Notre journaliste Jean Bigirimana porté disparu depuis 3672 jours. Nous ne l'oublions pas.

Ces bouteilles en plastique qui donnent du fil à retordre

À Bujumbura, les bouteilles en plastique jetées ici et là sont devenues un véritable casse-tête. Elles envahissent les rues, obstruent les caniveaux, compliquent les opérations de salubrité et alimentent les inquiétudes quant à leurs conséquences sur l'environnement. Malgré les campagnes de nettoyage et les appels à la responsabilité citoyenne, le problème persiste et semble même s'aggraver avec l'augmentation de la consommation des boissons conditionnées dans ces emballages.

Dans la commune de Mukaza, au cœur de la ville de Bujumbura, les bouteilles en plastique sont visibles presque partout. Elles jonchent les trottoirs, s’accumulent dans les caniveaux, débordent des poubelles publiques et finissent parfois dans les terrains vagues ou les champs.

Dans une boutique du quartier, la plupart des produits proposés sont des boissons vendues dans des bouteilles en plastique. Les cartons portant la marque Niko occupent une place de choix sur les étalages. À quelques mètres seulement, plusieurs bouteilles vides reposent déjà dans un caniveau, témoignant de leur forte consommation.

Devant le commerce, une poubelle aménagée déborde de déchets. Le propriétaire reconnaît que les bouteilles en plastique constituent une grande partie des déchets produits autour de sa boutique, mais explique qu’il ne peut pas se passer de ces produits.

« Sans ces boissons, peu de clients s’arrêteraient devant ma boutique. Les habitants du quartier achètent surtout leurs vivres au centre-ville. Ici, ce qui attire les consommateurs, ce sont ces boissons », explique-t-il.

Selon lui, les boissons produites par la Brarudi semblent rares sur le marché. Cette situation pousse de nombreux consommateurs, notamment les jeunes et les personnes aux revenus modestes, à se tourner vers les boissons moins coûteuses :« Beaucoup viennent ici pour se remonter le moral avec un petit Niko vendu à 2 500 BIF. Ils entendent noyer leurs soucis », confie-t-il.

Concernant la gestion des déchets, le commerçant affirme payer une société chargée de collecter les immondices. Toutefois, récupérer les bouteilles abandonnées par les clients reste très difficile.

« Je ne peux pas suivre chaque client pour lui demander de jeter sa bouteille dans la poubelle. Certains quittent déjà la boutique dans un état où ils n’acceptent plus les remarques », regrette-t-il.

Une salubrité constamment remise en cause

Autour du Tribunal du travail, dans la commune de Mukaza, une vaste opération de salubrité mobilise les chefs de zones ainsi que plusieurs habitants. Sous un soleil de plomb, les participants s’attaquent aux caniveaux envahis par les mauvaises herbes, les pierres, la boue et des eaux stagnantes devenues noirâtres. Le travail est pénible. Les pelles peinent à extraire les déchets, tant les bouteilles en plastique se sont mêlées aux autres détritus.

La fatigue se lit sur les visages. Plusieurs participants doivent interrompre momentanément leurs efforts pour reprendre leur souffle. Pour un habitant du quartier Ngendandumwe, où se situe le tribunal, les bouteilles en plastique constituent aujourd’hui le principal obstacle à une ville propre.

Il montre les tas de bouteilles retirées des caniveaux ainsi que celles coincées dans les branchages servant de clôture :« Nous terminons souvent les travaux avec le sentiment du devoir accompli. Mais moins d’une semaine plus tard, tout est à recommencer. Les bouteilles reviennent dans les caniveaux et bloquent à nouveau l’écoulement des eaux », déplore-t-il.

Selon lui, tant que la gestion des bouteilles en plastique ne sera pas améliorée, les campagnes de salubrité risquent de produire peu de résultats durables.

« Il faut une véritable éducation citoyenne »

Aline Bigirimana prône une culture de propreté

Pour Aline Bigirimana, administratrice de la commune Mukaza, le problème dépasse largement la question du nettoyage. Elle estime que les habitants doivent développer une véritable culture de la propreté et adopter des comportements responsables.

Selon elle, la commune ne peut matériellement pas installer des poubelles à chaque coin de rue. Les infrastructures existantes doivent donc être utilisées correctement : « Les personnes qui consomment une boisson en cours de route devraient conserver leurs bouteilles jusqu’à la prochaine poubelle au lieu de la jeter dans un caniveau », insiste-t-elle.

L’administratrice rappelle également que des sociétés de recyclage sont déjà actives au Burundi. Elle invite les entreprises qui commercialisent des boissons dans des bouteilles en plastique à participer davantage à la récupération et au recyclage de leurs emballages.

À ses yeux, les producteurs ont également une responsabilité dans la réduction de cette pollution qui compromet les efforts de salubrité.

Au-delà de la propreté, des inquiétudes sanitaires

Pour certains habitants, les conséquences de cette consommation dépassent les seules questions environnementales. Un riverain de la commune de Mukaza estime que la multiplication des bouteilles abandonnées reflète aussi une consommation excessive de certaines boissons alcoolisées. Selon lui, certains consommateurs négligent progressivement leur hygiène personnelle.

« Certains ressemblent à des morts-vivants ou des revenants, de véritables zombies. Ils ont les yeux rouges, les cheveux laineux décolorés en désordre, des vêtements sales et usés. Leur démarche est hésitante, comme s’ils allaient tomber », témoigne-t-il.

S’il associe ces comportements à une consommation abusive d’alcool, ce constat demeure celui d’un habitant et ne permet pas, à lui seul, d’établir un lien général entre ces boissons et l’état de santé de leurs consommateurs.

Une menace grandissante pour l’environnement

Les inquiétudes ne s’arrêtent pas aux quartiers urbains. Dans certaines zones agricoles situées aux alentours de Bujumbura, les cultivateurs constatent que les bouteilles en plastique remplacent progressivement les anciens déchets d’emballages plastiques qui étaient déjà source de pollution.

Dans les champs, ces bouteilles s’accumulent au fil des saisons, compliquant les travaux agricoles et suscitant des interrogations sur leurs effets à long terme sur les sols.

« Si rien n’est fait, quel environnement laisserons-nous aux générations futures ? », s’interroge un cultivateur. Il appelle les spécialistes de l’environnement à sensibiliser davantage la population et à proposer des solutions concrètes.

« Il faut mener une action claire afin que les activités humaines ne concourent pas à leur perte », lance-t-il.

Des réponses encore attendues

En attendant, les bouteilles continuent de s’accumuler dans les rues, les caniveaux et les espaces agricoles de Bujumbura, il y en a qui finissent leur course dans le lac Tanganyika.

Leur présence rappelle que la lutte contre cette pollution ne dépend pas uniquement des journées de salubrité, mais aussi d’une meilleure éducation citoyenne, d’une gestion efficace des déchets et d’une implication plus forte des producteurs dans le recyclage de leurs emballages.

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