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Interview avec Dr. Samuel Bunani : « Les eaux usées peuvent être réutilisées une fois bien traitées. »

Malgré son importance, le lac Tanganyika est menacé par la pollution. Plusieurs facteurs dont les eaux usées et les fertilisants en sont à la base. Dr Samuel Bunani, enseignant-chercheur à l’Université du Burundi, département de Chimie, s’exprime. Il propose aussi des solutions pour transformer ces eaux usées en opportunité.

Quelle est la situation de la pollution du lac Tanganyika ?

C’est vrai, ses écosystèmes sont menacés par plusieurs défis dont la pollution.  Il y a la pollution par des eaux usées,  la pollution plastique et micro plastique, l’asphyxie de l’eau due aux apports toxiques en provenance du lessivage des sols qui ont subi une application intense des engrais chimiques.

Dernièrement, lors d’une conférence publique, vous avez souligné que les fertilisants peuvent être aussi une source de pollution.  Comment ?

La fertilisation du sol pour augmenter la production agricole est généralement incontournable.  Les engrais chimiques utilisés lors de cette fertilisation sont souvent des substances chimiques inorganiques qui comprennent des nutriments des plantes comme l’azote et le phosphore.

Lorsque les pluies tombent, il y a lessivage des sols qui provoque le transport des quantités excessives d’azote et du phosphore contenus dans le sol vers les réservoirs d’eau.

Ainsi, cet azote et ce phosphore dans leurs différentes formes atteignent les différents compartiments de l’environnement, à savoir le sol, l’eau et l’air.

Focalisons-nous sur l’eau

Si on insiste sur le compartiment eau, l’azote excédentaire du sol s’oxyde en oxydes d’azote (NOx) qui s’infiltrent pour dégrader la qualité des eaux de la nappe phréatique. Ces nutriments (azote et phosphore) sont lessivés vers le lac et entraînent l’eutrophisation du lac qui est responsable de la prolifération d’algues et bactéries qui absorbent l’oxygène dissout dans l’eau. Ce qui provoque ainsi l’asphyxie aquatique.

Que peut-on comprendre par eutrophisation ?

C’est un déséquilibre des écosystèmes aquatiques provoqué par la présence excessive des nutriments comme l’azote et le phosphore dans l’eau.

A quelle proportion deviennent-ils nuisibles pour le lac ?

Chaque pays ou continent dispose des normes de rejet des eaux usées dans les lacs ou les eaux de surface vis-à-vis de tel ou tel autre polluant ou milieu récepteur.

Les seuils précis dans le bassin du lac Tanganyika sont régis au niveau national par l’Ordonnance ministérielle conjointe n°770/468 du 25 mars 2014 au Burundi, et harmonisés à l’échelle régionale selon les standards de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC).

Que faire donc pour arrêter ce phénomène ? 

Dans le but de stopper l’eutrophisation du lac, les limites de rejet pour ces nutriments sont établies comme suit : Azote total (N) : Maximum 10 mg/l à 20 mg/l, Ammonium (NH4+)) : Maximum 5 mg/l, Phosphore total (P) : Maximum 2 mg/l à 5 mg/l.

Le phosphore est le paramètre le plus surveillé pour bloquer les proliférations de végétaux invasifs comme la jacinthe d’eau.

En plus de ces nutriments, il y a d’autres paramètres dont on doit surveiller les limites notamment les matières organiques, le PH et la température de l’eau ainsi que les métaux lourds issus des différentes sources.

Comment ces nutriments agissent-ils sur la biodiversité du lac ?

Plus haut, j’ai évoqué l’asphyxie aquatique, c-à-d. qu’avec cette pollution par les nutriments, la respiration dans le lac n’est pas possible. D’où, la mort des espèces dépendantes d’oxygène dissout dans l’eau pour leur survie. Une autre chose est qu’avec cette prolifération des algues, des bactéries et des plantes envahissantes, il y a sur l’eau, la  formation d’une couche qui bloque la pénétration du soleil dans l’eau. Ainsi, la chaine alimentaire est coupée puisqu’il n’y a plus de photosynthèse.

Certains analystes disent que beaucoup de poissons du lac Tanganyika meurent de vieillesse par manque de techniques modernes de pêche.  Etes-vous de cet avis ?

Que les poissons du lac Tanganyika puissent mourir de vieillesse dans le lac faute de techniques de pêche développées, je ne peux pas l’affirmer ou l’infirmer du moment que je n’ai pas une expertise dans la pêche. Mais, c’est que je peux affirmer et réaffirmer est que ces éléments chimiques y sont pour grand-chose. Ces phénomènes d’anoxie (manque d’oxygène) et de manque du soleil sont responsables de la mort des poissons et d’autres espèces vivant dans le lac.

Existent-elles des techniques de traitement de ces déchets avant d’être déversées dans le lac ?

Il existe bel et bien des techniques de traitement des eaux usées urbaines, domestiques et industrielles avant leur rejet dans les lacs. Ces techniques peuvent être physiques, biologiques et ou chimiques. La station d’épuration (STEP) de Buterere est un exemple concret où des processus de traitement biologique se passent dans les différents bassins pour éliminer les matières organiques, l’azote et le phosphore.

Mais, il peut y avoir des dysfonctionnements ou le dépassement de sa capacité. Ce qui fait que l’eau peut être rejetée via la rivière Kinyankonge avec des niveaux élevés de ces polluants.

On ne peut pas aussi oublier que ce n’est pas toutes les industries ou tous les quartiers qui sont connectés sur la STEP de Buterere. Bien que des camions vidangeurs aident à transporter ces eaux des non connectés vers là, certaines quantités sont déversées dans le lac directement sans prétraitement préalable.

Avec l’extension de la ville et l’évolution industrielle de Bujumbura, la production des eaux usées a fortement augmenté. Ce  qui fait que la capacité de la STEP est dépassée.

Qu’est-ce que vous proposez ?

Actuellement, on devrait penser autrement, c.-à-d. voir ces eaux usées non pas comme une menace mais plutôt comme une ressource.

Comment ?

Ces eaux usées peuvent être réutilisées pour différents usages une fois bien traitées. Mon équipe de recherche à l’Université du Burundi est à l’œuvre pour concevoir et évaluer les procédés de traitement pouvant valoriser les eaux usées biologiquement traitées de la STEP.

Ces traitements envisagés sont basés sur des technologies membranaires qui produiront un effluent réutilisable pour l’irrigation des cultures. D’un autre côté, des procédés de récupération des nutriments pour en fabriquer un engrais vert liquide est en cours d’évaluation par la même équipe. Les résultats déjà obtenus sont très encourageants et prometteurs. A la fin de ces études, la mise en application de ces résultats de recherche va permettre le recyclage des rejets de la STEP et on aura coupé la pollution du lac Tanganyika par la STEP.

Que signifie technologies membranaires ? Et quels sont ces résultats ?

Les technologies membranaires sont des procédés physiques semi-perméables utilisés pour la séparation sélective des substances dissoutes dans l’eau. Quant aux résultats, il faut attendre en peu.

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