Question difficile…
Les images des files de Burundais avec leurs bagages devant leur ambassade à Nairobi ce 7 septembre ont choqué.
Pour rappel, le Président kényan William Ruto avait annoncé le 2 septembre que les étrangers exerçant « certaines activités de petit commerce et de vente ambulante devraient cesser au nom de la protection des commerçants kényans. »
Le discours de Ruto a provoqué la panique parmi des ressortissants burundais. La peur s’installe. Le précédent sud-africain, les chasses à l’homme, sont encore dans toutes les mémoires.
Certes, le ministère kényan des Affaires étrangères mettra un bémol : les étrangers disposant des documents nécessaires — permis de travail et licences notamment — resteront autorisés à exercer légalement leurs activités.
Mais les Burundais commencent à faire leurs valises. Le sentiment d’insécurité ou d’indésirabilité a déjà produit ses effets. Malheureusement, la situation ne semble plus limitée à Nairobi.
Les médias rapportent qu’à Mombasa, dans le quartier de Likoni, des commerçants burundais ont cherché refuge dans une église après avoir fait état de menaces et de perturbations de leurs activités. Le problème a dépassé la simple question des permis et des licences. Il devient une question d’ordre public et de protection des personnes.
Trois mois plus tôt déjà, la députée kenyane Beatrice Elachi (Dagoretti) avait fait des travailleurs et petits commerçants burundais l’un des symboles de la concurrence subie par les Kényans dans les secteurs à faibles revenus.
Un État a le droit de protéger ses citoyens et de réglementer son marché du travail. Mais, une question mérite d’être posée : les petits commerçants burundais sont-ils réellement responsables des difficultés de leurs homologues kényans ?
Selon un expert en relations internationales, faire des étrangers les responsables des difficultés économiques est politiquement commode. Mais, ce n’est pas nécessairement économiquement juste.
Le Kenya a le droit de protéger ses commerçants. Mais il n’a pas intérêt à transformer cette protection en rejet des voisins.
Cette situation interpelle directement Gitega. La réaction du gouvernement burundais doit être ferme, mais sage, intelligente. Il ne doit pas demander au Kenya de renoncer à l’application de ses lois. Mais il doit exiger que les opérations de contrôle ne dégénèrent pas en harcèlement, confiscations arbitraires, violences ou actes xénophobes.
Cette crise révèle aussi une réalité que Gitega ne devrait pas chercher à esquiver. Pourquoi tant de Burundais sont-ils prêts à parcourir des centaines de kilomètres pour vendre, parfois à la sauvette, quelques marchandises au Kenya ?
Le meilleur moyen de protéger les Burundais contre les décisions économiques prises à l’étranger est de créer chez eux les conditions pour entreprendre : accès au crédit, marchés organisés, infrastructures adaptées, véritable politique de soutien aux PME. Autrement, le Burundi continuera d’exporter sa main-d’œuvre, son énergie entrepreneuriale et ses jeunes, tandis que d’autres pays décideront de leur sort.
La Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) doit se saisir du dossier et convoquer rapidement une concertation entre les États membres afin d’établir un cadre commun pour les petits commerçants et travailleurs indépendants de la Communauté — avant que la prochaine crise n’éclate ailleurs. Car aujourd’hui ce sont les Burundais au Kenya ; demain, ce pourrait être les Kényans en Tanzanie, les Congolais en Ouganda, ou les ressortissants d’un autre État membre.
L’EAC doit enfin démontrer qu’elle est autre chose qu’une organisation de réunions et de déclarations.
Forum des lecteurs d'Iwacu
Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu
Merci de prendre connaissance de nos règles d’usage avant de publier un commentaire.
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Tout propos incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination est strictement interdit.
Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire non conforme à la charte.