Lundi 23 mars 2026

Santé

« Le cancer n’est pas une fatalité » : le combat d’une survivante burundaise

06/02/2026 1
« Le cancer n’est pas une fatalité » : le combat d’une survivante burundaise

Le 4 février de chaque année, c’est la Journée mondiale de lutte contre le cancer. Cherté des soins, insuffisance de médecins spécialisés dans le traitement du cancer, démoralisation, … telles sont, entre autres, les difficultés que rencontrent les malades du cancer. Agrippine Nyandwi est une survivante du cancer du sein. Aujourd’hui, à la tête d’une organisation des malades du cancer, elle raconte ce qu’elle a vécu.

 

Vous avez survécu au cancer. Racontez-nous votre parcours.

Ma maladie a commencé en 2012, mais je me faisais soigner sans savoir ce qui rongeait mon corps. C’est en 2015, alors que je me trouvais au Canada pour mes études, que les signes se sont réellement manifestés. J’ai passé une mammographie – cet examen radiographique du sein – dont le résultat n’a montré aucune inquiétude.

En mai 2016, de retour au Burundi, j’ai consulté dans plusieurs cabinets médicaux sans qu’on puisse identifier ma maladie. J’ai alors décidé de retourner au Canada pour des soins.

Mais avec un système de santé développé, comment expliquer cet échec ?

Le traitement du cancer y est extrêmement cher. Un simple scanner coûte 1 800 dollars canadiens. Les oncologues eux-mêmes me demandaient si j’allais pouvoir supporter ces coûts. Face à cette réalité, je suis rentrée au pays avant de partir en Inde, où le diagnostic a enfin été posé.

Quelle différence de coût avec le Canada ?

En Inde, un scanner coûte 250 dollars contre 1 800 au Canada. Vous voyez l’écart. Après une semaine de tests, le cancer du sein a été diagnostiqué. La biopsie – cet examen qui consiste à prélever un échantillon de tissu pour l’analyser au microscope – a révélé des cellules cancéreuses dans un ganglion au niveau de l’aisselle.

Quand avez-vous démarré le traitement ?

En septembre 2016, jusqu’en février 2017. Le traitement se faisait par cycles de trois semaines, avec trois séances par cycle. Chaque séance coûtait 1 000 dollars. Même avec mes propres moyens, je n’ai pas pu tout assumer. J’ai dû solliciter des sponsors, des cotisations dans la famille et chez les amis.

Comment votre famille a-t-elle réagi à l’annonce ?

La nuit où j’ai annoncé le diagnostic à mon mari, nous n’avons pas dormi. Il était très touché, se demandant comment nous allions affronter cette épreuve et supporter les coûts.

Paradoxalement, mes enfants m’ont réconfortée : « Maman, ne t’inquiète pas. Il y a Dieu qui guérit toutes les maladies. » En revanche, certains membres de la famille proche ont déjà prédit ma mort. Certains ont même fait mon deuil par anticipation.

Qu’est-ce qui vous a poussée à créer une association de malades du cancer ?

Mon parcours m’a fait réfléchir. Moi, je parvenais à payer les tests dans des cabinets privés. Mais comment une personne sans emploi ou vivant dans une zone reculée pourrait-elle se faire soigner ? Ces interrogations m’ont poussée à créer une association pour plaider la cause des personnes atteintes de cancer.

Quels sont les principaux défis pour les malades du cancer au Burundi ?

Le premier défi est le diagnostic. À mon époque, certains médecins ne soupçonnaient pas le cancer même devant des signes évidents, sauf en présence d’une tumeur visible. Certains passaient directement à l’opération sans faire de biopsie.

Ensuite, les oncologues sont quasi inexistants au Burundi. Les appareils de diagnostic manquent cruellement. Nous n’avons qu’un seul laboratoire, Bujapath, qui effectue la biopsie pour le cancer du sein et le cancer du col de l’utérus. Pour les autres localisations, rien.

Qu’en est-il de la couverture assurantielle ?

Il n’existe aucune assurance cancer généralisée. J’ai tenté une démarche auprès de la Mutuelle de la Fonction publique, sans succès pour l’instant. Une personne peut souscrire individuellement à une assurance privée, mais le pourcentage est prohibitif. Quand j’étais malade, j’ai sollicité une assurance privée : le cancer en était exclu. Pour dire que le cancer du sein n’est pas couvert par les assurances maladie classiques.

Vous avez évoqué l’isolement des malades…

La population burundaise n’a pas encore accepté cette maladie. Beaucoup de personnes refusent qu’on les identifie comme malades du cancer. Certains ne veulent même pas que leur famille le sache.

Je reçois régulièrement des appels où l’on me demande de garder le secret. Je comprends : quand on m’a annoncé mon diagnostic, j’ai perdu tous mes repères. Je me demandais comment m’y prendre, comment la famille allait réagir.

Beaucoup de Burundais croient encore que cancer égale mort. Je leur dis : non, ce n’est pas une fatalité. On peut se faire soigner, il y a des traitements. Certes, pas suffisamment au Burundi, mais ailleurs oui. Et si le cancer est diagnostiqué précocement, il peut être guéri.

Quel est votre message au gouvernement ?

Vu les coûts exorbitants, je demande à l’État de mettre en place un système d’assurance cancer généralisé. Une personne seule ne peut pas supporter ces frais.

Et votre rêve ?

Cancer zéro au Burundi. Ou du moins voir notre pays se doter d’un centre de cancérologie où tout malade pourrait bénéficier de soins appropriés, sans être obligé de partir à l’étranger.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Ludwig P.

    Le drame du monde et du pays dans lequel nous vivons actuellement est que la compassion n’est plus une valeur.Malheureusement chacun doit se battre pour trouver les moyens pour aider sa famille et soi même.Certainement que l’État du Burundi sa priorité n’est pas de donner l’argent pour un centre de cancerologie.Il n’en a probablement pas les moyens non plus.Le Burundi est un pays pauvre.Que chaque citoyen contribue à ce centre parce que personne d’autre ne le fera à sa place.Bref que les burundais se mettent ensemble pour réaliser ce centre quels que soient leurs moyens financiers.N’attendez rien de personne.

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