L’Institut national de sécurité sociale (INSS) a précisé en août 2026 que la mesure portant la pension de vieillesse jusqu’à 60 % du dernier salaire net concerne les travailleurs ayant terminé leur carrière dans des emplois rémunérés sur le budget de l’État. L’Assemblée nationale avait présenté en 2020 la revalorisation des pensions du public comme une première étape, avec l’application du même processus aux secteurs paraétatique et privé dans un second temps. Mais combien de temps durera ce « second temps » ? « Sommes-nous encore dans une logique de solidarité sociale ou dans celle d’une protection à géométrie variable ? » s’interrogent, entre autres, les travailleurs du secteur privé.
En l’état, la réforme constitue une réponse à une réalité sociale : les anciennes pensions étaient devenues insuffisantes face au coût de la vie. Mais, elle fait surgir une autre réalité, tout aussi préoccupante : le retraité du secteur privé ne vit-il pas lui aussi dans le même pays, avec le même coût de la vie, les mêmes prix et les mêmes difficultés quotidiennes ? Si l’État reconnaît que les pensions sont insuffisantes pour garantir une existence décente, cette insuffisance ne disparaît pas parce que le retraité a travaillé dans une entreprise privée.
Pourtant, l’État demande au secteur privé de produire davantage, d’investir davantage, d’employer davantage, de payer davantage de cotisations.
Certes, étendre la même formule – 60 % du dernier salaire net – à des milliers d’employeurs hétérogènes imposerait des choix difficiles : « soit une hausse des taux et du plafond de cotisation, soit une subvention permanente de l’État à l’INSS ».
Le débat sur la revalorisation des pensions ne devrait pas être présenté comme une opposition entre les retraités du secteur public et ceux du secteur privé. Ce n’est pas le fonctionnaire retraité qui est le problème. Ce n’est pas non plus le salarié du privé. Le véritable enjeu est celui de l’équité du système de protection sociale. Les retraités du secteur public ont droit à une pension digne. Les retraités du secteur privé aussi. Eux aussi ont travaillé pendant des décennies. Eux aussi ont cotisé.
L’État et l’INSS devraient rester vigilants et se pencher sérieusement sur le dossier. En effet, lorsqu’une catégorie voit sa situation améliorée tandis qu’une autre attend sans calendrier précis, le risque n’est pas seulement financier. C’est la confiance dans le système qui s’érode. Un travailleur doit pouvoir se dire : « Je cotise aujourd’hui parce que je sais que, demain, le système me protégera selon des règles claires. » Si cette confiance disparaît, la cotisation commence à être perçue non plus comme une protection collective, mais comme une obligation dont le bénéfice futur reste incertain. C’est précisément ce que l’État doit éviter.
Le retraité du privé ne demande pas le même traitement. Il demande un traitement équitable. Le retraité du privé ne demande pas un privilège. Il demande que les années pendant lesquelles il a cotisé ne soient pas oubliées au moment où il a le plus besoin de solidarité.
En définitive, la retraite devrait être le moment où la société reconnaît les années de travail accomplies. Elle devrait être le temps de la dignité retrouvée après des décennies de contribution à l’économie nationale.
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