Le 29 janvier, l’Association burundaise des écrivains a organisé le vernissage du roman L’amant de maman, la nouvelle œuvre de l’écrivaine Jeanne d’Arc Nduwayo. La cérémonie, placée sous le signe de la littérature et de la réflexion sociale, a réuni un public varié composé de passionnés du livre et de la lecture, d’étudiants, de professeurs, de journalistes ainsi que de responsables administratifs et politiques, tous venus découvrir cette œuvre audacieuse.
Roman dense et profondément introspectif, L’amant de maman plonge le lecteur dans les méandres d’une histoire familiale marquée par les non-dits, les silences et les blessures invisibles.
L’intrigue est centrée sur Sarah Kavumu, une jeune femme confrontée aux secrets enfouis au cœur de sa famille, secrets qui fissurent les relations et l’obligent à une douloureuse mais nécessaire quête intérieure.
À travers ce personnage, Jeanne d’Arc Nduwayo explore avec finesse les zones d’ombre de l’intime, questionnant la place des émotions, leur répression et leurs conséquences sur les trajectoires individuelles. L’écriture, à la fois sensible et lucide, se distingue par un engagement psychologique assumé.
L’auteure y souligne l’importance vitale de dire, de comprendre et d’exister autrement, dans une société où certains sujets demeurent tabous. L’ouvrage interroge ainsi les fractures silencieuses qui minent les familles et, au-delà, la société tout entière.
La cérémonie a également été marquée par la présence de la ministre de la Jeunesse, du Sport et de la Culture, Lydia Nsekera, qui a honoré l’événement de sa participation.
Dans son discours, elle a rappelé que « le développement littéraire est inscrit dans le programme de la Vision Burundi 2040–2060, à l’objectif 21, qui concerne la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel et naturel, notamment à travers le renforcement des industries culturelles. Cet alinéa précise qu’il faut mettre l’accent, entre autres, sur la littérature ».
La ministre a ajouté que cette activité constituait « un témoignage du soutien inconditionnel du Burundi à la création littéraire », soulignant qu’« un peuple qui ne rêve pas n’écrit rien de lui-même, un peuple qui n’écrit rien ne réfléchit pas, et un peuple qui ne lit pas est semblable à un peuple affamé, car il ne se développe pas ».
Un roman qui interpelle la société
La rencontre a offert au public l’occasion d’échanger directement avec l’auteure. Plusieurs questions ont porté sur les thématiques sensibles abordées dans le roman, notamment celles liées aux relations extra-conjugales, un sujet encore difficile à évoquer publiquement dans la société burundaise. Le public a salué le courage de Jeanne d’Arc Nduwayo pour avoir osé mettre en lumière ces réalités souvent passées sous silence.

Présent à la cérémonie, le chef de bureau chargé des affaires politiques et socioculturelles, Jean-Claude Karerwa Ndenzako, passionné de lecture, a plaidé pour un soutien accru aux écrivains.
Il a suggéré la mise en place de mécanismes de financement, notamment à travers certaines taxes sur des produits divers, afin d’encourager les auteurs et de favoriser l’adaptation des œuvres littéraires en formats audiovisuel et cinématographique. Il s’est engagé à transmettre ces propositions aux décideurs.
Interrogée sur les raisons qui l’ont poussée à aborder un sujet aussi délicat, Jeanne d’Arc Nduwayo a expliqué : « J’observe ce qui se passe dans la société. Les faits sociaux me montrent qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Comme artiste, j’ai dû prendre mon courage à deux mains pour parler de ces choses qui sont tues, des choses que les gens n’aiment pas aborder à haute voix, alors qu’elles causent, au final, de graves problèmes dans les foyers. L’amant de maman raconte notamment l’histoire de relations extra-conjugales ».
Elle précise le message central de son roman : « Vous trouverez les conséquences néfastes des relations extra-conjugales dans ce livre. Le message est d’éviter, de bannir ces relations qui nous déstabilisent, qui nous empêchent de rester sur le droit chemin, qui freinent le développement et qui nous déconcentrent même dans notre travail ».
Pour l’auteure, ces pratiques ne doivent en aucun cas être encouragées. « Les relations extra-conjugales ne sont pas du tout à encourager, et c’est ce que je montre clairement dans ce roman », insiste-t-elle.
« Nous sommes en train de perdre des jeunes bien formés »
Jeanne d’Arc Nduwayo a également exprimé sa préoccupation face au désintérêt croissant de la jeunesse pour la lecture. « Les élèves et les étudiants ne lisent plus, et cela entraîne une baisse du niveau scolaire et de la capacité de compréhension. Nous sommes en train de perdre des jeunes bien formés, une véritable élite, parce que la lecture, qui devait leur donner plus de connaissances, est négligée », déplore-t-elle.
Selon elle, le livre demeure un pilier essentiel du développement. « Il faut d’abord soigner la base, qui est l’éducation. Et l’outil le plus important de l’enseignement, c’est le livre. Il faut que le livre retrouve sa place auprès des autorités publiques afin que sa valeur soit réellement reconnue », affirme-t-elle.
L’écrivaine souligne enfin que la lecture ouvre l’esprit, renforce l’analyse critique et permet de tirer des leçons des expériences d’ailleurs, contribuant ainsi au progrès du pays. Elle nourrit également le rêve de voir ses œuvres adaptées au cinéma, au théâtre et à d’autres formats audiovisuels, afin d’atteindre un public plus large.
Jeanne d’Arc Nduwayo lance un appel à la jeunesse : aimer la lecture et oser écrire. « Les jeunes ont des réussites, des échecs, des histoires à raconter. Il faut qu’ils prennent la plume et qu’ils racontent », exhorte-t-elle.


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