Dimanche 03 mars 2024

Société

Gitega/ Relations élèves-enseignants : Des stratégies pour prévenir des dérapages

03/05/2023 Commentaires fermés sur Gitega/ Relations élèves-enseignants : Des stratégies pour prévenir des dérapages
Gitega/ Relations élèves-enseignants : Des stratégies pour prévenir des dérapages
L’ECOFO Rwingiri, l’établissement que fréquentait la fillette de 5 ans violée par son directeur

Les relations extra-scolaires entre élèves et enseignants finissent souvent en violences basées sur le genre. Les autorités de l’école, les parents, l’administration, la justice, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice pour prévenir ce fléau qui va grandissant dans les établissements scolaires. Certaines écoles ont pris le lead dans la prévention de ce fléau par des mesures préventives, malgré des obstacles persistants.

Il est 11h 48, le centre de Bugendana de la province Gitega est calme. Des gens discutent devant des bars et des chèvres attendent pendues pour être mises en brochettes. Derrière cette image classique d’un centre urbain se cache une vérité bien sombre. Il s’agit du cas de Claude Bacinoni, directeur de l’ECOFO Rwingiri. L’histoire remonte à 2018 lorsqu’il a violé une fillette de la 5ème année primaire.

La justice a fait son travail et l’a condamné à une sentence de 15 ans d’emprisonnement et 2 millions 100 mille BIF d’amende. Mais voilà que le monsieur vient de retrouver la liberté après seulement 5 ans derrière les barreaux. Rénovat Gahungu, le père de la victime, n’en revient pas lorsqu’il apprend que l’auteur du viol de sa fille est en liberté avant l’échéance de la peine infligée.

La tristesse se lit sur son visage. Il articule difficilement. Il n’est pas du tout content de la nouvelle : « C’est maintenant que je l’apprends. Je n’en reviens pas tout simplement et je ne vois même pas ce que je dois faire parce que je suis un simple citoyen sans moyens. »

Un défenseur des droits des enfants à Bugendana a fait feu de tout bois pour que l’auteur soit mis devant la justice. A l’époque, il était coordinateur de cette organisation au niveau provincial.

Et son intervention a été cruciale. « Le directeur a entraîné la fillette dans son bureau et l’a violée. Une femme qui a vu la fillette en pleurs sortir du bureau avec de l’argent que le directeur lui avait donné pour ne rien dire a directement alerté les parents de l’enfant qui nous ont à leur tour contacté », raconte le point focal de Fenadeb à Bugendana. Et de continuer : « On a saisi les instances habilitées et la justice a condamné l’auteur a une prison de 15 ans et une amende de 2 millions 100 mille BIF, mais ce qui est étonnant c’est que tout le monde le voit en train de danser et boire de la bière sans avoir achevé la peine infligée par le tribunal. »

Le jugement est enregistré à la cour d’appel de Gitega sous le numéro RPA 2495/Gitega. L’auteur a interjeté l’appel à Bujumbura sous le numéro RPC 4127. « En ce qui est du jugement à Bujumbura, on ne nous a pas mis au courant. Ma fille ne sait rien de la libération de son agresseur et je ne sais pas ce qui va se passer quand elle va l’apprendre », se désole le père de la victime. Et d’enchaîner avec un grand regret : « A l’époque, tous les élèves se moquaient d’elle a son école. Elle a été contrainte d’abandonner l’école tout simplement. Maintenant elle œuvre dans des associations ou elle laboure les champs. »

Relations élèves-enseignants « limitées aux études »

Le Lycée Sainte Bernadette de Gitega essaie de combattre les violences basées sur le genre. Certaines mesures ont été prises pour prévenir le fléau des relations entre élèves et enseignants qui peuvent dégénérer en VBG, et cela porte des fruits. « Avec l’appui de FAWE Burundi, nous avons pu mettre en place des clubs dans lesquels les élèves peuvent être sensibilisés et dans ces différents clubs on parle aux élèves », fait savoir la directrice, Sœur Béatrice Nizigama.

L’établissement a aussi mis en place des boîtes à suggestions dans lesquels les élèves peuvent dénoncer les abus auxquels ils peuvent faire face. « On a mis deux boîtes à suggestions dans deux endroits différents. L’une est devant mon bureau, l’autre est dans un endroit un peu à l’écart, ce qui permet aux élèves de ne pas se sentir gêner quand il s’agit de déposer une requête ou une plainte ».

La directrice poursuit, indiquant que c’est la tante-école et le père-école qui détiennent les clés et ce sont eux qui ont le droit de les ouvrir. Et de conclure : « Toutes ces mesures ont été prises non pas que ces cas de violence basées sur le genre s’observent dans notre lycée, mais en vue de les prévenir. »

Selon la tante-école Françoise Girukwishaka, les violences basées sur le genre existent, mais ce sont surtout les motards qui profitent de la pauvreté de certaines élèves et cela se passe en dehors du lycée. C’est là où il y’a l’intervention de la tante-école et du père-école. « En tant que responsables, nous faisons le nécessaire en prodiguant des conseils dans les clubs ». Pour elle, les parents devraient aussi contribuer à l’éducation des jeunes filles, car il lui semble qu’ils leur donnent le droit de faire ce qu’elles veulent. Ils devraient essayer de trouver un moment d’échanges et de conseils avec leurs enfants.

« On ne demande pas ceux qui veulent ou pas être père-école ou tante-école, ce sont les élèves qui choisissent. Moi, par exemple, je suis célibataire et on m’a informé du résultat du vote sans que je l’aie demandé. Je n’ai pas refusé ce rôle », renchérit Joseph Kwizera, père-école.

Selon lui, un cas isolé de violence basée sur le genre a failli avoir lieu, mais les boîtes à suggestions ont démontré leur efficacité. « Nous avons eu connaissance du cas grâce aux boîtes à suggestions. Nous sommes intervenus à temps et on a pu prodiguer des conseils à l’élève et à l’enseignant à temps et cela ne s’est plus produit depuis ».

Dans les clubs mis en place, les enseignements se basent sur le contenu du livret « Le monde commence par moi. » Entre autres conseils que le lycée prodigue aux élèves, la base est la relation saine qui doit exister entre élèves et enseignants. « Cela se limite aux études. En dehors, si cette relation dégénère, il y a la loi ».

D’après M. Kwizera, la proximité commence par le fait que certaines élèves fréquentent les mêmes bars que leurs enseignants. Dans ce cas, le rôle des parents devient primordial. « Les enseignants qui se comportent de cette manière devraient être dénoncés et mutés ailleurs », martèle le père-école. Pour lui, il devrait y avoir des punitions exemplaires envers les enseignants qui abusent des élèves qu’ils sont censés éduquer. Cela découragerait les autres.

« Nous privilégions les séances d’encadrement et d’évangélisation »

Des élèves en cours.

Sœur Victoire Nyabenda, directrice du Lycée Sainte Thérèse de Gitega (Ex-ENF), n’y va pas par quatre chemins. Elle se confie, dans un style décontracté. Elle a été directrice au Lycée Bukeye en province Muramvya avant de venir au Lycée Sainte Thérèse et elle ne manque pas d’expérience. « La question des relations entre élèves et enseignants est primordiale, vu que le lycée s’occupe exclusivement de l’éducation des filles. Ce serait scandaleux si une telle chose se produisait ici. Les éducateurs doivent considérer ces filles comme des œufs. C’est la culture burundaise », raconte-t-elle avec un ton sérieux.

Elle assure que les relations entre élèves et enseignants sont limitées au maximum : « Après les cours, aucun élève n’a le droit de chercher l’enseignant. En outre, seul le directeur d’internat est en communication avec les parents. » Elle fait savoir que le lycée a mis en place des séances d’encadrement et d’évangélisation : « Nous leur montrons ce que c’est l’éducateur et il y a un langage qui n’est pas toléré entre élève et éducateur. »

Sœur Victoire Nyabenda déplore que les élèves externes puissent échapper au contrôle strict imposé aux internes : « Les mauvaises relations entre élèves peuvent naître dans les ménages, mais malheureusement la conception de l’éducation est devenue autre et tout cela est accentué par l’évolution des moyens de communication, les réseaux sociaux. »

D’après la directrice, les programmes qui portent sur la santé sexuelle et reproductive n’arrangent pas les choses car ils constituent un frein à l’éducation des jeunes par rapport à la culture burundaise. « Je ne suis pas concepteur de programmes, mais il y a des programmes qui viennent les inciter à faire ceci et cela et les élèves choisissent souvent ce qui les arrange », déplore la sœur directrice du lycée Sainte Thérèse.

Le directeur de l’éducation en commune Gitega est d’un autre avis sur ce sujet : « Avant la conception de ces programmes, les violences basées sur le genre s’observaient en grand nombre, mais maintenant cela va en diminuant parce que les jeunes savent. Tout a été pris en compte dans la conception des programmes. »

Quid de la prise en charge des victimes ? Le centre Humura de Gitega forme une équipe composée par des représentants de la police, la justice et d’un médecin ainsi qu’un psychologue pour soutenir les victimes des violences basées sur le genre.

La coordinatrice de Humura de la province Gitega assure que ces cas de violence liés au genre existent dans la province Gitega, non seulement dans les écoles mais aussi dans la communauté. « Quand la victime se présente, il y’a un service médical qui est là pour le constat et le traitement, la police est avec nous pour appréhender l’auteur et ouvrir un dossier qu’elle va remettre à la justice.
On a aussi un psychologue qui assure l’écoute »
, souligne la coordinatrice. « Les violences liées au genre sont une réalité dans les écoles, et cela est dû à plusieurs facteurs, notamment la promiscuité entre élèves et enseignants, la pauvreté qui s’observe dans les ménages. Mais la cause majeure est l’éducation de nos enfants », constate la coordinatrice.

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