Les rideaux sont tombés sur la « grand-messe » pour la paix et la sécurité officiée à Bujumbura, une ville devenue, en l’espace d’une semaine, la capitale de la jeunesse africaine. Sur les réseaux sociaux, les derniers posts des différents acteurs conviés — influenceurs, créateurs de contenus, comédiens, griots 2.0, jeunes leaders, quelques geeks bouillonnant d’idées novatrices, dont des jeunes entrepreneurs venus des quatre coins de l’Afrique (les guillemets à votre guise) — témoignent d’une semaine chargée d’activités, de rencontres, d’échanges et de rêves.
Il y a eu d’autres posts, pas des analyses sérieuses ou critiques, mais des trivialités de bas étage. Mais restons polis, et soyez rassurés : je vous épargne les coups bas, les images abjectes qui ont failli voler la vedette à ce grand rendez-vous de la jeunesse. Détrompez-vous, il y en a qui ne retiendront que ces scènes discrètement filmées.
Et dans tout cet écosystème de publications, quelques selfies, en arrière-plan desquels apparaissent des invités de marque, dont la Première dame et le chef de l’État — en même temps président en exercice de l’UA, champion de l’agenda jeunesse, paix et sécurité en Afrique.
Au cours de cette 5ème édition du Dialogue continental sur l’agenda Jeunesse, paix et sécurité et l’agenda Femmes, paix et sécurité en Afrique, les jeunes ont été appelés à créer leur propre business, à être leur propre patron.
Le Président Évariste Ndayishimiye leur a également demandé de se désengager de l’esprit belliqueux et d’œuvrer à faire de l’Afrique un havre de paix : « Partout où il y a des conflits, les instigateurs sont des personnes âgées, tandis que les jeunes sont de véritables acteurs des conflits armés sur le terrain. » Triste réalité — et ce sont ces derniers qui sont sacrifiés, qui en paient le prix fort en Somalie, au Soudan du Sud, à l’est de la RDC…
Y a-t-il eu des mots forts pour ces conflits qui n’ont que trop duré ? Y a-t-il eu des messages fermes pour que cesse la chasse à l’homme visant les immigrés noirs en Afrique du Sud ? Y a-t-il eu, au moins, des engagements solennels pour la désescalade dans ces conflits — notamment à l’est de la RDC, où le pays organisateur de cette 5ème édition du Dialogue continental se retrouve lui-même impliqué ?
Et comme pour profiter de cette tribune axée sur la jeunesse, la paix et la sécurité : en avant-goût, ou en avant-première, une vidéo d’une jeune femme burundaise en treillis déclarant avoir rejoint le maquis. Et ce n’est pas tout : circulent sur la toile d’autres séquences, notamment une publication de ce général burundais autoproclamé, qui aurait des bases arrière à l’est de la RDC. Ce combattant, ou rebelle dans l’âme, qui ne laissait filtrer que quelques informations, s’est réveillé avec des remarques au vitriol.
C’est connu : Gitega les traque jusque dans leurs retranchements. Personne n’en sortira victorieux — ce sont des jeunes burundais qui perdent, des jeunes congolais qui perdent, des jeunes rwandais qui perdent. Et des familles endeuillées. Dieu seul sait combien de jeunes ce conflit a déjà emportés. Le lourd tribut.
André Gide disait: “La foi peut déplacer des montagnes…oui, des montagnes d’absurdités”.
1. Après le drame de la croisade religieuse de l’évangéliste Chris Ndikumana qui a été endeuillée par de nombreux morts suite à une bousculade à la sortie de l’immense rassemblement, c’est le tour du Sanctuaire Marial de Mont Sion à Mutanga Nord en cette nuit du 14 août de drainer des dizaines de milliers de chrétiens qui vont veiller toute la nuit jusqu’au matin du 15 août, la grande fête catholique de l’Assomption. Des milliers de mamans avec bébés, jeunes, adultes, vieillards… parfois venus à pied, souvent de très loin faute de carburant. Une Eglise et place alentour faites pour 5 mille personnes accueille au bas mot 20 mille sans sanitaires suffisantes, sans espace vital pour chacun, une masse de crédules pressés comme des sardines. Aucune règle de sécurité sanitaire n’est possible dans une région en proie au risque du virus Ebola, de celui de la variole du singe, sans oublier la Covid-19 toujours planquée dans les parages. Des bébés exposés aux piqures de moustiques avec malaria assurée. Amener des bébés dans des veillées nocturnes, n’est-ce pas une atteinte au devoir de protection de l’enfance ? Les pouvoirs publics se doivent de réguler les rassemblements de masses. Il y va de la sécurité physique et sanitaire des populations. Pourquoi autorisent-ils la pollution sonore nocturne qui empêchent aux riverains de dormir tranquille surtout lorsqu’ils sont incroyants ?
2. Pour revenir à Chris Ndikumana, je savais personnellement que ce phénomène sociologique et anthropologique finirait mal. Jamais ce pouvoir immense d’un homme qui peut drainer 300 mille personnes du pays et 50 mille venues de l’étranger ne peut durer. Il finira comme les autres ont fini. Les miracles bidon à la pelle n’impressionnent que les crédules qui les croient. Dans l’Eglise catholique, il faut 50 ans, 80 ans pour valider un miracle par une commission scientifique rigoureusement constituée. Le Nigéria a interdit les miracles bidon à la télévision. Une télévision nationale kenyane a prouvé par des images qu’un pasteur kenyan pratiquait la tromperie miraculeuse et pourtant les masses de crédules ne l’ont pas abandonné. La crédulité religieuse africaine en général et burundaise en particulier relève de la parapsychologie. Il y a quelques années, le prélat de l’Eglise anglicane a scandalisé lorsqu’il a affirmé que le christianisme en Afrique n’est pas loin de la sorcellerie.
@Bellum
Vous avez raison comme d’habitude . Il y a toujours une chose qui m’étonne chez nos compatriotes . Il y a environ 30 ans je posais une question à Feu Président Buyoya -en tant que journaliste- j’évoquais le fait que la technologie agricole n’avait pas évolué depuis l’indépendance : toujours la houe et rien que la houe pour labourer la terre ? Sa réponse ? Il a envoyé ses troupes des services de renseignements à mes trousses. Aujourd’hui rien n’a changé, ou plutot si mais dans le mauvais sens . Mais quelques années plus tot je travaille dans un ministère burundais , il n y avait qu’un seul lieu d’aisance pour tout un ministère – et surtout dans quel état! Lorsque le besoin me prenait , je prenais ma voiture et me rendait au Novotel , je prenais un café et…. j’en profitais . Je ne sais pas si cela a changé . Maintenant en ce qui concerne les « nombreux croisades d’évangélisation » ou même d’autres rassemblements des gens au Burundi , les lieux d’aisance dans les lieux on en parle pas , l’eau potable encore moins , les pompiers …. rien du tout . Et c’est ici ou je voulais arriver . Il y a quelques jours les gens se sont bousculés , imaginez vous que demain il y ait un incendie, que va t il se passer ? On connait déjà les précédents du marché central de Burjumbura et d’autres marchés . Je n’ose même pas y penser ,ca me donne la chair de poule rien qu’en pensant ce scénario terrible . A qui la faute ? Eh bien les pouvoirs publics! Les autorités de ce pays ne peuvent pas continuer à fermer les yeux sur ce manquement grave en termes de sécurité des citoyens , exhiber des médailles qui ne viennent de je ne sais ou encore ne nous conduit à rien si les grandes carences organisationnelles de l’Etat ne sont pas corrigées et maintenant. C’est à ce prix que le Burundi peut s’en sortir . Déverser du torrent d’injures sur les fonctionnaires n’apporte rien, il faut s’asseoir et réfléchir et agir . La matière qui se trouve sous le cuir chevelu sert à cela .