KIRA,
Abbas est un artiste, en plus d’être journaliste. Et les artistes, les vrais comme lui, sont souvent d’une grande profondeur, ce qui explique la puissance de leurs œuvres. En écrivant le terme « journaleux » – qu’il a d’ailleurs placé entre guillemets -, il dénonce, à sa manière, une tendance au mépris envers la profession de journaliste.
Lors de la rencontre à la Présidence, on a vu convoquer des journalistes sérieux, professionnels et respectés, tout en invitant en même temps une myriade de plaisantins, de vendeurs de vues sur YouTube et les réseaux sociaux, de trolls, et autres. Quiconque a assisté à cette scène a pu y voir soit un mépris assumé envers les journalistes, soit une stratégie destinée à éviter que ces derniers ne posent de beaucoup de questions préoccupant réellement les Burundais, puisqu’ils se retrouvaient largement minoritaires. La preuve en est que, plutôt que de poser des questions importantes pour la population, il y en a qui a réclamé un passeport diplomatique pour voyager, aller partout avec assurance, il y en a qui a demandé au chef de l’État d’être l’invité de sa chaîne. Une autre, après s’être affublé l’appellation de «Mama wa taifa» ( Mère de la Nation, de la patrie) a profité de l’occasion pour vanter ses talents «exceptionnels» d’entrepreneuse avant de solliciter l’intervention du Président pour résoudre un problème lié aux installations d’évacuation des déchets d’un établissement pénitentiaire voisin, qui nuit à la réputation de son projet. Ce n’est pas tout, je vous passe d’autres interventions, ôh que c’était bas !
Dans tout ça, les Burundais, nos mères, nos aînés, les Batama de nos collines, nos élèves, nos médecins, nos militaires, nos policiers, les ménages, etc., se retrouvent-ils dans ces préoccupations ? Par ailleurs, il me semble qu’aucune question, en rapport avec l’éducation, des 53 prises de parole, n’a été posée pour une rencontre ayant débuté avant 10h pour terminer vers 17h30, sans discontinuer. Trouvez-vous cela normal ?
En employant le mot « journaleux », à mon sens, Abbas, en véritable artiste, a voulu pointer du doigt, en restant professionnel et poli, c’est-à-dire sans attaquer frontalement l’autorité la plus respectée du pays, le mépris dont lui-même et ses collègues journalistes ont été victimes, afin que ce genre de situation ne se reproduise plus à l’avenir.
Bravo cher Abbas. Chapeau bas à l’artiste que tu es ! Tu sais dénoncer, faire passer des messages, des frustrations surtout avec la finesse d’un véritable soft power.
on ne saurait mieux dire👌!!
»En employant le mot « journaleux », à mon sens, Abbas, en véritable artiste, a voulu pointer du doigt, en restant professionnel et poli, c’est-à-dire sans attaquer frontalement l’autorité la plus respectée du pays, le mépris dont lui-même et ses collègues journalistes ont été victimes, afin que ce genre de situation ne se reproduise plus à l’avenir. » Soit.
Cependant, consacrer un texte entier à dire pis que pendre de gens au niveau desquels on finit par se rabaisser soi-même après avoir consacré toute son énergie à les descendre en flammes, ça fait pas sérieux. Désolé.
Je retiens surtout un mot: « Médias Cangacanga ». A notre ère du mangement, ce n’est pas mal…comme titre » Ewe Burundi…. Waramba!
J’ai été très gêné quand j’ai vu Abbas et Semavumba dans la même salle et avec un même titre: journaliste.
Maintenant je peux comprendre pourquoi l’exécutif aime des louanges au détriment des questions sérieuses, pragmatiques.
Etre journaliste c’est un métier, une vocation, pas un hobby.
Je me demande si l’éthique et déontologie journalistique existe réellement encore( du moins depuis que j’ai pris un peu de distance avec ce noble métier), mais c’est honteux et de voir Bugaga (qui est passé par là) devant ce parterre d’imposteur du métier.
Du reste, chapeau à Abbas et tous les vrais journalistes.
Je me souviens à notre époque entre 1995 et 2001 lorsque j’étais journaliste , nous nous concertions avant chaque conférence de presse pour poser les bonnes questions et adopter une stratégie . On se convenait par exemple sur une approche de telle manière que tel journaliste posait telle question et tel autre telle question de telle manière que même le président de la République n’y voyait que du feu . C’est ainsi par exemple que nous avons pu piéger Buyoya au moment des négociations de San Egidio en Italie entre la rébellion et le gouvernement . Buyoya ne s’y attendait certainement pas , il pensait qu’il pouvait tenir les négociations aussi longtemps secrètes . Devant la précision chirurgicale d’un certain Sinduhije Alexis , Buyoya ne pouvait pas échapper au piège il a dévoilé le pot aux roses. J’ai même vu des ministres qui n’en savaient rien. Aujourd’hui certains journaleux – pas vous Mr Abbas, vous êtes un excellent journaliste – se rendent dans des conférences de presse pour louer les autorités . Pffffffff . Est ce vraiment leur role? Et on parle de la baisse de niveau dans tous les domaines ! Eh bien le journalisme a subi un gros coup aussi.
Eh oui M. Mbazumutima ! Ndiyo bwana, ganza sabwa ! On ne peut plus proposer, commenter ? Mais aller toujours dans le sens du chef. Et si le chef se trompait ? Tout droit dans l’erreur avec lui ?
peut être que je suis même trompé
Ni haba hakiri de vrais journalistes bien formés bagisigaye aho i Burundi
Abbas ari mu bambere,mbere na toute l’équipe ya iwacu de mon frère Kaburahe
umbeshuza aze ngaha duharire
@Bitera
vous avez raison.