Plusieurs collines et localités de la commune Busoni, dans la province de Butanyerera, font actuellement face à une grave sécheresse. Presque toutes les cultures de la saison culturale A se sont desséchées à cause d’un manque prolongé de pluies. Face à cette situation alarmante, certains habitants commencent à fuir leurs collines. La population lance un appel urgent à l’aide.
Depuis le début de la saison culturale A, la commune Busoni connaît une pénurie sévère de pluies. Sur certaines collines, il n’a plu que deux ou trois fois depuis le début de la saison agricole. Cette situation a entraîné la disparition quasi totale des cultures vivrières notamment le haricot, le maïs, le sorgho et le tournesol. Seul le manioc, plus résistant à la sécheresse, a partiellement survécu. Dans les champs, il est désormais difficile de reconnaître la saison culturale en cours tant les terres sont arides.
Les collines les plus touchées, situées dans les zones Busoni et Gisenyi, sont notamment Gatete, Gatare, Rwibikara, Kivo, Nyabisindu, Murambi, Marembo, Muhuzu et Mugarama. Les habitants de la commune demandent une aide alimentaire d’urgence afin de faire face à cette situation de famine imminente.
Selon les habitants de la colline Rwibikara, cette localité subit de plein fouet les effets du changement climatique caractérisé par la rareté des pluies. « Il a plu en septembre et nous avons planté les boutures de manioc. Par la suite, nous avons cultivé d’autres cultures comme le maïs et le haricot. Mais, il n’y a plus jamais eu de pluie. Les cultures se sont alors desséchées les unes après les autres », témoigne Déo Ndayishimiye.
En cette période qui devait normalement être celle des récoltes, la population est plongée dans le désarroi. Des familles se disloquent, des enfants abandonnent l’école à cause de la pauvreté et de la famine. « Nous n’avons plus rien alors que c’est la période de récolte surtout pour le haricot. Nous n’avons même plus de quoi mettre sous la dent », confie un habitant.
Pour Saidi Bagorimana, habitant de la colline Rwibikara, le constat est amer. « Toutes nos cultures ont disparu à cause du manque de pluie. C’était la période de récolte, mais nous sommes aujourd’hui confrontés à une grave insécurité alimentaire. Nous ne savons plus vers qui nous tourner », confie-t-il.
Il souligne également qu’ils n’ont pas d’espoir pour la saison culturale B. « Nous nous préparons pour la saison culturale B mais, nous ignorons comment nous allons nous procurer des semences au moment où même trouver de quoi manger relève désormais du parcours du combattant. »
Jean-Claude Havugimana, chef de la colline Rwibikara, zone Gisenyi, confirme que le manque de pluie et la sécheresse ont anéanti les cultures. Il précise que les champs de maïs, de haricot, de tournesol et d’autres cultures ont complètement disparu faute d’eau. « Il est même difficile de reconnaître qu’il y avait des cultures. De nombreuses familles sont plongées dans le désarroi », indique-t-il.
Des hommes quittent leurs familles
Les conséquences de cette crise sont déjà visibles. Certains habitants commencent à quitter la localité. Dans plusieurs ménages, des hommes sont partis. Des femmes se retrouvent ainsi seules avec la charge des enfants, dans une précarité extrême. « Il y a deux mois, mon mari est parti en me laissant seule avec mes trois enfants dans une précarité inouïe. Nous demandons aux bienfaiteurs de nous venir en aide avant que la situation ne se détériore davantage », se désole une mère.
Selon M. Havugimana, de nombreuses personnes sillonnent désormais les collines pour mendier. Des écoliers commencent également à abandonner l’école. Il précise que seuls quelques enfants, jugés privilégiés, bénéficient du programme de cantines scolaires tandis que d’autres sont gravement affectés par la malnutrition.
M. Havugimana lance un appel pressant aux âmes charitables pour venir en aide à une population plongée dans une situation dramatique. Il demande également au gouvernement d’intervenir en urgence et invite les organisations nationales et internationales à porter secours aux familles sinistrées.
Il fait enfin savoir que l’administration locale s’est déjà rendue sur place pour évaluer l’ampleur des dégâts. « Nous attendons sa réaction, car elle a constaté eux-mêmes l’étendue des pertes », conclut-il.
Même situation en zone Busoni

La situation est tout aussi alarmante dans la zone Busoni où toutes les collines sont touchées par la sécheresse. Selon les habitants, la colline Gatete est la plus durement impactée. Face à la famine grandissante, certaines familles commencent à fuir vers d’autres communes de l’intérieur du pays à la recherche de moyens de survie.
Anne-Marie Nimbona, 70 ans, veuve et vivant seule après avoir perdu tous ses enfants durant la guerre, traverse une épreuve particulièrement pénible. Elle confie avoir passé deux jours sans manger. Ne pouvant plus rester chez elle, elle a décidé de parcourir des étendues à la recherche de légumes sauvages qui auraient éventuellement poussé. C’est dans d’anciens champs de maïs et de haricots, aujourd’hui complètement ravagés par le manque de pluies, qu’elle tente de trouver de quoi mettre sous la dent.
Jusqu’à récemment, elle vivait grâce à la solidarité des habitants de la colline Gatete, mais ces derniers sont désormais eux-mêmes plongés dans une situation catastrophique. « Les voisins et d’autres bienfaiteurs me donnaient à manger. Quand ma santé me le permettait, je travaillais à la tâche dans leurs champs. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, car tout a disparu », témoigne-t-elle.
Elle précise que même son petit champ de haricots, de maïs et de sorgho s’est totalement desséché. Désemparée, cette vieille femme ne sait plus vers qui se tourner et lance un appel à l’aide. Selon elle, sans assistance urgente, de nombreuses personnes risquent de ne pas survivre.
Selon Asmani Ciza, chef de la colline Gatete, zone Busoni indique que même les plants d’arbres fruitiers et agroforestiers n’ont pas été épargnés.
Il indique que le manque de pluies et les récoltes décevantes aggravent considérablement les difficultés économiques des petits producteurs. Cette situation entraîne des migrations temporaires ou permanentes vers d’autres zones, à la recherche de travail ou de nourriture. « Nous invitons le gouvernement et les organisations internationales à nous venir en aide avant qu’il ne soit trop tard », lance-t-il.
Des initiatives sans succès
Asmani Ciza fait savoir que, pour faire face à cette pénurie de pluies et à la sécheresse persistante, des projets d’irrigation collinaire ont été initiés. Il s’agissait notamment de la construction de réservoirs d’eau sur la colline Gatete ainsi que de l’installation de systèmes d’irrigation par pompage solaire.
Cependant, cette initiative, qui devait permettre l’irrigation des champs de culture sur une superficie d’environ trois km sur trois Km (9 km²), n’a jamais abouti. « Si le projet avait été mis en œuvre correctement, la colline Gatete ne serait pas aujourd’hui confrontée à cette situation de famine », s’indigne le chef de la colline Gatete.





Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.