Secteur clé de l’économie burundaise, la filière café traverse aujourd’hui une période difficile. Entre pénurie des intrants, baisse de l’intérêt des jeunes et contraintes logistiques, les producteurs et agronomes de la commune Ruyigi tirent la sonnette d’alarme.
Le café est la première culture industrielle du Burundi. Il représente jusqu’à 80% des devises qui rentrent dans le trésor public. Cependant, ce secteur fait face à moults défis. Le souhait du président Evariste Ndayishimiye de voir chaque producteur disposer de plus de vingt mille plants de café est loin d’être satisfait.
Joseph Ngogwa est parmi les rares caféiculteurs qui restent de la colline Rukoti, dans la zone Butezi. Propriétaire de plus de 4 000 caféiers, il déplore le manque d’insecticides pour lutter contre les ravageurs. « Nous avons peu d’insecticides. Il est très difficile de traiter cent caféiers. Cela fait plus de trois décennies que je suis dans ce secteur et c’est pour la première fois que je me retrouve dans une telle impasse », se désole-t-il.
Ce septuagénaire indique également que le café était jadis une source de revenus pour de nombreuses familles. Aujourd’hui, il fait remarquer que la filière est moins rémunératrice et attire de moins en moins les jeunes. Les raisons sont multiples. Selon lui, certains caféiculteurs sont restés impayés depuis la précédente campagne. « Comment voulez-vous que nous ayons encore le courage de cultiver le café ? Nous investissons beaucoup sans retour ».
Dans un contexte où les sols deviennent de plus en plus pauvres et dépendent des intrants enrichis de Fomi pour améliorer la production, le retard dans l’approvisionnement en fertilisants aggrave la situation. Il exhorte le ministère en charge de l’agriculture à les rendre disponibles à temps.
Protais Bucumi de la même colline revient lui aussi sur les difficultés qui minent le secteur dont le manque de produits phytosanitaires. Selon lui, ces insecticides se font rares depuis deux ans.
Faible rémunération et mauvaises conditions de travail
Il dénonce également le faible prix rémunérateur par kg. « Moins de 3 000 FBu le kg est un prix dérisoire au regard des efforts fournis dans l’entretien et la production du café ».
Partant, la filière attire de moins en moins les jeunes qui préfèrent partir à l’étranger ou se tourner vers des cultures jugées plus rentables dont la plantation des arbres. « Si le gouvernement veut relancer le secteur et attirer la jeunesse, il doit revoir à la hausse le prix du kg ».
Malgré cinq ans d’efforts pour relancer la filière, Janvier Ndayiragije, président de l’association « Tugarukire igiterwa c’ikawa », constate un désintérêt grandissant des caféiculteurs sur la colline Rukoti.

D’après lui, en 2025, l’association, en partenariat avec l’Office burundais pour le développement du café, Odeca, a produit plus de 27 000 plants de café. Il fait remarquer que seuls 19 000 ont été distribués à la population. Les autres plants sont restés dans les pépinières malgré que la distribution soit gratuite.
Ce moniteur agricole juge la situation préoccupante. Il appelle l’Odeca à revaloriser la rémunération des multiplicateurs de caféiers afin de les motiver. « Cent FBu par plant, c’est insuffisant. Il faudrait au moins deux cent cinquante FBu » et signale que certains membres quittent déjà l’association faute de revenus suffisants.
Berchimas Mvyariye, agronome dans la zone Butezi, explique qu’auparavant, les agents agricoles recevaient des équipements pour mener à bien leur travail, notamment des gants et du matériel de pulvérisation. Mais, cette année, souligne-t-il, ils n’ont rien reçu malgré les risques liés à la manipulation des produits phytosanitaires.
Il fait savoir que, pour plus de 68 000 caféiers de sa colline, il n’a reçu que trois pulvérisateurs. « Il est presque impossible de couvrir toute la colline dans ces conditions. « Chaque cycle de traitement peut durer au moins deux semaines ».
Il appelle le ministère de tutelle à leur fournir des moyens suffisants.
Cet expert souligne également qu’il recevait auparavant cinq litres de produits phytosanitaires ou plus avant de faire observer que, cette saison, il n’a obtenu qu’un litre et demi, une quantité qu’il juge largement insuffisante.
En outre, souligne cet agronome, les engrais minéraux de type NPK, essentiels pour améliorer la fertilité des sols et la productivité des caféiers, font cruellement défaut. Il estime que toutes ces difficultés contribuent à l’abandon progressif de la culture du café dans leur zone.
L’Odeca se veut rassurant
Le directeur général de l’Odeca, Ir Oscar Uwikunda, reconnaît certaines difficultés rencontrées dans cette filière notamment la pénurie des engrais de la société Fomi.
Pour pallier cela, il recommande l’usage des engrais organiques qui, d’après lui, sont essentiels afin de maintenir la production.
A la question de la pénurie des produits phytosanitaires, il admet des stocks limités. Afin de mieux gérer cette situation, des comités chargés de superviser la distribution ont été mis en place aux niveaux collinaire et provincial.
Concernant le prix du café, le directeur général se montre confiant.
Il souligne que le prix du kg a doublé cette année. « Le café cerise A est passé de 1 380 à 2 800 FBu ».
Cette hausse reflète, d’après lui, les efforts du gouvernement pour soutenir les producteurs. Il ajoute qu’une somme de 4 milliards de FBu a été mobilisée pour la distribution gratuite des plants de café.
Des efforts supplémentaires sont nécessaires

Patrice Ndimanya, économiste et spécialiste de la culture du café, indique que la filière fait face à de nombreux défis dont la non publication des statistiques par l’Odeca. Il précise également qu’une partie du café de la campagne précédente est toujours stockée dans les entrepôts de l’Odeca.
Toutefois, M. Ndimanya reconnaît les efforts des autorités pour redonner de l’élan à la filière notamment la hausse du prix du kg. Selon lui, des alternatives moins coûteuses existent pour pallier la pénurie des engrais enrichis de la Fomi, comme la fabrication d’engrais liquides à la maison.
L’économiste souligne que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour relancer le secteur. Il rappelle qu’au moment où le gouvernement soutient la production de l’avocat, il devrait agir de la même manière pour le café. « Le potentiel de productivité est là ».
M. Ndimanya souligne que les tendances mondiales sont favorables. Il estime que c’est au gouvernement de se donner des moyens pour réussir. « La volonté politique accompagnée d’un plan d’action est indispensable ».
Quelques chiffres
Dans son rapport annuel de juillet 2025 sur les indicateurs de la conjoncture économique, la Banque de la République du Burundi indique qu’au cours de la campagne 2024/2025, les apports de café parche ont augmenté de 45,9 %. Ils se sont établis à 4 508,0 tonnes contre 3 089,5 tonnes à la même période de la campagne précédente.
Cependant, la production cumulée de la campagne en cours a légèrement baissé. Elle s’élève à 4 772,6 tonnes contre 4 959,9 tonnes à la même période de la campagne 2024/2025.





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