Politique

Gaspard Baratuza : «Des militaires fautifs sont toujours arrêtés»

Des récents rapports des organisations de la société civile font état d’arrestations des militaires Tutsi. Le porte-parole de l’armée balaie du revers de la main ces accusations.

gaspard-baratuzaLes proches des victimes auraient évoqué l’existence d’un plan d’arrestation de militaires ex-Fab. Que répondez-vous ?

A ma connaissance, ce plan n’existe pas. C’est un mensonge véhiculé par ceux qui veulent la division de l’armée pour leurs intérêts inavoués. Parce que ce corps constitue un obstacle à leur plan. Ils essayent de tout faire pour que ce corps se disloque. Ils ont commencé par la campagne « Bring back our soldiers ».

Ce qu’ils disent à travers ces rapports n’est que le prolongement de leur plan, celui de voir l’armée par terre. Mais ils ne réussiront pas car tout va bien à l’armée et le corps reste uni malgré leurs coups.

Qui sont ces gens dont vous parlez ?

Je ne voudrais pas ici citer des noms mais ils se reconnaîtront de toutes les façons.

Mais ces rapports donnent des exemples concrets des militaires arrêtés, lieu d’arrestations ou de kidnapping ?

Je voudrais mettre les choses au clair. L’on ne peut pas connaître tous les cas des militaires qui partent parce qu’ils ne disent pas où ils vont lorsqu’ils désertent. C’est pourquoi je doute de la fiabilité de ces disparitions mentionnées dans ces rapports.

Plusieurs organisations y compris l’ONU recommandent le rapatriement des militaires burundais si la situation se dégrade davantage. Pourquoi vous en prendre aux organisations de la société civile ?

Si une telle décision venait à être prise, la vie suivra son cours normal. Les militaires burundais vivaient avant ces missions et continueront à vivre après ces missions. Ce n’est pas quelque chose d’éternel. Par ailleurs, nous n’y allons pas en touristes, nos hommes sont tombés sur le champ de bataille. Je doute que ce même sang continue à couler si nous restons chez nous.

Ces mêmes rapports disent que ces militaires sont arrêtés parce qu’ils sont contre le 3ème mandat du président de la République.

Il n’y a aucun militaire qui a été arrêté parce qu’il est contre le 3ème mandat. Des militaires de toutes les ethnies confondues sont arrêtés parce qu’ils commettent des infractions et sont considérés comme des présumés.

Ils sont interrogés. Les innocents sont relâchés, les autres sont punis conformément à la loi. Quant à ceux qui parlent de mandat, la Constitution est claire sur ce point. Un militaire s’occupe de ce qui ressort de l’armée et le commandement qu’il reçoit de la hiérarchie. Celui qui s’occupe de la politique et des polémiques des mandats a perdu sa qualité de militaire.

Avez-vous un chiffre de ceux qui ont été arrêtés, interrogés puis relâchés et d’autres punis ?

Non, je n’ai pas de chiffre en tête mais tout ce que je peux vous dire c’est que les militaires fautifs ont toujours été arrêtés qu’ils soient Hutu, Tutsi ou Twa. Le règlement de la FDN est très clair.

D’aucuns se demandent s’il n’existe plus à l’armée des canaux de mise aux arrêts des militaires car depuis un certain temps, c’est le SNR qui est actif.

Ces mécanismes existent toujours à commencer par la police militaire jusqu’au tribunal militaire. Mais encore une fois, lorsqu’un militaire est arrêté pour d’autres raisons qui ne sont pas liées à son métier ou bien en dehors du cadre militaire, ces organes que vous citez ont le droit de l’arrêter et de l’interroger.

C’est dans la loi fondamentale. Par exemple si un militaire est arrêté dans un bistrot où il commentait des histoires de mandats, celui-là dira que l’armée ne s’intéresse pas à son cas alors qu’il sait pertinemment qu’il a violé le règlement militaire. Je crois qu’il faut faire la part des choses.

Le chef d’Etat-Major général de l’armée aurait, lors d’une récente réunion, demandé aux militaires de rester vigilants car il y a un risque imminent d’une attaque externe.

Ceux qui disent cela ignorent l’organisation de l’armée et le commandement militaire. D’abord le chef d’Etat-Major ne demande pas, il ordonne et les militaires exécutent.

Ensuite, pendant les moments de paix, les militaires se préparent à la guerre et pendant la guerre, ils font la guerre. C’est aussi simple que cela. Enfin, il n’y a aucune menace d’une attaque imminente car vous l’aurez sans doute su avec des activités militaires inhabituelles qui se font dans pareilles situations.


Un rapport accablant

Le récent rapport trimestriel de la Ligue Iteka parle d’un plan d’arrêter des militaires et policiers ex-Fab et donne des cas.

L’adjudant major Albert Kitaburaza, un ex-FAB informaticien à l’Etat-Major Général de la FDN est porté disparu depuis le 16 septembre 2016. Selon des sources, la victime a été accusée d’être contre le 3ème mandat du président Pierre Nkurunziza, lit-on dans ce rapport.

Et de citer trois militaires de grade de sous-officier et un OPJ qui sont portés disparus depuis le 13 septembre 2016. Il s’agit de l’adjudant Thaddée Gahungu, matricule 4105, du brigadier de la police principale de 1ère classe Innocent Girukwigomba, OPJ en zone urbaine de Musaga, de l’adjudant-chef Albert Kitaburaza, matricule 3779 et l’adjudant Ferdinand Masabo.

Ces deux derniers, confient le rapport, étaient au poste d’attache dans la localité de la réserve Rukoko située en province Bubanza. Ils venaient d’être appelés par leur chef hiérarchique, le Major Nikoyagize qui les a livrés. A son tour, le policier a été ligoté avant d’être conduit à une destination inconnue, selon des témoins de la scène.

Cinq militaires arrêtés en Mairie de Bujumbura

En date du 14 et du 15 septembre 2016, des militaires et/ou policiers ont été arrêtés en Mairie de Bujumbura. Ces policiers et militaires, tous ex-FAB appartenant en grande partie de la composante ethnique tutsi sont :

1. Brigadier de police principal de 1er classe, Innocent Girukwigomba, ex-FAB et aussi OPJ, en zone urbaine de Musaga, arrêté le 14 septembre 2016. Il a été ligoté et conduit dans les cachots du SNR.

2. Ferdinand Masabo, militaire sous-officier ex-FAB, arrêté puis conduit au SNR le 14 sept 2016. Ce sous-officier avait été appelé par son chef hiérarchique pour rejoindre sa position dans la réserve de Rukoko située en commune Gihanga, province Bubanza.

3. OPP1 Claver Ndayizeye, ex-FAB, de corps Poste Rohero, arrêté le 14 septembre 2016 et détenu au SNR.

4. Adjudant Helmenegilde Ngirimana, ex-FAB du camp Gatumba, arrêté jeudi le 15 septembre par Joseph Mathias alias Kazungu. Il est actuellement détenu au SNR.

5. Basile Ndikuriyo connu sous le sobriquet de Karegeya, arrêté et livré au SNR par son commandant Alfred Museremu alors qu’il était de garde en date du 14 septembre 2016.
Iwacu a contacté le porte-parole de la police sans succès.

Forum des lecteurs d'Iwacu

16 réactions
  1. nziguheba leonidas

    Si les militaires fautifs seraient arrêtés, vous seriez le premier à être arrêté Monsieur le porte mensonge. Je vous demanderais seulement de ne plus nous montrer la seule face “positive” de votre institution car si je donne un seul exemple, vous savez bien que vous avez cumulé deux postes, celui de porte parole et de militaire en mission onusienne, sauf que bien sûr votre mission n’a duré qu’une journée avant de se faire virer parce que …. vous ne dites que, j’allais dire “la vérité”.

  2. Jean Bigirimana.

    Baratuza serait deja General? Aaaah bon.

  3. KARUNDI

    Oya urakeneye no kwandika kugira uhembwe, kwandika kwawe ni akazi, qu’est ce qu’ils veulent ces commentateurs, Dis donc!!!

  4. Ahirwe

    “Par exemple si un militaire est arrêté dans un bistrot où il commentait des histoires de mandats…”. Wow. Iki caha ni gisha. Merci porte parole, je n’aurai pas d’autres questions pour vous.

  5. Salmia Irikungoma

    Les militaires fautifs sont recompenses, ils vont directement en Somalie, au Soudan etc. Elites, pour avoir commis des atrocites, massacres, tortures, voles, viols etc.. Ils deciment les militaires de l’ethnie TUTSI et les opposants de Nkurunziza. Il faut que l’ONU et l’Union Africaine cessent d’etre complices des forfaits du pouvoir de Bujumbura, qu’ils renvoient tous les militaires qui sont alles ramener la paix dans d’autres pays, pour qu’ils rentrent et secourir la population burundaise et leurs freres ex-FAB. Demain, l’ONU n’aura pas de discours de plus.

  6. christian Bigirimana

    Monsieur Ayuyu, je voudrais vous dire tout simplement que le travail du journaliste consiste aussi à faire réagir les autorités sur des accusations qui leur sont portées qu’elles soient véhiculées par un burundais lambda ou bien une organisation de la société civile. Et si vous lisez la suite, vous comprendrez que je fais réagir le Colonel Baratuza sur des accusations graves qui sont portées contre l’armée burundaise. Je l’ai fait par le passé avec plusieurs personnalités y compris le Chef d’Etat-major de l’Armée. Loin de moi l’idée d’envenimer la situation. Ça s’appelle le pluralisme d’idées tout simplement. Par ailleurs, je ne commente rien mais je pose des questions en rapport à ce que raconte la ligue Iteka, donc rien ici n’est de nature à diviser et/ou à pousser à la division de l’ armée. Pour le reste, vous avez le droit de juger fiable ou pas un rapport de “ces organisations ” comme vous l’écrivez mais j’estime de ma part que rien ne devrait être tabou ou occulté si nous voulons sortir de cette crise.

  7. Ali Rugira

    Mais pourquoi ne vous parlez pas des sollicitations politiciennes pour que ces militaires désertent pour rejoindre je ne sais quelle rébellion? Vous voyez juste une face de la médaille…

  8. Ali Rugira

    5 militaires arrêtés et vous criez au scandale? Soyez sérieux. Ne sont-ils pas 15000 militaires ex-fab dans l’armée?

  9. RUGAMBA RUTAGANZWA

    ” Il y a un mensonge, le vrai : quand un homme applaudit sans comprendre; quand un homme ferme les yeux pour ignorer la vérité ; quand un intellectuel troque sa conscience et son âme pour des biens matériels ; quand par peur de la mort ou simplement de certains désavantages, un homme sourit au malfaiteur, au tyran et au voleur ; quand un peuple refuse de se battre, de se responsabiliser parmi les autres; et quand un dirigeant agit comme s’il avait inventé son pays, quand il ruse avec les lois. Ce mensonge tue les hommes et les nations. ” Norbert ZONGO

    Norbert ZONGO est un journaliste burkinabè né en 1949 à Koudougou et mort assassiné le 13 décembre 1998.

  10. Kabingo Dora

    @ Ayuhu
    Vous êtes d’une mauvaise foi absolue. Faut il s’appeler Ayuhu pour ne pas comprendre et voir que les tutsi de l’armée, ex fab ou pas, sont toujours soupconnés de ne pas soutenir le 3eme mandat ? Faut il aveugle , sourd et muet comme vous pour ne pas constater que c’est plutot le régime en place qui fait vibrer la corde hypersensible de l’ethnie en essayant de montrer que ceux qui luttent contre lui sont les nostalgiques du pouvoir? Faut il, cher Monsieur Ayuhu, rappeler que beaucoup parmi nous , étaient contre le coup d’Etat de Mai ? Mais en même temps contre le fait , pour Mr Nkurunziza , de briguer le 3eme mandat , toujours illégal à mes yeux et aux yeux de beaucoup de mes compatriotes !! Ceci je constate que vous êtes revenus à vos esprits , vous avez changé de ton dans votre message. D’habitude on vous lisait hypervendicatif en faveur du régime en place , mais cette fois ci vous êtes un tout petit peu dans la modération , hormis l’hyper ecart de langage que je viens de souligner.

  11. congo

    Les chefs ex fab ont été payés et ont laissé les armes et le commandement aux ex rebelles. Ils ont construit des étages sur Bujumbura. Ils se retrouvent sans aucun pouvoir au sein de la armée donc ne peuvent s opposer à quoi que ce soit. Ni abahemu . Et c’est eux qui devaient veiller sur la minorité tutsi.

  12. Kabingo Dora

    Et les militaires fautifs sont ils toujours et seulement des ex Fab ? Et des tutsi de surcroit? Du grand n’importe quoi

  13. Ayuhu Jean Pierre

    Cher Monsieur Christian Bigirimana,

    Autant l’interview du porte parole est assez limpide et autant vos commentaires sont de nature à diviser et/ou à pousser à la division de cette armée, voir du peuple car derrière l’armée, il y a les familles et hélas, la lecture de la société en terme de Hutu/Tutsi tel que les hommes et femmes de mauvaise foi veulent nous entrainer…
    Au fond, faut-il des équilibres ethniques partout partout qu’un acte quelque, un fait de société, soit légitimé. Si des ex-Fab devait se mettre hors la loi, ne faudrait-il pas les punir parce qu’il manquerait au sein des malfaiteurs des ex-rebelles? Et s’il s’avère que ces ex-FAB soient des Tutsi, faudra-t-il que des Hutu s y associe pour légitimer la faute?
    S’agissant des rapports de la Ligue Iteka, vous connaissez l’histoire de cette ligue et à mon avis, leurs rapports, ainsi que les autres rapports des associations dites de la société civile sont à prendre avec des pincettes et des gangs. Le rapport des Nations vous dira que même le président de la République dispose d’un cachot dans une de ces résidences….et si ma mémoire est bonne, “un défenseur des droits de l’homme” avait déjà sotie cette affirmation selon laquelle, des dignitaires disposeraient des cachots chez eux..
    Voyez-vous?
    Si chacun doit donner sa contribution pour une cohabitation pacifique il y a un des déclararions auxquelles on devrait s’abstenir car elles enveniment la situation et laissent des séquelles…
    Imaginons une seconde l’impact du “bring back our soldiers” , puisque ce sont des militaires dont il s’agit ici…Tout le monde sait pertinemment que l’idée derrière est de chercher à créer un mécontentement au sein de ce corps, à le monter contre le pouvoir etc….

  14. kagabo

    Est ce qu’il est pas encore en vie?? C’est qu’il dit, au Bdi ou ailleurs ils vivront. Alors, arrêter vous imaginations qu’ils vont mourrir juste parce qu’ils sont pas en missions. Le reste, la vie va suivre son court normale, Bien répondu mon Général. Naho politisée le corps de défense ne servirait à rien. Merci

  15. Ntazizana

    Les militaries fautifs sont arrêtés, dit Baratuza. Les militaires tutsi deviennent alors fautifs parce qu’ils sont nés tels. C’est très génial mr Baratuza.

  16. Malédiction- 1212Massacre

    Gaspard Baratuza est contre la campagne Bring back our soldiers parce qu’il en a tiré les leçons après avoir été obligé de retourner au Burundi quand il se rendait à une mission en Centrafrique quelques mois après ses propos aux médias durant les massacres du 12 Décembre 2015.

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