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Le calvaire des journalistes d’Iwacu

JOUR 9

30/10/2019 Abbas Mbazumutima Commentaires fermés sur Le calvaire des journalistes d’Iwacu : JOUR 9
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Par Abbas Mbazumutima
 
«Prions et croisons les doigts ! » , tels sont les mots du groupe de journalistes partis à la prison de Bubanza dans l’après-midi de ce mercredi 30 octobre pour rendre visite aux quatre reporters du Groupe de Presse Iwacu et leur chauffeur poursuivis pour «complicité d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat».

Ce mercredi, ils sont au 9ème jour de leur incarcération. A de moins de 24 heures de la fin du délai annoncé par la Chambre de conseil au Tribunal de Grande Instance de Bubanza pour se prononcer sur la confirmation de leur détention préventive ou… leur mise en liberté.

«Nous espérons que nous allons rentrer ensemble ce jeudi et fêter cela si bien entendu les juges décident en âme et conscience de dire le droit et rien que le droit», lancera un journaliste senior de ce groupe de professionnels des médias partis réconforter Agnès Ndirubusa responsable du service politique, Christine Kamikazi de la web radio , Egide Harerimana du service anglais, Térence Mpozenzi, photographe et leur chauffeur Adolphe Masabarakiza.

Ce mercredi, on n’a pu parler avec nos collègues qu’à travers des barres de fer de la prison qui gâchent toute convivialité. Une sorte de ’’mur des Lamentations’’. Le brouhaha des autres détenus qui s’affairent dans le corridor, un petit espace de liberté, nous empêche d’échanger à l’aise. Mais de temps en temps des éclats de rire fusent. Quelques policiers restent dans les parages et semblent tout épier. Séparés par les barres de fer, bisous et chaleureuses poignées de main habituelles entre nous sont impossibles.

«Il faut garder espoir ! Soyez courageux !» ponctuent nos phrases pour leur dire au revoir dans l’attente du verdict de la Chambre de conseil ce jeudi 31 octobre.

On se quitte en se regardant droit dans les yeux et, chacun se répétant intérieurement que l’on exerce un métier de plus en plus difficile, mais que l’on aime tellement.

Nous repartons sur Bujumbura avec tristesse et espoir. A demain les amis.

Le mardi 22 octobre, vers midi, une équipe du journal Iwacu dépêchée pour couvrir des affrontements dans la région de Bubanza est arrêtée. Christine Kamikazi, Agnès Ndirubusa, Térence Mpozenzi, Egide Harerimana et leur chauffeur Adolphe Masabarakiza voient leur matériel et leurs téléphones portables saisis. Ils passeront une première nuit au cachot, jusqu'au samedi 26 octobre. Jusqu'alors, aucune charge n'était retenue contre eux. Mais le couperet est tombé : "complicité d'atteinte à la sécurité de l'Etat". Depuis l'arrestation de notre équipe, plusieurs organisations internationales ont réclamé leur libération. Ces quatre journalistes et leur chauffeur n'ont rien fait de plus que remplir leur mission d'informer. Des lecteurs et amis d'Iwacu ont lancé une pétition, réclamant également leur libération. Suite à une décision de la Cour d'appel de Bubanza, notre chauffeur Adolphe a retrouvé sa liberté. Ces événements nous rappellent une autre période sombre d'Iwacu, celle de la disparition de Jean Bigirimana, dont vous pouvez suivre ici le déroulement du dossier, qui a, lui aussi, profondément affecté notre rédaction.

Suite à la décision du CNC, vous ne pouvez ni réagir ni commenter cet article.

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