Économie

Le commerce du sucre est très amer

02/06/2020 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Le commerce du sucre est très amer
Le commerce du sucre est très amer
Le sucre a déserté les étalages.

Depuis 2017, la pénurie du sucre persiste. Des mesures ont été prises pour que ce produit soit disponible sur le marché. Mais, il reste toujours rare et cher. Des commerçants ont abandonné ce commerce.

Dans les alimentations et les boutiques de la Mairie de Bujumbura, il est difficile de se procurer du sucre. A Bwiza, sur la troisième avenue, un détaillant du sucre ne cache pas sa désolation. «  Depuis le mois de janvier, il est quasiment impossible d’avoir du sucre en permanence. Le kg s’achetait entre 2400 et 3500 BIF ».

Le commerçant fait savoir qu’il a du mal à s’approvisionner. Ses clients se plaignent qu’il ne sert pas une quantité suffisante. « A partir du mois de mars, j’ai arrêté le commerce de ce produit qui ne rapporte rien lorsqu’on respecte le prix fixé par le gouvernement».

Dans un kiosque situé sur l’avenue Misugi, quartier Mutanga Nord, le sucre est disponible. Mais la vente est rationnée afin de servir le plus grand nombre. . «  Chaque client a droit à 1 kg. Le sucre est un produit rare».

Dans le centre-ville de Bujumbura, certaines alimentations vendent le sucre. D’autres ont tout simplement abandonné.

« J’ai laissé ce commerce depuis plus de 3 mois. Pour le moment, on se demande à qui les grossistes distribuent ce produit», s’indigne un commerçant sous couvert d’anonymat.

« Nous n’avons plus de sucre». C’est la réponse sur les lèvres de plusieurs boutiquiers interrogés. Dans la zone Kamenge, dans plus de trois boutiques situées sur trois différentes avenues, impossible de trouver du sucre.

«Cela fait plus de quatre mois qu’il n’y a plus de sucre dans le quartier », se plaint un boutiquier sur la 1ère avenue du quartier Kavumu. Il raconte que du jour au lendemain, leurs fournisseurs ont cessé de le servir.

Un client rencontré sur place chuchote que pour avoir ne fût-ce qu’un kilo, il faut débourser 3 mille ou 3500Fbu. « Si tu en trouves bien sûr », tient tout de même à préciser ce client.

Les consommateurs dans le désarroi

Une mère de famille rencontrée dans cette boutique ne sait plus à quel saint se vouer : « J’ai quatre enfants, le sucre de 400Fbu ne peut même pas suffire pour le petit déjeuner. Le soir, ils ne prennent pas du thé.» Parfois, elle ne peut pas s’en acheter. Comme solution, le matin, cette mère réchauffe la nourriture de la veille en guise de petit déjeuner. Même son de cloche dans le quartier Nyakabiga. Sur la 9e avenue, dans trois boutiques différentes, le sucre a déserté les étalages. À sa seule mention, les boutiquiers ricanent : « C’est une question qui ne se pose plus. Il est introuvable.»

Cette pénurie affecte les activités des ménages, des petites unités de transformations des jus et des boulangeries.

Face à cette pénurie récurrente, la Sosumo rassure. La production du sucre est suffisante. La spéculation est la cause principale de la pénurie. La société indique qu’elle a distribué 2500 tonnes au premier trimestre de cette année.

La sucrerie de Moso souligne même que depuis le mois d’octobre de 2019, les demandes se sont accrues et  le nombre de commerçants grossistes a augmenté. Ce qui pourrait être l’origine de la spéculation et de fraude. Aussi, une partie du sucre peut être utilisée pour la production des boissons prohibées.

Cette société a promis de prendre des mesures strictes pour punir les spéculateurs. Ces derniers seront rayés sur les listes de distributeurs. Pour contrôler la chaîne de distribution et faciliter l’alimentation, les boutiques recevront plus de quantités qu’avant. Même son de cloche au ministère du Commerce, les quantités distribuées par la Sosumo sont amplement suffisantes.

Plusieurs mesures sans effet

Le siège de la société sucrière du Moso.

La pénurie du sucre ne date pas d’hier. Les membres du gouvernement ont déclaré depuis 2017 que la quantité du sucre produite localement n’est pas suffisante. Au mois de mars 2017, le ministère du Commerce et de l’Industrie a annoncé la levée d’une vieille mesure portant interdiction d’importer le sucre de l’étranger, en réponse à l’échec de la société sucrière du Moso à satisfaire le marché local, engendrant des pénuries spéculatives généralisées sur ce produit stratégique depuis des mois.
A cette époque, la protection de la Sosumo n’a toutefois pas été complètement abandonnée et dans un premier temps, les importations autorisées s’élevaient à 6.000 tonnes par an.Au cours de mars 2017, devant les parlementaires, le deuxième vice-président de la république, Joseph Butore, a indiqué que la SOSUMO n’est plus en mesure de produire pour plus de dix millions d’habitants.

Il a déclaré que cette entreprise a été créée quand la population burundaise était estimée à moins de quatre millions d’habitants. M. Butore a annoncé qu’un audit international est prévu : « Nous pensons que le résultat de cet audit est la seule solution durable pour le problème du sucre.»

Personne ne sait si cette étude a été faite. Surprise, au mois de novembre 2018, Jean-Marie Niyokindi, ministre du Commerce était devant les élus du peuple. Objectif. Expliquer aux députés le projet de loi portant sur le changement du mode gestion et la structure du capital social de la Sosumo.  Les actions de l’Etat dans le capital, une société de fabrication du sucre, devront passer de 99% à 46%. Le projet a été adopté.

Pour expliquer la cession d’une partie des actions de l’Etat aux privés, le ministre n’a pas mâché ses mots : « L’Etat n’est pas toujours le bon gestionnaire.» Le ministre Niyokindi affirme que la cession des actions de l’Etat aux privés entraînera une bonne gestion de la Sosumo.

Ce dernier explique aussi que cette privatisation par le manque de devises pour l’importation. Cette réorganisation vise la satisfaction des besoins de la population sans recourir à l’importation.

Apparemment, ces deux problèmes n’ont pas été résolus. Car, la pénurie du sucre est toujours là. Et le gouvernement accuse les commerçants de spéculer ou d’exporter ce produit. Depuis 2017, des mesures ont été prises pour que ce produit soit disponible au marché. Mais, hélas, le sucre reste toujours rare et coûte cher. Que peut-on espérer encore ?

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