Lundi 08 août 2022

Société

Le combat des manifs

10/03/2015 13

A la veille des élections, des manifestations prévues par certains acteurs sociopolitiques en cas d’une autre candidature de Pierre Nkurunziza aux présidentielles font craindre le pire. Parce que le pouvoir est décidé à les mater.

Ces organisations de la société civile burundaises réunies dans la campagne contre le 3ème mandat du président de la République n’en démordent pas ©Iwacu
Ces organisations de la société civile burundaises réunies dans la campagne contre le 3ème mandat du président de la République n’en démordent pas ©Iwacu

Des organisations de la société civile et des partis de l’opposition sont décidés à organiser des manifestations en cas d’annonce de la candidature de Pierre Nkurunziza à la présidentielle de 2015. Ces organisations, réunies dans la campagne contre le 3ème mandat du président de la République, n’en démordent pas. Pour elles, en se représentant, Pierre Nkurunziza risque de provoquer un bain de sang dont il devra répondre.

Après les manifestations monstres et spontanées, suite à l’annonce de la libération de Bob Rugurika, directeur de la RPA, le pouvoir veut reprendre du poil de la bête. A son tour, il a organisé une marche, dite de la paix, pour montrer ses crocs, les discours prononcés à cette occasion étant davantage une mise en garde contre « ses ennemis » que des appels à la paix.

Saïdi Juma, le maire de la ville, a pointé du doigt ceux qui veulent ramener le Burundi sur le chemin de la guerre : « Que certains politiciens, certaines associations de la société civile, certains médias qui veulent soulever la population, sachent que nous ne nous laisserons pas faire. »

« Nous allons les chasser des rues ! »

Saïdi Juma : « On est engagé à les combattre jusqu’à la dernière énergie, même jusqu’à périr. »  ©Iwacu
Saïdi Juma : « On est engagé à les combattre jusqu’à la dernière énergie, même jusqu’à périr. » ©Iwacu

Selon lui, ce sont ces gens qui se disent de la société civile, alors que ce sont de véritables politiciens qui n’ont pas d’autres moyens pour accéder au pouvoir, sauf la déstabilisation, la guerre et peut-être les coups d’Etat. « On est engagé à les combattre jusqu’à la dernière énergie, même jusqu’à périr. »

Le maire de Bujumbura a demandé aux forces de l’ordre et à l’administration de faire respecter la loi en empêchant l’organisation de toute manifestation non autorisée par l’administration. « Nous sommes plus nombreux qu’eux et (…) nous allons les chasser des rues, s’ils y reviennent », a menacé Hamza Venant Burikukize, secrétaire général d’une plate-forme d’ONG proches du pouvoir.

Cependant, ces discours ne semblent pas avoir ébranlé ceux qui sont pointés du doigt. Patrick Nduwimana, vice-président de l’Association Burundaise des Radiodiffuseurs (ABR), trouve qu’il s’agit d’une mauvaise démarche qui n’aboutira jamais puisque le peuple est au fait des exactions du pouvoir.

Un bras de fer qui risque d’être sanglant…

Charles Nditije, un des leaders de l’opposition, parle d’intimidation et reste stoïque : « Je crois que le président et le parti au pouvoir devraient comprendre que personne, ni l’armée, ni la police, ni les contre-manifestants, ni les Imbonerakure ne pourront arrêter cette volonté de changement. »

« En parlant d’un risque de bain de sang, nous ne faisons pas une prophétie de l’apologie du crime, mais un constat d’une situation déjà vécue », explique Vital Nshimirimana, délégué général du FORSC.

De part et d’autre, les positions des principaux acteurs se radicalisent, il y a donc un risque élevé de violence sanglante. Si le peuple répond à l’appel à manifester, les autorités réagiront par le pouvoir de répression d’une police souvent qualifiée de partisane. Avec le risque que les manifestants ripostent. Pire encore, le parti au pouvoir, aidé des autorités lui acquises, organisera sans doute des contre-manifestations, comme certaines réactions, lors de la dernière marche de la paix, l’ont laissé entendre. Vous avez dit bain de sang ?

ABR

Forum des lecteurs d'Iwacu

13 réactions
  1. RUGAMBA RUTAGANZWA

    Il y a quelques semaines Kabila en RDC faisait pareil….! Il a ordonné à sa police de tirer sur les manifestants qui protestaient contre son troisième mandat illégal en 2016. La police a effectivement tiré et tué une bonne quarantaine de jeunes gens mais à la fin il a reculé et il est candidat à rien pour les élections présidentielles de 2016. Au Burkina Faso, pareil. Blaise COMPAORE a été balayé par la rue en 48 heures après exactement 27 ans de pouvoir sans partage sur le Pays des Hommes Intègres. Concernant le Burundi, M. NKURUNZIZA donne une image plutôt piteuse d’un Président en fin de règne qui ne contrôle pratiquement plus rien et qui par-dessus, tout veut s’accrocher infiniment au pouvoir alors qu’il a déjà effectués ses 2 mandats en bonne et due forme. Je lui conseille vivement de ne même pas essayer pas même de tirer, pas même une seule balle, sur les manifestants car les mises en garde qu’il a reçues jusqu’à présent, montrent que si même un seul manifestant est tué, une autoroute s’ouvrira devant lui et les siens pour La Haye. Je lui conseille la prudence et le départ dans la paix et la tranquillité pour son bien, celui de sa famille, de sa femme et de ses enfants… ! Quand le Président Obama insiste par la voie de ses nombreux émissaires qu’il ne veut pas de 3ème candidature de M. NKURUZIZA, ne croyez pas qu’il s’amuse. Quand les Evêques du Burundi se réunissent tous sans exception aucune pour rejeter le 3ème mandant de NKURUNZIZA il faut les écouter car plus de 80% de la population burundais est catholique.
    Non, décidément, les politiciens ne savent pas lire les signes du temps. Comme COMPAORE NKURUNZIZA risque de quitter le pouvoir par la petite porte et ce pour entêtement et ignorance (car son entourage ne lui sert que ce qu’il veut entendre).

  2. Racso69

    « En parlant d’un risque de bain de sang, nous ne faisons pas une prophétie de l’apologie du crime, mais un constat d’une situation déjà vécue », explique Vital Nshimirimana, délégué général du FORSC.

    Monsieur Nshimirimana, pouvez-vous s.v.p. préciser quelle est « la situation déjà vécue » que vous évoquez?

    Merci!

  3. Jambo

    Le gouvernement majoritaire cndd fdd par la voie de son ministère de l’intérieur a affaibli les partis d’opposition en les nyakurisant ,en contraignant leurs leaders a l’exil et au silence alors qu’il se devait de les traiter en partenaires utiles en démocratie.
    Force est de constater que le fair play est inexistant faute d’adversaires de taille, le paysage politique ressemblant au monopartisme.
    Le parti au pouvoir en est conscient et déverse maladroitement sa honte d’échec a tous points de vue sur la société civile qui joue pleinement son rôle d’informer le peuple sur les dérapages gouvernementaux.La société civile a déjà atteint son but en conscientisant la population par le biais de la misère sociale qui est réelle et que le gouvernement n’a pas réussi a éradiquer alors que c’est son rôle.
    Finalement,le gouvernement se trompe toujours de cible et devra faire face non a la société civile mais la population visiblement en soif de changement.

  4. Godefroid

    Ici encore une fois les gents semblent ingorer totalement les tireurs de ficelles dans ce bras de fer entre le gouvernement et une partie de la societe civile. On observe via la societe civile une sorte de gouvernement parallel qui se met en place petit a petit sans avoir ete elu par personne.
    On le constate lorsqu’ ils denoncent certaines decisions prises par les institutions de la repubique tel que le gouvernement, le parlement, la justice etc ils se croient toujours justes et si les institutions essayent de prendre a la legere leurs demande ou ultimatum, une plue de condamnations, menaces et mise en garde de la part de ONGs internationaux ainsi que quelques puissances jusqu’ a la maison blanche tombent en cascade sur Bujumbura et il est force de changer de positions pour eviter des ennuis. Aux yeux des puissances de ce monde, notre fameuse societe civile accusee souvent de se battre pour les interets ethniques a toujours raison et c’est toujours la faute du pouvoir en place.

    Cette humiliation programmee ne vise qu’ a creer des frustrations qui finiront un jour par exploser et on va faire payer a ce gouvernement tous les pots casses.
    Voila alors cette mobilisation par cette societe civile contre le « 3eme mandat  » du president Nkurunziza qui appellent la population pour aller dans la rue au lieu d’aller porter plainte aux institutions habilitees tels que la Court Constitutionnelle comme le prevoit la constitution. Mais il est curieux d’entendre des etrangers qui se donnent le droit d’interpreter des textes a la place des Burundais en joignant le pas a la « societe civile » pour denoncer un possible  » 3eme mandat ».

    C’est cette ingerence directe ou indirecte des puissances dans les affaires internes des pays a travers le monde qui est tres dangereux et surtout dans un pays comme le notre qui porte encore des plaies non cicatrises suite a des genocides qui y ont eu lieu.

    Nous somme dans une democratie et Nkurunziza a aussi le droit comme tout citoyen. Si il veut poser une autre candidature, c’est son droit et il reste aux concernes de verifier si oui ou non sa candidature est recevable. A ce que je sache, notre constitution ne donne aucun role de juge a la societe civile. Ils sont des citoyens comme les autres qui ont un avis qui ne doit pas etre necessairement comme la parole de l’evangile.
    S’ils choisissent la rue comme solution a ce probleme il faut qu’ils se preparent a croiser dans le chemin ceux qui sont contre cette demarche anti democratique qui n’est que du pure terrorisme. Souvenez vous que Nkurunziza n’est pas Ntibantunganya et Bugendana 2 ne va pas arriver.

  5. Abi

    Mon inquietude n’est pas le fait d’avoir ou non le droit de manifester. Legalement les Burundais ont ce droit et ils devraient l’utiliser.
    Je m’inquiete de l’irresponsabilite de ceux qui appellent aux manifestations. Ils devraient avoir un plan B ou C au cas ou les manifestations deviennent violentes…. a moins qu’ils cherchent justement cette violence pour l’utiliser contre le pouvoir.

    Je m’inquiete aussi de l’entetement du president et de son parti a vouloir forcer la main des Burundais et de son instinct a user de violence.
    J’avais cru que le sang avait suffisamment coule dans notre pays et qu’on n’en a assez. Helas!

    • Nzobandora

      Mon cher Abi,

      Le peuple s’il le faut forcera les responsables à respecter les lois de la nation et à respecter ce peuple lui -même employeur de ces personnes qui veulent nous diriger comme des moutons.

      Sinon ces menaces n’ont plus vraiment d’effets et peu de gens accepteront d’ailleurs de suivre cette folie à la Hitler en témoignent le contenus de leurs réunions et vidéos qui sont aussitôt divulgués.
      Je conseillerais plutôt aux pro-troisième mandat de ne pas tester leur force et popularité par un carnage et massacre et de prendre la bonne décision car quoi qui se fasse ils ne gagneront pas contre tout un peuple, un autre candidat du CNDD FDD peut-être présenté et peu même gagner les élections contrairement à ce que certains peuvent croire ; mais bien sure l’avis de Radjabu devenu libre comptera aussi pour une grande partie des bagumyabanga

  6. PCE

    Je lis la déclaration suivante « Nous sommes plus nombreux qu’eux et (…) nous allons les chasser des rues, s’ils y reviennent », a menacé Hamza Venant Burikukize, Je voudrais savoir ce qu’il veut bien dire par cette quantité qu’il vante. Je ne suis pas sur que le nombre soit une valeur ajoutée lorsque la raison n’y est pas. Mais je pense que Mr Burikukize voulait tout simplement adresser cette menace à ce qu’il considère comme une minorité. On sait ce que cela veut dire.

  7. uwarugwanye

    Uwo muswahiri Juma we yavundurutse he ko ntigeze ndamubona ku naruzuru, i obuheka canke i buga? Uti reka guswaganya sh. mwe na nduwim.na mwaje gusoroma ivy.abana b,abantu twagorewe. Tuzoja mw.ibarabara hama turabe ic.ukora.

  8. MINANI

    Dans les deux camps, Société Civile et Pouvoir DD, on sent de la faiblesse. Chaque camp veut démonter l’ ARGUMENT DE LA FORCE alors qu’en démocratie, c’est plutôt la FORCE DE L’ARGUMENT qui devrait prévaloir.
    Pour la société civile, pourquoi ne pas mobiliser le peuple pour ne pas voter Nkurunziza et le forcer à partir par la voie des urnes au cas où il se présenterait? Nous avons vu cela ailleurs comme au Sénégal où la Société civile, contre un mandat de trop de Wade, s’est jointe à l’opposition et le Président a été battu. Suivre l’alternative de la rue dans un contexte tendu, montre deux choses: Soit la société civile est consciente de sa faiblesse de mobilisation et voit qu’elle ne peut rien faire pour chasser le candidat par les urnes; soit elle a un autre agenda caché (troubles, report des élections, suspensions des financements des élections par l’UE, = vide institutionnel, etc…). Par ailleurs, une fois que la Cour Constitutionnelle se sera prononcée pour le mandat, ces manifestations n’auront pas raison d’être et ceux qui vont les organiser vont se heurter à la loi.
    Pour le pouvoir, on ne comprend pas comment les gens peuvent s’entêter jusqu’au bain de sang. D’une part, si tout monde est contre le « fameux » mandat, ce n’est pas le temps dont ils sont contre, mais des individus. Ces gens ont trop mal gouverné le pays, surtout ces 5 années. Assassinats, détournements, pauvreté, …..Les gens n’ont plus d’espoir en eux. Les gens ne veulent pas vivre le même calvaire pendant 5 ans. Par ailleurs, il y a une crainte qu’une fois arrivé à passer, les DD vont chercher à changer la Constitutions comme ils l’ont tenté dernièrement sans succès (1 petite voix), Nkurunziza sera dès lors éternel au pouvoir. C’est ça le pire que tout monde craint. Or, les déclarations de tous les côtés montrent que les gens sont convaincu de la victoire des DD, sinon ils ne s’acharneraient pas contre une candidature, sans être convaincu de sa victoire. D’autre part, vue les dissensions internes du part, la grogne qui vient de partout, de l’intérieur comme de l’extérieur, il est clair qu’il y a usure de l’autorité de l’État. Il faut un changement à la tête de l’Etat pour le bien du peuple et du parti même. Cependant, ce changement ne doit pas se passer en privant de force les droits à un individu, mais d’une manière démocratique, au besoin par un lobbying au sein du parti au pouvoir.
    Qu’on le veuille ou pas, sans être partisan, aucun Accord, quoi que soutenu par l’Eglise Catholique, ne peut être supérieur à une Constitution votée par le Peuple. Tous les arguments contre le mandat sont PLUS POLITIQUES et en rien JURIDIQUES.
    Même le message de l’Église Catholique n’a rien de force morale car n’avançant aucun argument convaincant. Il est bel et bien le reflet des analyses et convictions des individualités, peut-être puissantes au sein de ce corps. On s’attendait à des arguments beaucoup plus soutenus, mais hélas. Reste à savoir le message pastorale qui sera délivré pendant les affrontements des manifestants.
    Quoi qu’il en soit, NKURUNZIZA et les DD devraient eux-aussi faire attention. S’ils s’entêtent et que le Président décroche son mandat, rien n’est sûr qu’ils puissent tenir pendant 5 ans. Non seulement ils vont faire face à la fermeture des robinets des bailleurs, mais aussi, ils risquent de vouloir se venger contre tous ceux là qui auraient tenté de les barrer la route, de la purge interne sans épargner un bras de fer avec l’Eglise catholique. Là, le peuple peut vivre les pires des cauchemars de son histoire. Et, on risque de revenir dans le bain de sang que l’on craint aujourd’hui.
    Ils ont raison de demander la neuvaine à leurs chrétiens ces Évêques, sauf que Dieu ne s’occupe jamais des questions qui peuvent être résolues par la Raison qu’il a déjà doté à chacun d’entre nous. Dieu était là et les gens faisaient les neuvaines en 65,72,88, 93….. ça a changé quoi? Si nous décidons de faire la paix, il va bénir. Si nous décidons de nous entretuer, il va regarder ailleurs.

  9. Abi

    Que faire pour eviter un bain de sang? Y a t il une alternative? Est-ce que l’opposition et la societe civile sont decidees a envoyer les gens a la boucherie coute que coute? Encore une fois je pose la question y a t il une ou des alternatives a la violence?

    • Tijos

      Cher Abi,

      La seule alternative pacifique est que Pierre Nkurunziza dégage. Il sera responsable de tous les maux que le peuple va subir.

    • lecteur14

      Pourquoi les manifestant devraient mourir selon toi? N’ont-ils pas droit de manifester ?

    • Nzobandora

      Abi,
      Quand tu dis envoyer les gens à la boucherie qui seront donc les bouchers selon toi??De toute façon le maire et parmi ceux-là car il est décidé à combattre (surement par la violence) les manifestations pacifiques.
      Au moins les responsables du probable bain du sang sont connus d’avance et de toute façon le troisième mandat sera combattu par la majorité des burundais sommes décidés (de toute horizon) et le groupe s’élargit du jour le jour

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