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Chronique sur les messages de haine/Kigamba : Des habitants plaident pour une communication rapide en situation de crise des autorités

Sur la colline Kigamba, en commune Ruyigi, province Buhumuza, les habitants sont unanimes. Lorsque les autorités compétentes tardent à communiquer face à une situation confuse ou sensible, les conséquences peuvent être immédiates et difficiles à réparer. La communication rapide permet d’apaiser les esprits.

Selon plusieurs témoignages, l’absence d’une information officielle crédible crée un véritable vide informationnel. « Ce vide est rapidement comblé par des spéculations, des rumeurs ou de fausses informations, souvent amplifiées par les réseaux sociaux », expliquent-ils. Ce qui déforme la réalité et complique toute tentative ultérieure de clarification.

Emmanuel Bahita, un habitant de Kigamba, illustre cette réalité à travers les détonations survenues le 31 mars 2026 au camp base de Musaga, à Bujumbura. « Ces explosions ont semé la panique. Certains pensaient à une attaque contre les camps militaires comme en 2015. D’autres envisageaient même de fuir la ville », raconte-t-il. Dans un contexte régional marqué par des tensions, il estime que la situation aurait pu rapidement dégénérer.

Il souligne heureusement que la communication du porte-parole de l’armée, précisant qu’il s’agissait d’un accident dans un stock d’armement et non d’une attaque, a permis de dissiper les inquiétudes.

Jeanne Ndayizeye fait le même constat. Elle considère que l’absence de communication en période de crise constitue un facteur de déstabilisation. « Cela ouvre la voie aux manipulations et à la prolifération des messages de haine avec des conséquences néfastes pour la cohésion sociale », souligne-t-elle.
Pour ces habitants, le silence des autorités peut avoir des conséquences graves : accusations infondées, divisions sociales, suspicions généralisées, voire des violences. « Certains peuvent aller jusqu’à agir en pensant se défendre face à une menace », préviennent-ils.

Reprendre la situation en main

Face à ces risques, les habitants de Kigamba insistent sur l’importance d’une communication rapide, claire et rassurante. Ils appellent les autorités à faire preuve de réactivité afin de prévenir les dérives et protéger la population contre des conséquences potentiellement dangereuses.

Selon Hélène Mpawenimana, docteure en communication et enseignante-chercheuse à l’université du Burundi, dans un contexte où les tensions sociales ou sécuritaires peuvent rapidement dégénérer, la communication des autorités habilitées apparaît comme un levier déterminant pour prévenir l’escalade.

Elle met en lumière les conséquences d’un silence institutionnel et plaide pour une prise de parole rapide et structurée. « Lorsqu’aucune autorité ne s’exprime rapidement, la situation devient confuse et anxiogène », fait-elle observer. Dans ce climat d’incertitude, les réactions émotionnelles prennent le dessus : peur, colère, panique, diffusion des messages haineux.

Elle souligne que ce déséquilibre favorise des comportements imprévisibles au sein de la population. Certains individus adoptent des attitudes de repli ou de méfiance tandis que d’autres réagissent de manière impulsive allant jusqu’à manifester, fuir ou recourir à la violence. En parallèle, l’espace informationnel est envahi par des rumeurs, de fausses nouvelles ou des informations déformées. Ce qui amplifie davantage la crise.

Face à ces risques, la chercheuse insiste sur la nécessité d’une communication rapide et proactive des autorités. Une prise de parole dans les premières heures permet de reprendre le contrôle de la situation. « Une communication immédiate rassure la population, fournit des informations fiables et vérifiées. Ce qui coupe court avec les rumeurs ».

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