Pendant la campagne pour les élections collinaires, découverte : certains candidats ont investi des sommes coquettes pour conquérir les cœurs. Des élections à l’américaine, toutes proportions gardées.
Être élu sur une colline, servir le « petit peuple »… quelle abnégation ! De quoi justifier sans trembler qu’on y engloutisse ses économies. D’après une enquête d’Iwacu, ces âmes charitables ont même recruté des jeunes pour le porte-à-porte, fait imprimer affiches et gadgets. Bref, la totale.
Les naïfs y verront l’amour pur des habitants des collines. Comment ne pas être ému, surtout quand on sait que les émoluments d’un élu collinaire culminent à la modeste somme de… cent mille francs burundais ?
À ce niveau, les investissements de campagne semblent à perte sèche. Touchant, n’est-ce pas ? On rêverait d’un monde peuplé de tels philanthropes…
Hélas, la population, elle, ne rêve plus. Citoyens lucides : « Normalement, un chef de quartier ne gagne que 100 000 FBu. Officiellement, c’est symbolique. Mais, dans les faits, les opportunités de revenus annexes sont nombreuses. »
Et ces « opportunités » s’étirent comme une file d’attente à la pompe, un jour de pénurie à Bujumbura. Petit florilège (non exhaustif) : « Par exemple, pour toute transaction foncière, l’acquéreur doit verser un certain pourcentage au chef de quartier rien que pour sa signature. Sur une parcelle à 500 millions, cela peut faire une dizaine de millions. »
Au-delà du foncier, d’autres secteurs offrent leurs largesses : « Aucune distribution de sucre ou d’aide ne se fait sans son accord. » Bref, un élu dispose de plusieurs avantages non-officiels.
Vu sous cet angle, la dépense électorale ressemble soudain à un placement avisé. Pas besoin d’un MBA pour comprendre le retour sur investissement. CQFD, comme disent les mathématiciens.
Nos élus des collines sont de véritables roitelets chez eux. Un proverbe africain ne dit-il pas que « la chèvre broute là où elle est attachée » ?
Reste à savoir si l’on doit blâmer la chèvre, le piquet… ou le berger.
L’achat de consciences…que dit la loi?