Samedi 03 décembre 2022

Économie

L’ONT supprimé, l’avenir du tourisme hypothéqué ?

12/08/2021 1
L’ONT supprimé, l’avenir du tourisme hypothéqué ?
Le DG de l’ONT affirme que cet office a fait face à l’instabilité institutionnelle.

De l’Office national du tourisme à la Direction générale… le tourisme n’est plus entre les mains d’une institution autonome. Il sera désormais géré directement au ministère de tutelle. Une restructuration qui soulève des inquiétudes.

Créé en 1972, l’Office national du tourisme (ONT) avait jusqu’ici le pouvoir autonome de gestion et de promotion du secteur du tourisme au Burundi. Mais le décret présidentiel du 9 novembre 2020 en a décidé autrement. L’ONT laisse place à une « Direction générale du tourisme » au sein du ministère du Commerce, du Transport, de l’Industrie et du Tourisme.

Cette réorganisation laisse certains employés de l’ONT inquiets quant à l’avenir du secteur touristique. D’après eux, ce décret créant la direction générale n’a pas précisé son cahier de charge en matière d’aménagement et gestion des sites touristiques. « En cas de dissolution totale de l’ONT, qui va superviser les aménagements des sites suivant les normes touristiques ? Qui va encadrer les hôtels et autres infrastructures touristiques ? Le décret qui crée cette direction générale est muet sur toutes ces questions.

De surcroît, la direction générale du tourisme va se réduire à deux directions techniques, alors que l’ONT en avait quatre : la direction de l’aménagement et gestion des sites et infrastructures touristiques, la direction des études, des statistiques et de la formation professionnelle, la direction du marketing et de la communication et la direction administrative et financière. Mais avec la restructuration, la Direction générale du tourisme ne gardera que la direction des études, des statistiques et de la formation professionnelle ainsi que la direction du marketing et de la communication, d’après le directeur général de l’ONT, Vénant Ngendabanka, qui s’interroge : « Quel sera le sort de l’aménagement et gestion des sites touristiques ? »

Une restructuration loin d’être opportune

Dans une note qui date de juin 2021, des responsables de l’ONT affirment que cette réorganisation n’est pas actuellement convenable. Entre autres raisons, elle met en cause la volonté manifeste du gouvernement à développer le secteur du tourisme à travers les orientations de la stratégie nationale de développement durable du tourisme adopté en 2011. Elle perturbe, en outre, le montage structurel de coopération sur le plan régional et international car elle bloque toutes les initiatives d’harmonisation des politiques et lois ainsi que la création d’antennes régionales. « Bref, elle ne vient pas répondre à l’amélioration d’une bonne gouvernance du secteur touristique».

Ces responsables de l’ONT proposent quelques solutions pour le développement effectif du tourisme : la mise en place d’une nouvelle réglementation du tourisme, le code du tourisme, attendu depuis 2011. La création d’une macrostructure, l’Agence de développement touristique composée d’antennes régionales ou provinciales et des représentations internationales à l’image des autres pays à l’instar du Maroc, du Sénégal et de la Tunisie.

En cas de dissolution totale de l’ONT, ils proposent une ordonnance portant transfert du matériel (sites et infrastructures touristiques) et des ressources humaines de l’ONT à la direction générale du tourisme.

L’instabilité institutionnelle, la grande souffrance de l’ONT

Malgré presque un demi-siècle d’existence, l’ONT n’a jamais fonctionné de manière satisfaisante, son grand défi étant qu’il n’a jamais été stable, selon le DG. L’ONT a constamment changé de ministère de tutelle, passant successivement du ministère de l’Economie, ensuite de l’Environnement, puis de la Culture pour se retrouver aujourd’hui sous tutelle du ministère du Commerce. « Cette instabilité a ralenti le développement du tourisme », reconnaît le DG de l’ONT.

Une autre source qui travaille depuis plusieurs années à l’ONT confie que les visages à la tête de cette structure dédiée au tourisme changeaient souvent. Tantôt des destitutions, tantôt des démissions. « L’ONT n’a donc jamais été dans les mains de quelqu’un qui maîtrise vraiment le domaine du tourisme».

C’est depuis la crise de 1993 que tout a basculé, selon cette source. Avant, l’ONT avait ses propres ressources, dont l’exploitation du Cercle nautique, de l’hôtel Saga Resha à Rumonge, la vente et l’exploitation des objets d’art, etc. « Nous pouvions même acheter des voitures de service grâce à cette autonomie. Mais avec la crise de 1993, l’ONT a perdu plusieurs ressources».

Contacté, le secrétaire permanent au ministère en charge du Tourisme confirme cette nouvelle orientation de la politique relative audit secteur : « Cette restructuration n’est pas encore effective. C’est dans un conseil des ministres prochain que tout sera clair. Il va y avoir le transfert de gestion du patrimoine et des ressources humaines de l’ONT à la direction générale.

« L’autonomie de gestion est toujours rentable »

L’économiste Prosper Niyoboke estime que pour évaluer les retombées de cette restructuration, il faut analyser le bilan, les résultats de l’ONT, depuis sa création par rapport à ses missions. « Faudrait-il laisser autonome cet office ? Vaut-il la peine d’exister ? »
Certes, l’autonomie de gestion d’un secteur aboutit en général à une bonne rentabilité, selon cet économiste. Elle permet l’efficacité de la gestion, la transparence et l’application effective des politiques y relatives. « Mais si l’ONT n’a pas été rentable, n’a pas été à la hauteur des attentes, il est normal de mettre en place des mesures pour relancer le secteur du tourisme».Normalement, explique Prosper Niyoboke, un secteur géré par une entité autonome est toujours plus rentable et donne de bons résultats. A contrario, lorsque c’est l’Etat qui gère, il y a le manque de séparation des responsabilités et le chevauchement au niveau de l’application de certaines décisions ou la mise en place de certaines politiques.

Si la gestion d’un secteur est autonome, il estime aisé de dresser un plan d’objectifs : « L’on se fixe des objectifs précis, clarifiés et l’on apprécie mieux le rythme des activités. » Et de conclure : « Souvent, lorsqu’il y a l’autonomie de gestion, il y a la transparence et l’indépendance, pas nécessairement financière, mais surtout au niveau des politiques, des approches stratégiques. Si tout est géré au ministère, il y a d’autres responsabilités qui limitent l’efficacité de la gestion du secteur. »

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Nkebukiye

    Une décision politique peut avoir ses orientations. Cela me rappelle que dans les années 90 il y a eu intégration à l’université du Burundi des instituts supérieurs qui dépendaient des différents ministères. Au départ, cette intégration n’enchantait pas les directeurs de ces instituts. Mais la préparation les a impliqués au projet et ils ont orienté l’idée et s’est concrétisée sans encombre.
    Le ministre qui a le secteur du tourisme dans ses attributions assume ce changement. S’il y a échec, il assumera.

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