De Cibitoke jusque dans les montagnes surplombant la capitale économique, des scènes terrifiantes s’observent. Des éboulements et des affaissements s’accélèrent. Ils s’étendent. Des ravins naissent et s’élargissent sous les yeux impuissants de la population.
Le cas de la colline Rusiga, commune Cibitoke, est très inquiétant. Environ dix hectares de terres, selon les sources sur place, sont déjà engloutis par un glissement de terrain. Aucune trace d’habitations n’est plus visible. Des étendues de cultures ont été détruites. Pire, ce phénomène ne cesse de conquérir d’autres espaces. De grandes fissures s’observent. Les habitants n’ont plus quoi dire. Ils sont déboussolés.
Père de huit enfants, Gaspard Ndikubwayo, 62 ans, indique que cela ne date pas d’aujourd’hui. « En fait, le phénomène a commencé dans les années 90. Mais, ce n’était pas encore inquiétant. On pensait que ce mouvement va s’arrêter. Voilà qu’en 2002, le phénomène a pris de l’ampleur. » C’est après la destruction de sa maison ainsi que celles des voisins qu’il s’est déterminé à vider les lieux. « Nous avons pris le large. Car, on pensait qu’un jour, nous risquions de subir le même sort que nos maisons, nos cultures, etc. »
Aujourd’hui, il habite dans une maisonnette avec sa famille. Mais, il n’a plus où cultiver. « Je dois louer des terres alors qu’avant, j’avais ma propre propriété à labourer. »
Tout le village riverain de la rivière Rusizi qui voit le glissement s’approche dangereusement des champs de culture, des maisons, … est sur le qui-vive. La peur et la désolation se lisent sur les visages des gens. K.B, la quarantaine, raconte : « Nous avons tellement peur. C’est en 2022 que nous avons commencé à voir que la situation devient de plus en plus horrible. Et nous pensions que les autorités allaient initier des travaux pour stopper son extension. Mais voilà, jusqu’aujourd’hui, rien n’est encore entrepris. Entretemps, nos champs de riz, de sorgho, nos manguiers, … sont engloutis. »
Père de cinq enfants, il jette le tort aux institutions étatiques. « De simples glissements ont débuté dans les années 90. Mais, rien n’a été fait pas arrêter cela. Et voilà, nous sommes à presque dix hectares, voire plus, de superficie déjà écroulés. Où sont les institutions étatiques chargées de la prévention des risques et la gestion des catastrophes ? »
D’après lui, ce phénomène qui menace la colline Rusiga a commencé par la naissance d’une petite source d’eau. « On ne pensait pas que cela allait prendre de l’ampleur. Après, nous avons vu des crevasses se former, puis des glissements d’une grande envergure. »
Rusiga n’est pas un cas isolé
A Murambi de la même commune, plusieurs dégâts sont aussi à déplorer suite aux glissements de terrain. Les riverains de la rivière Nyamagana sont dans l’angoisse après la destruction de leurs champs, des maisons d’habitation, des plantations de palmiers à huile, des manguiers, etc. « Nous avons été contraints à déménager pour ne pas risquer de nous retrouver un jour dans la rivière avec des terres », confie Isidore Bukuru, un habitant de la localité.
Comme à Rusiga, il indique que ces glissements ont commencé par une petite source d’eau qui s’est improvisée. « Un phénomène qui se passe souvent la nuit et pendant la saison pluvieuse. » Ce qui constitue, selon lui, une menace sur la route reliant la capitale économique à Cibitoke. D’après lui, l’extraction illégale et anarchique de l’or dans la rivière Nyamagana ou dans son bassin joue beaucoup dans ces glissements.
Dans les montagnes surplombant la capitale économique, ces mouvements de terrain terrorisent également la population. Par exemple, à Kamesa, zone Musaga, en commune Mugere, plusieurs habitations, des pieds de palmiers à huile, des arbres fruitiers, … se sont déjà écroulés dans un ravin qui ne cesse de s’agrandir et de s’enfoncer. Beaucoup de familles n’ont plus d’abris. Ce qui menace également des infrastructures publiques comme les routes, les installations de la Regideso, etc.
Il en est de même à Gikungu-rural, zone Gihosha, commune Ntahangwa. Un grand ravin a déjà entraîné d’énormes pertes en termes d’infrastructures, de terres, etc. Plusieurs familles ont vu leurs habitations s’écrouler. Des familles ont été contraintes de déménager. Elles sont redevenues locataires alors qu’elles avaient déjà construit leurs propres maisons. « Nous vivons une situation très difficile. J’avais contracté un crédit et construit une maison. Malheureusement, avant même le remboursement total du crédit, notre habitation s’est écroulée. Aujourd’hui, je n’ai pas d’autres choix que de louer encore une maison pour caser ma famille », raconte un père de famille, croisé à Mugoboka. C’est là qu’il a pu trouver une maison à bas prix.
Sans moyens, d’autres attendent impuissamment le jour fatidique. Les mêmes scènes s’observent également à Winterekwa.
Dépassée, l’administration appelle à l’aide

« Nous sommes au courant de la situation car, ces glissements de terrain ne datent pas d’aujourd’hui. Malheureusement, cela a déjà causé beaucoup de dégâts matériels », confie Bosco Niyingabire, conseiller chargé de la communication et des relations publiques en commune Cibitoke, province Bujumbura.
A titre illustratif, il cite des maisons d’habitation, des terres cultivables etc. « Même les canaux d’irrigation qui avaient été construits par des bienfaiteurs ont été partiellement détruits. Normalement, dans cette localité, on y cultivait des cultures vivrières comme le manioc, le maïs et le riz. »
A voir les dégâts déjà enregistrés, il avoue que sa commune n’a pas de moyens techniques et financiers suffisants pour intervenir et stopper l’extension de ces glissements. « Nous demandons à l’Etat d’agir rapidement. Cela peut se faire via la plateforme nationale de prévention des risques et gestion des catastrophes en effectuant d’abord une descente sur le terrain afin de voir la situation. »
D’après lui, si des travaux ne sont pas initiés dans l’urgence, il y a risque de blocage de la rivière Rusizi. « Ce qui va créer encore d’autres problèmes comme la perte des terres réservées à la culture du coton, de la banane, etc. »
Il lance également un appel aux partenaires techniques et financiers du Burundi ainsi qu’aux bienfaiteurs. « Il faut songer à sauver ces localités menacées ».
En attendant le début des travaux, cette autorité communale demande à la population de rester sereine car, « beaucoup pensent que ce sont des démons qui sont derrière ces glissements. Ce sont des phénomènes naturels qui se produisent temporellement ».
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