Vendredi 01 mars 2024

Editorial

La chasse aux fonctionnaires fictifs

05/05/2023 6

Le ministère de la Fonction publique, du Travail et de l’Emploi vient de suspendre le salaire de 432 fonctionnaires à partir du mois d’avril. « Suite aux anomalies constatées dans le payement des salaires de certains fonctionnaires qui transitent sur un même compte ». Pour le ministre, les fonctionnaires et agents civils de l’Etat qui seront frappés par la mesure devront se présenter à la direction générale de la Fonction publique munie de tout document attestant qu’ils sont réellement au travail. Mais il n’a pas daigné préciser le montant équivalant qui est détourné du trésor public. Il a promis aux journalistes un autre rendez-vous pour leur parler des cas des fonctionnaires qui perçoivent plusieurs salaires à la fois et « des gens nés en 1 900, 1930 qui continuent à percevoir les salaires. »

L’affaire fait grand bruit. Le phénomène des fonctionnaires fictifs est toujours bel et bien présent au Burundi. Une question est sur toutes les lèvres : Pourquoi les gouvernements qui se succèdent ne parviennent-ils pas à les débusquer du fichier solde de l’Etat et les traduire devant la Justice ? Et ce, en dépit des innombrables déclarations des ministres pour mettre fin à ce fléau qui saigne les caisses de l’Etat. Une enquête de 2009 a révélé des pertes de l’ordre d’un million de dollars américains pour le Trésor public suite à ce phénomène de fonctionnaires et agents fantômes de l’Etat.

Par Léandre Sikuyavuga, Directeur du groupe de presse Iwacu

Le ministre d’alors a annoncé un combat sans merci aux fonctionnaires et agents fictifs de l’Etat et les percepteurs indus de plusieurs salaires à la fois suite à l’introduction d’« un savant logiciel dit Open PRH ». Devant les députés le 26 septembre 2018, le ministre de l’époque ayant la Fonction publique dans ses attributions dira que les directeurs ne communiquent pas à temps les fonctionnaires qui ne sont plus au travail. Gaspard Kobako, à la tête de ce ministère de 2003 à 2005 dénoncera la complicité entre les services postaux qui gèrent les « comptes des sans compte » et ceux de la Fonction publique. Il a mis en place une commission qui est parvenue à recouvrer 300 millions. Mais hélas : « Nous avons été combattus par notre collègue ayant les postes dans ses attributions… Cet argent a servi à rénover l’immeuble abritant les postes…. Une complicité à haut niveau. »

Cette affaire des fonctionnaires fictifs n’est que la partie émergée de l’iceberg, dira un ancien haut cadre du ministère. Le phénomène est transversal et touche d’autres ministères sectoriels. En plus de ce qui a été mentionné, il s’en prend aux autres pratiques qui alourdissent le budget de l’Etat : « Des fraudes qui vont de la falsification de la durée des missions à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des financements de projets fictifs, des faux salaires, des faux avancements et fausses pensions … »

La liste n’est pas exhaustive.

Entre-autres solutions, il propose une opération de comptage physique, la mise en place d’une commission permanente de discipline de la Fonction publique, la création d’un organe spécialisé dans le traitement des salaires des agents de l’État, le virement individualisé des salaires et pensions et la dématérialisation des bons de caisse.

En définitive, il est urgent de repérer et de rayer de la fonction publique des personnes soupçonnées de diverses malversations financières. Pour y arriver, il faut opérer des réformes dans le secteur de la Fonction publique.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. Kanda

    A la fin, il faut publier ces listes sur les réseaux sociaux, peut-être que le salaire de mon grand-père tué en 1972 ou encore le salaire de ma tante tuée en 1993 sont encore perçus par le DG X et DAF Y. Nous allons réclamer notre argent auprès de ceux qui les percevaient toutes ces années.

  2. Rududura Claver

    Affaire Emmanuel Leubou : l’Etat camerounais a subi un préjudice de 5,587 milliards entre 2015 et 2016. Cet ancien chef de la cellule informatique de la Direction des dépenses du personnel et des pensions du ministère des Finances a été condamné à 104 ans de prison ferme pour détournement du budget de l’Éta pendant 10 ans. Le procureur spécial parle d’un coup d’Etat économique.
    Il a été détenteur de 2601 matricules fictifs représentant environ 1 800 000 000 de Fcfa par mois pendant 10 ans.
    Au Burundi on ne peut pas trouver des petits Leubou???

  3. Jereve

    Va-t-on ouvrir la boite de pandore ? Car cette escroquerie de percevoir les salaires des fonctionnaires fantômes existe bel et bien depuis longtemps. Certains parlent déjà de ce qui s’est passé pendant les évènements de 1972 où beaucoup de fonctionnaires ont été tués, d’autres ont fui ou disparu ; leurs biens, salaires et comptes en banque saisis. Ça n’étonnerait personne si on découvrait que les salaires des disparus ont continué à être versés puis empochés par quelqu’un d’autre. C’était facile, car il n’y avait pas de certificat de décès ou avis de disparition pour arrêter la procédure de paiement des salaires.
    Il y a eu d’autres événements sanglants y compris les plus récents qui ont vu périr beaucoup de monde et poussé beaucoup de fonctionnaires à l’exil. Dans un pays où la corruption se porte bien, il n’est pas exclu que certains agents véreux aient profité pour garder les absents et disparus dans les listings de paie et empocher leurs salaires.
    Enfin, je vous fais part d’une histoire personnelle dont il n’est pas nécessaire de préciser les dates et les noms. Etudiant à l’Université du Burundi, j’ai été arrêté par la documentation, accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Puis conduit à la prison de Mpimba, pour finalement découvrir après quelques mois de détention que les suspicions et accusations n’étaient que bidon. Le mal était fait, car j’ai ainsi perdu une année académique. C’est quand j’ai réintégré l’UB que j’ai découvert que pendant que j’étais hors circuit ma bourse avait continué à être versée à mon nom, mais perçue par quelqu’un d’autre qui signait à ma place. J’ai voulu m’insurger, mais l’on m’a tout simplement conseillé de me taire, si je ne voulais pas retourner en prison!
    Il faudrait une commission pour mettre à nu toutes ces malversations.

  4. Eddry

    Les salaires de plus de 400 salariés de la fonction publique ne peuvent pas être détournés par de simples agents qui sont chargés de virer ces salaires sur un même compte.

  5. Gacece

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Numéro_d%27assurance_sociale (Canada)
    https://en.wikipedia.org/wiki/Social_Security_number?oldid=673919560 (États-Unis – en anglais)

    Pour éliminer ce problème directement à la racine, le Ministère de l’Intérieur burundais pourrait s’inspirer du contenu des liens ci-dessus. Sans ces numéros, personne ne peut travailler légalement.

  6. Bite

    Le Buruni est un petit pays et peu de fonctionnaires pour qu’on ne parvienne pas à reconnaitre les personnes impliquées dans ces affaires. Mais que font l’assemblée nationale et l’inspection d’état. Ils ont l’obligation de contrôler les services du gouvernement.

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