Mercredi 11 mars 2026

Politique

CNDD-FDD : Une prière d’adieux ou un nouveau départ ?

CNDD-FDD : Une prière d’adieux ou un nouveau départ ?
Révérien Ndikuriyo en attendant le chef de l'État pour la prière finale pour le Burundi.

Entre dévotion et incertitude, le parti au pouvoir clôture ses trois jours de retraite spirituelle à la veille d’un congrès extraordinaire décisif. Les propos ambigus du Secrétaire général sortant sur son avenir auprès des jeunes agitent les esprits.

Ce samedi 24 janvier, l’ambiance est électrique au sein du parti au pouvoir. Si la prière d’action de grâce de trois jours visait à implorer la bénédiction divine, les propos du Secrétaire général sortant ont jeté un froid, suggérant un retrait imminent de la tête de l’appareil politique au profit d’un ancrage stratégique auprès de la jeunesse.

Dans les enceintes du stade Ingoma, les visages sont graves sous les chants de louange. Ce rendez-vous spirituel, censé préparer les cœurs au congrès extraordinaire de ce dimanche, a pris une tournure politique inattendue. Alors que tout le monde attendait une confirmation de la suprématie du Secrétaire général sortant, ses propres mots ont semé le doute, transformant une simple retraite de prière en un véritable thriller politique.

L’onde de choc : la retraite vers les biswi vy’inkona (aiglons)

C’est une phrase, presque glissée entre deux versets, qui a tout fait basculer. Le Secrétaire général, pourtant considéré par beaucoup comme le grand favori à sa propre succession, a laissé entendre qu’il resterait au service de la section des jeunes du parti à travers la Fondation PAX-Burundi s’il arrivait qu’il ne soit plus à la tête du Secrétariat général.

« Pourquoi parler de son futur rôle auprès des jeunes s’il est certain d’être réélu demain ? », s’interroge Ladislas, croisé à la sortie du stade Ingoma. Pour ce fidèle du parti, l’interprétation est claire : « C’est un message codé. Chez nous, on ne dit jamais rien au hasard. En affirmant qu’il garde la main sur les jeunes, il rassure sa base de terrain, mais il confirme surtout qu’il y aura un nouveau visage au sommet de l’appareil demain ! »

Une base militante plongée dans l’incertitude

L’incompréhension domine chez les militants de la première heure. La Ligue des jeunes et les biswi vy’inkona constituent le socle sur lequel repose la puissance du CNDD-FDD. « Pour servir mon parti, ce ne sera pas obligatoirement en restant dans cette place. Je vais me consacrer aux aiglons à travers la Fondation Pax-Burundi », a déclaré Révérien Ndikuriyo.
En annonçant vouloir se consacrer à cette section, le Secrétaire général sortant semble vouloir garder le contrôle sur le moteur du parti, tout en cédant le « volant » de la structure administrative.

Sur place, le trouble est réel. Jean-Claude, un militant venu de l’intérieur du pays, confie sa perplexité : « Nous sommes venus ici pour prier pour l’unité, mais ce soir, nous rentrons avec des questions. On nous avait dit que le SG resterait. S’il part, qui va prendre les rênes ? » À ses côtés, un Secrétaire communal du parti au pouvoir dans la province de Gitega semble tout aussi désemparé : « On dirait que les cartes ont été redistribuées en coulisses pendant que nous étions en prière. »

Repositionnement stratégique ou éviction feutrée ?

Pour beaucoup, ce mouvement ressemble à une manœuvre de haute voltige. En se repliant sur la jeunesse, le Secrétaire général sortant ne quitte pas le pouvoir, il le déplace. « C’est une stratégie de blindage », analyse un militant du CNL. « En restant le mentor de la force vive, il garde un levier de négociation immense face à son futur successeur. »
Mais ce message de « service » est perçu par d’autres comme une pilule dorée pour faire accepter une éviction décidée par le tout-puissant Conseil des Sages.

Alors que le soleil se couche sur Gitega, les spéculations vont bon train. Révérien Ndikuriyo jouera-t-il finalement sa propre carte au dernier moment, ou le congrès ne sera-t-il que la formalité d’un passage de témoin déjà acté dans le secret des prières ?

La prière est finie, maintenant c’est la politique qui reprend ses droits. Une chose est certaine : le CNDD-FDD aborde ce congrès dans une configuration inédite, où la foi, l’ambition et la stratégie politique se croisent sur un chemin de crête particulièrement étroit.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Jean Pierre Hakizimana

    Gacece
    J’appelle cela de la *« haine », mais je peux me tromper.

    Répondre
    Jean Pierre Hakizimana
    Je suis certain que vous êtes assez intelligent pour comprendre que le mot « haine » est très fort et ne doit pas être employé à la légère. La haine est associée à la sous-humanité. Dis moins dans ma maniere d’etre.

    Mes opinions se fondent toujours sur des faits. Je me concentre sur les conséquences économiques et socio-économiques.

    Si vous êtes, comme nous tous, un Burundais attaché à son pays et soucieux de son bien-être, vous n’avez certainement pas manqué de constater la baisse du niveau de vie depuis l’arrivée au pouvoir du CND-FDD. Avec une équipe dirigeante en place depuis plus de 20 ans, je ne vois pas qui blâmer. Imaginez : plus de 20 ans de déclin ! Année après année !

    @Gacece, vous souvenez-vous de ce que vous m’avez appelé, il y a quelques années, lorsque j’évoquais les risques d’explosion démographique au Burundi ? On est fin 2025, Voyez ce que dit l’Economist aujourd’hui: https://archive.ph/OaXjo

    Peut-être faites-vous partie, vous ou vos proches au Burundi, du 1 % le plus riche, à l’instar de la Première dame qui porte une Rolex. Tant mieux pour vous ! Mais ne soyez pas surpris lorsque la réalité rattrapera le CND-FDD.

    Si vous voulez un exemple, renseignez-vous sur le sort de Nicolae Ceaușescu et de son épouse Elena Ceaușescu. L’histoire n’a pas été tendre avec ceux qui ont négligé leur population.

    Je vais le repeter: Les memes causes, produisent toujours les memes effets !

  2. Jean de dieu

    L’ignorance est l’une des pires maladies que peut souffrir un peuple . Les prieres C’est Pour endormir un peuple fatigue et brise par la pauvrete. Quelquesoit l’etnie qu’ils ont voulu sauve au depart, ils ont echoue carrement .

  3. Bellum

    Feu le president Bagaza doit se retourner dans sa tombe lorsqu’il voit se spectacle grotesque de prieres etatiques lui qui pronait la laicite rigoureuse ou la religion (opium du peuple) doit etre rigoureusement controlee et jamais promue. Notre ennemi d’outre Akanyaru, Kagame, disait dernierement, alors qu’on lui demandait quand il allait rouvrir les milliers d’eglises fermees: « Si je le pouvais je les fermerais toutes. Ce sont pour la plupart des bandits ».
    En effet, la regle d’or du Christ est: « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent ». Une personne qui a ordonne l’execution sommaire du pauvre Kaburimbi et ses pauvres travailleurs n’est certainement pas chretien.

    • kira

      On commence en tirant à boulets rouges sur les religions et on terminant en invoquant…Jésus-Christ! Un bel exemple de…cohérence assurément!

  4. Kimenyi

    En espérant que les Barundi des collines ont prié aussi afin qu’ils ne soient pas piétinés par les éléphants qui se battraient.

    • Jereve

      Il s’avère que c’était une prière ni pour les adieux, ni pour un nouveau départ; mais c’était tout simplement une prière pour la continuité. Donc rien de nouveau sous le soleil, en tout cas rien qui puisse nous indiquer que ce parti de facto unique conduira le pays dans une nouvelle direction, je veux dire la bonne par rapport à ce que nous voyons actuellement.
      Autre remarque: c’est un deuxième gikorane juste quelques semaines après le premier organisé par la famille du Président de la République pendant trois jours du 29 au 31 décembre 2025. Certains se rappelleront sûrement des bus mis gratuitement à la disposition des populations pour les transporter au lieu de la messe. La carburant n’a pas posé problème alors que les véhicules de transport privés faisaient des longues queues d’attente aux stations, tandis que les voyageurs faisaient des longues queues aux arrêts-bus.
      À quoi rime cette succession rapprochée de messes organisées à l’initiative des politiques? Est-ce qu’on a observé des changements suite à ce genre de prières organisées depuis 2005? Permettez-moi d’en douter.
      Nous devons tout particulièrement remercier les hommes d’Eglise et services de prière qui ont bien voulu répondre à ces invitations et délivrer des homélies et messages pleins de sagesse et de conseils de haute qualité. Mais il s’avère que les changements que nous souhaitons demeurent imperceptibles sur terrain, si bien que certains pensent que quelque part on prêche dans le désert.

      • Ernesto

        Les changement que tu souhaites et non au pluriel. Ce Bagaza que tu chantes avoir fait des miracles, tu peux garder sa statue dans ta maison ou dans ta chambre car il était dans les coeurs des majorités des Burundais, car il faisait partie de l’équipe sangunaire de Micombero, et sa politique de discrimination de I et U qui a empecher pas mal bcp des Burundais majoritaire à acceder aux études. Alors, je ne vois pas ces louanges que vous chantiez pour lui??? Shame on you monsieur.

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