Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3692 jours. Nous ne l'oublions pas.

Les lacs du Burundi : des trésors négligés

Chaque 27 août, c’est la Journée internationale des lacs. Au Burundi, à cette occasion, le constat est que ces patrimoines ne sont pas amplement valorisés. Au contraire, ils sont menacés de pollution. Leurs zones tampons ne sont pas respectées. Leurs richesses animales ne profitent pas au pays comme il se doit. Le tourisme et le transport lacustre sont encore embryonnaires.

C’est pour cette raison que, sous le thème central « Les Lacs du Burundi : opportunités, défis et actes manqués », l’ONG La Benevolencjia et ses médias partenaires ont organisé une conférence publique le mardi 25 août 2026. L’objectif était de sensibiliser les décideurs, le public, les universitaires ainsi que la société civile afin de promouvoir la préservation, la restauration et la gestion durable des ressources des lacs du Burundi.

Dans son exposé, le conférencier du jour, Dr Jean Népomuscène Sindayihebura a souligné que les lacs revêtent une importance capitale dans la vie humaine. « Ils sont essentiels pour l’agriculture, la pêche, le transport, le tourisme, les activités culturelles et cultuelles des populations riveraines. Les lacs participent dans la régulation des changements climatiques et constituent l’un des plus grands stocks d’eau douce. »

Malgré leur importance, a-t-il déploré, ils font face aux défis de pollution, d’urbanisation anarchique, de changements climatiques, de pression sur leurs ressources halieutiques, d’inondation, etc.

Ce qui a poussé, selon lui, l’Assemblée générale des Nations-unies à fixer le 27 août, Journée internationale dédiée aux lacs. La première Conférence mondiale des lacs s’est tenue le 27 août 1984 à Shiga au Japon au moment où la première célébration de la journée a eu lieu le 27 août 2025.

Focus sur le lac Tanganyika

D’après M. Sindayihebura, avec ses 20 000km3, le lac Tanganyika possède 16% des réserves mondiales d’eau douce. Le Burundi détient 9% de ces réserves, soit près de 2 634km3. « Le lac a la capacité de fournir 100% d’eau potable à la ville de Bujumbura, à celles de Minago, Rumonge, Nyanza et, au cas échéant, au centre-ville de Bubanza ou encore à Gihanga et à Cibitoke. »

Il possède, selon ce conférencier, une riche biodiversité : 2 156 espèces dont 584 sont endémiques (inscrites sur la liste du Patrimoine culturel mondial). « Le lac dispose aussi des opportunités pour le transport, la pêche, le tourisme et loisir, l’agriculture, l’aquaculture, etc. » Il précise que la pêche produit annuellement entre 17 000 et 22 000 tonnes de poissons soit près de 2 kg de poisson pour chaque Burundais.

Néanmoins, il fait observer que ce patrimoine fait face à de multiples défis. Il cite, entre autres, la pression sur les ressources halieutiques (pratique d’une surpêche), la pollution de l’eau : rejet de déchets plastiques ; eaux usées des ménages, produits chimiques d’origine industrielle et agricole.

A titre illustratif, il signale qu’en 2025, le Burundi a importé un peu plus de 11 000 tonnes d’huiles, de graisses et de déchets d’huiles dont le gros finit directement ou indirectement dans le lac Tanganyika. « Bon nombre d’industries installées au bord du lac, des pâturages tout au long de la Rusizi déversent des quantités non encore documentées dans les eaux du lac. »

C’est le cas aussi de l’érosion et de la sédimentation. D’après lui, suite au déboisement des bassins versants, les spécialistes estiment à 100 000 tonnes annuelles de sols déversées du Mumirwa dans le lac Tanganyika. Ce qui génère des sédimentations lacustres en constante augmentation. Il y a également l’occupation anarchique des zones tampons des lacs. Ce qui a un impact sur les écosystèmes du lac.

 

Des constats partagés

Etaient conviés à cette conférence des professeurs d’universités, des politiciens et des membres de la société civile. Tous s’accordent à dire que nos lacs sont négligés et qu’ils ne sont pas valorisés comme il se doit.

Dr Erasme Ngiye, environnementaliste et enseignant à l’Université du Burundi, a indiqué par exemple que si la zone tampon du lac Tanganyika était respectée, elle servirait de filtre. Selon lui, c’est cette partie qui devait normalement bloquer tous les sédiments et d’autres déchets qui finissent aujourd’hui dans le lac.

Pour sa part, Albert Mbonerane, ancien ministre de l’Environnement, a relevé des manquements dans la lecture des lois. En ce qui est de la zone tampon de 150 m, il a fait savoir que cette distance ne devrait pas être comptée à partir des rives du lac, mais à partir de l’endroit où le lac est arrivé lors de sa dernière crue.
Olivier Nkurunziza, président du parti Uprona abonde dans le même sens. Selon lui, en plus de la protection de la zone tampon du lac, il est également important de mieux gérer les zones tampons des rivières qui se déversent dans le lac Tanganyika.

De son côté, Georges Nikiza de l’Office national du tourisme a reconnu que ce secteur n’est pas du tout développé au bord du lac. « Même ceux qui tentent de le faire, c’est encore au stade embryonnaire. Même les constructions ne répondent pas aux standards internationaux. »

Ce constat est partagé par Jean de Dieu Mutabazi, président du parti Radebu. Pour sauver le lac, il a suggéré qu’il y ait création d’une institution publique chargée de la protection du lac et d’autres lacs du Burundi.

Que faire ?

D’après les participants, l’Etat doit faire respecter les lois protégeant les lacs ; mettre dans la loi des finances un budget de protection et d’exploitation des lacs à la mesure des ambitions du pays; interdire le versement des graisses, des huiles et des déchets de graisse dans les caniveaux et sur le sol sans les traiter ainsi que reboiser prioritairement les contreforts du Mumirwa. Selon eux, il doit également interdire toute activité humaine, source de pollution près des lacs du Burundi; mettre sur pied un système national de suivi de l’état des lacs et de leurs ressources, valoriser la pêche, l’aquaculture, le tourisme ou toute activité en rapport avec l’économie bleue, etc.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 commentaires
  1. Très intéressant article et surtout plein de bon sens.
    Affaire à suivre !
    P.C. Bugnon
    Géologue
    Dr ès Sciences

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.

Ajouter un commentaire

MENU