Nous sommes durant la saison sèche. Et, pendant cette période, des feux de brousse sont signalés dans le pays. Quelle est la situation au Parc national de la Ruvubu ?
Elle est vraiment très déplorable. En effet, dans ces derniers jours, il y a environ un ou deux mois, on a commencé à observer des feux de brousse de part et d’autre du parc. Aujourd’hui, nous estimons qu’environ dix mille hectares ont été ravagés par cette catastrophe. Et ce sont des feux criminels.
Qui sont les présumés auteurs ?
Ce sont d’abord les éleveurs qui se trouvent au niveau des collines riveraines du parc. Ils le font notamment pour avoir du pâturage de leur bétail. Aussi, il y a les braconniers. Ceux-ci peuvent le faire ne fût-ce que pour perturber les animaux ou les piéger. Ensuite, il y a les gens qui s’introduisent dans le parc à la recherche du miel sauvage. Les apiculteurs traditionnels peuvent aussi le faire. D’autres auteurs ne sont pas connus.
Pourquoi ?
Parce que le parc est transfrontalier avec la Tanzanie. Il y a ceux qui peuvent venir du côté de la Tanzanie. Or, de l’autre côté, ce n’est pas une aire protégée. Ce qui signifie que ce n’est pas contrôlé. Donc, ces Tanzaniens peuvent aussi mettre du feu dans le parc.
Auriez-vous pu attraper ces auteurs ?
A l’heure actuelle, nous avons déjà attrapé deux personnes. Elles sont déjà transférées au niveau du parquet de la République à Ruyigi. Nous travaillons en étroite collaboration avec l’administration pour voir si on pourrait arrêter ceux qui ont brûlé ici.
En cas de feux de brousse, avez-vous du personnel suffisant et bien équipé pour intervenir ? Quels sont les défis auxquels vous faites face ?
Les défis sont très nombreux. Nous avons un personnel qui est très peu suffisant. Par exemple, dans le secteur de Muyinga très touché par ces derniers feux de brousse, nous avons six garde-forestiers seulement. Imaginez-vous comment six gardes peuvent maitriser l’espace d’environ 9 500 hectares. Ce personnel n’a même pas d’équipements.
C’est-à-dire ?
C’est très difficile. Parce qu’un garde-forestier qui entre à l’intérieur du parc avec une machette seulement, comment va-t-il travailler. Il n’a pas d’équipements, de chaussures et de moyens pour intervenir facilement. Nos garde-forestiers n’ont pas de bottines. Ils marchent à pied ou portent leurs chaussures usées et inappropriées au travail dans le parc. Les pistes ne sont pas non plus entretenues. Ce qui complique l’accès à l’intérieur du parc. Nous manquons également d’équipements pour faire la surveillance. Il serait mieux que nous ayons des caméras de surveillance et des drones pour mieux localiser là où il y a une menace. Nous avons également un problème de moyens de communication.
Quelles sont les conséquences de ces feux de brousse ?

D’abord, nous sommes très inquiets car ils perturbent notre biodiversité. Les feux de brousse ont emporté toutes les plantes, tué les petits animaux, etc. Même les grands herbivores notamment les buffles, les antilopes, … sont obligés de se déplacer pour trouver refuge dans des endroits non atteints par les feux. Ils peuvent même sortir du parc et se rendre en Tanzanie. Là, ils sont tués.
Avez-vous peur qu’on risque de voir d’autres espèces disparaitre ?
Au moment de la création du parc, il y avait des lions et des rhinocéros. Mais, à l’heure actuelle, ils ne sont plus ici. Ils sont déjà disparus. J’ai peur que même ces animaux qui sont encore visibles, s’il n’y a pas beaucoup de moyens investis dans leur protection, ils vont eux aussi partir.
Quoi faire alors ?
Chaque année, nous organisons des ateliers pour la sensibilisation, mais ils n’arrivent pas au niveau de la couche paysanne là-bas. Ils sont organisés au niveau de la province. Il serait mieux que les sensibilisations commencent au niveau des collines de recensement.
Je demanderais au gouvernement de créer une ligne budgétaire qui est réservé pour la protection de cette richesse. La Ruvubu n’est pas comme les autres aires protégées. Elle est la seule aire protégée où on peut trouver les grands animaux. Donc, il faudrait penser comment investir pour protéger cette biodiversité du parc.
Ce qui passerait notamment par augmenter le personnel chargé de la surveillance du parc, songer également à chercher des équipements appropriés pour mieux gérer ce parc à savane et aussi impliquer la population ainsi que l’administration locale riveraine du parc.
Je lance aussi un appel aux partenaires de beaucoup aider pour que ce parc puisse être bien protégé.
Comment est la cohabitation entre les riverains et les gestionnaires du parc ?
Elle est quelques fois conflictuelle. Premièrement, le parc n’est pas bien délimité. Il y a des gens qui essaient de pénétrer à l’intérieur du parc quand ils sont en train de cultiver leurs champs. Il arrive aussi que des animaux quittent le parc pour envahir leurs champs. Ce qui crée souvent des conflits entre nous et la population riveraine.
Les riverains disent que nous sommes injustes envers eux. En effet, ils expliquent que quand on les attrape dans le parc, ils sont punis alors que quand un animal quitte le parc pour ravager leurs champs, l’Etat n’a pas prévu de moyens pour le dédommagement.
Et quand les feux de brousse sont déclarés, nous constatons que les riverains n’interviennent pas rapidement pour nous aider à maitriser l’incendie.
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