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Interview avec Ferdinand Simbaruhije : « À long terme, le travail des enfants contribue à perpétuer la pauvreté »

Quel est la situation au Burundi aujourd’hui ?

Le travail des enfants et ses pires formes restent malheureusement une triste réalité. Même si le phénomène n’est pas suffisamment documenté alors qu’il présente une ampleur très inquiétante, il est visible dans plusieurs localités du pays. Sur le terrain, de nombreux enfants continuent à exercer des activités qui les privent de leur droit à l’éducation, au repos et à une enfance épanouie.

Disposez-vous de quelques chiffres permettant d’évaluer l’ampleur du phénomène ?

Au Burundi, la question du travail des enfants se heurte à un manque de données fiables. Ce phénomène demeure largement banalisé par une partie importante de la population, ce qui complique son identification et sa prise en charge. Par ailleurs, l’absence d’études récentes et exhaustives ne permet pas de mesurer avec précision l’ampleur du travail des enfants ni l’étendue de ses différentes formes à travers le pays.

Dans quels secteurs retrouve-t-on le plus d’enfants travailleurs ?

Les enfants travailleurs se retrouvent dans plusieurs secteurs d’activité. Ils sont notamment employés dans les travaux de ménages, comme vendeurs dans les boutiques, dans la pêche et dans le commerce ambulant. D’autres exercent dans les sites d’exploitation des minerais, dans des ateliers de menuiserie ou encore dans les garages.

La briqueterie figure également parmi les secteurs qui recourent à la main-d’œuvre infantile, tout comme les activités de curage et d’autres travaux souvent pénibles et inadaptés à leur âge.

Quelles sont les formes de travail les plus dangereuses auxquelles les enfants sont exposés ?

Certaines activités figurent parmi les pires formes de travail des enfants en raison des risques qu’elles comportent. La pêche, l’exploitation minière, les ateliers de menuiserie, les garages, la briqueterie et les travaux de curage sont particulièrement préoccupants.

Dans ces secteurs, les enfants peuvent être exposés à des outils dangereux, à des charges lourdes, à des substances toxiques ou encore à des conditions de travail insalubres. Les risques d’accidents, de blessures graves et de maladies professionnelles sont élevés.

Quelles sont les principales causes du travail des enfants au Burundi ?

La vulnérabilité économique des ménages demeure l’une des principales causes du phénomène. Face à la pauvreté, des parents qui ne disposent pas du minimum requis pour couvrir les besoins élémentaires de leurs familles peuvent être amenés à recourir à des stratégies inadaptées.

Les abandons scolaires constituent également un facteur important. Lorsqu’un enfant quitte l’école prématurément, il devient plus exposé au risque d’exploitation économique. Les grossesses précoces ou non désirées figurent aussi parmi les éléments qui fragilisent les familles et augmentent les risques de recours au travail des enfants.

Quel impact ce phénomène a-t-il sur les enfants ?

Les conséquences sont multiples et touchent profondément le développement de l’enfant.

Sur le plan de la santé, les enfants travailleurs sont exposés au stress, à la fatigue excessive et à divers risques professionnels. Ils peuvent contracter des maladies liées aux conditions de travail ou être victimes d’accidents entraînant parfois des handicaps physiques ou mentaux.

Sur le plan éducatif, le travail réduit le temps consacré aux études et provoque souvent des abandons scolaires. De nombreux enfants finissent par abandonner complètement l’école. Cette situation compromet leurs chances d’acquérir les compétences nécessaires pour accéder plus tard à un emploi stable et qualifié.

À long terme, le travail des enfants contribue à perpétuer la pauvreté. Etant privés d’éducation, les enfants voient leurs perspectives d’avenir considérablement réduites. Leur développement personnel, social et professionnel s’en trouve fortement affecté.

Le cadre légal est-il suffisant pour protéger les enfants contre leur exploitation ?

Le Burundi dispose de plusieurs instruments juridiques destinés à protéger les enfants. Le pays a ratifié la plupart des conventions internationales relatives à la lutte contre le travail des enfants.

Au niveau national, la Constitution de 2018, le Code du travail et le Code pénal contiennent des dispositions visant à prévenir et à sanctionner l’exploitation des mineurs.

Le Code du travail fixe notamment l’âge minimum légal d’admission à l’emploi à 16 ans. En outre, un comité national multisectoriel de lutte contre le travail des enfants et ses pires formes a été mis en place afin de coordonner les actions des différents acteurs.

Egalement, la Convention n°182 de l’Organisation internationale du Travail interdit les pires formes de travail pour tous les enfants de moins de 18 ans. Cette convention vise notamment l’esclavage, le travail forcé, la traite des enfants, l’exploitation sexuelle commerciale, le recrutement d’enfants à des fins militaires et leur utilisation dans des activités criminelles.

Malgré cet arsenal juridique, des défis subsistent. Le principal problème réside dans l’application insuffisante des textes existants.

Que pouvez-vous dire des cas d’enfants burundais envoyés dans les pays limitrophes pour travailler ?

Les cas signalés concernent principalement des départs vers la Tanzanie ainsi que vers certains pays du Golfe.

Les réseaux de trafiquants profitent souvent de la vulnérabilité économique des familles pour recruter leurs victimes. Ils promettent des emplois bien rémunérés ou de meilleures conditions de vie alors que la réalité est souvent tout autre.

Dans de nombreux cas, les victimes ne prennent conscience de leur situation d’exploitation qu’une fois arrivées dans le pays de destination. Les cas qui sont rapportés concernent les enfants qui s’y rendent en passant par les anciennes provinces frontalières avec la Tanzanie notamment Rutana, Makamba et Cankuzo .

Quelles mesures devraient être prises en priorité pour réduire durablement ce phénomène ?

Le gouvernement devrait notamment réglementer le travail domestique, promulguer le Code de protection de l’enfant et ratifier la Convention n°189 de l’OIT. Les partenaires techniques et financiers sont appelés à poursuivre leur soutien aux initiatives nationales de lutte contre le travail des enfants.

Les organisations de la société civile doivent renforcer les activités de sensibilisation, dénoncer les cas d’exploitation et offrir une assistance juridique aux victimes. Enfin, la population est invitée à changer de comportement, à signaler les auteurs d’exploitation des enfants aux autorités compétentes et à prendre conscience des conséquences du travail des enfants sur leur développement et leur avenir.

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